silent weapons for quiet wars

chronique · 18 mars 2013 · Musiques électroniques

Prostitutes / Basic House

Mirror & Gate Vol. I

Coup double que la sortie de cette K7 sur l’excellent label Opal Tapes (où l’on retrouve notamment Tuff Sherm et Wanda Group). En effet, depuis quelques mois, Prostitutes et Basic House suscitent un intérêt grandissant car marquant le retour du D.I.Y. techno, affranchi de tout marqueur identifiable et affichant crânement son esthétique bruitiste.

par B2B

Il ne s’agit pas à proprement parler de l’émergence d’une nouvelle scène mais plutôt de la continuité enfin visible des travaux précurseurs de Cabaret Voltaire et Throbbing Gristle. Il y a déjà 30 ans, ces groupes (et bien d’autres encore) ouvraient le champ des possibles en incluant l’indus et la noise dans leurs compositions électroniques. Quelques décennies plus tard, cette approche musicale a fait des petits, de Carter Tutti Void (pas étonnant quand on a Chris Carter dans son groupe), pour l’aspect technoïde, à Vatican Shadow, pour le côté activiste politique.

Les deux américains se cachant derrière Prostitutes (James Donadio) et Basic House (Stephen Bishop) poursuivent donc le sillon précédemment tracé. Le fait de signer conjointement Mirror & Gate Vol. I est plutôt malin, d’autant que l’album est disponible à moindre coup en version digitale, puisque permettant de mieux comprendre les accointances entre nos deux bidouilleurs. C’est d’ailleurs Stephen Bishop lui-même qui est derrière ce projet de K7 et qu’un Vol. II avec Rolling Acres et Hobo Cubes est déjà disponible.

Chaque artiste dispose d’une face pour exposer son univers. Prostitutes ouvre les hostilités avec 5 morceaux rêches et métalliques. Du martèlement indus d’Holy Blessed Sacrament, à l’exosquelette d’An Extra Eye se formant devant nous, on tente hasardement d’en isoler le fil conducteur. C’est peine perdue tant Prostitutes semblent élaborer ses morceaux de manière aléatoire. On pense ainsi à un Actress sans garde-fou et on se laisse torturer sous les coups de scie électrique sans non plus ressentir une douleur violente. Pour le grinçage de dents, c’est plutôt du côté des 6 titres de Basic House qu’il faut se tourner. L’approche est résolument plus ardue, notamment sur un Davids Skull étalant sa nébuleuse informe avant d’en faire émerger un beat rageur pour aboutir à une noise-techno radicale. Basic Soul privilégie l’organique aux machines et l’hypnose (faisant parfois penser à Demdike Stare) à la lancinance, provoquant ainsi le malaise comme sur Amateurism, laissant l’impression d’être encerclé par un frelon bourré.

N’allez pas croire que Mirror & Gate Vol. I soit une proposition pour auditeur autiste. Bien au contraire. Cette K7 se révèle bien plus abordable qu’il n’y paraît. Tout au plus peut-on rester dubitatif devant de telles compositions, refusant toute forme de compromis, quitte à paraître impénétrables. Mais c’est justement là que se trouve le pouvoir d’attraction de Prostitutes et Basic House.

B2B

Brasser la merde

3 commentaires

  1. d...

    c'est cool de parler d'Opal Tapes records ,

    effectivement on peu faire le lien avec nos héros que sont " Cabaret Voltaire " et " Throbbing Gristle " ,

    personnellement j'ai surtout kiffer la compilation : Opal Tapes - Various Artists - Cold Holiday

    je profite de l'occas pour faire un petit rappel de se sublime remix de Huerco s :

    C V L T S - TIME DEBT (HUERCO S. STRINGS OF LIFE MIX)

    http://youtu.be/BYiJyM7rVEI

    merci pour votre chronique , bye , d...ouzirec

    ps : pour prolonger encore l’esprit CV and TG y a aussi le label belaten records

    http://belaten.bandcamp.com/track/language-of-the-birds

    là aussi faut pas mal triller mais y'a des perles ! , comme par exemple :

    http://belaten.bandcamp.com/track/language-of-the-birds

    http://belaten.bandcamp.com/track/destiny

    http://belaten.bandcamp.com/track/the-ballroom

    http://belaten.bandcamp.com/track/blaze-the-world

    et en bonus un Putain d'énorme Tube ( que je semble bien seul a vénéré ? ) :

    http://domestica.bandcamp.com/album/1-2-separate-ways-p-s-i-love-you-2013-ref-dom01-s

    ba bye ...

    & " P.S i love you "

  2. Laurent

    Pour ma part je n'ai trouvé ardue l'approche d'aucun de ces morceaux. J'en suis un peu étonné d'ailleurs, ressentant une attirance rétive pour les sonorités industrielles (je ne sais pas trop comment le dire : Le bruit ambiant des machines en gros), rétive parce qu'elle s'accompagne d'une envie d'immersion, d'errance ou de dérive parfois incompatible avec l'agression d'un chaos exclusif et prolongé, mes nerfs ayant certains jours de sérieuses limites. Mais là, aucune réticence, c'est si frais. Ce qui me plaît dans cette musique, que je qualifierais de dépouillée, c'est qu'on dirait qu'elle veut se débarrasser de la graisse des signes, ce truc culturel qui fait qu'on entend les sons pour autre chose que ce qu'ils sont, qu'on ne les entend pas, comme si les choses avaient toutes leur nom avant d'exister, ou qu'une composition musicale devaient automatiquement renvoyer à d'autres (ce qui est peut-être inévitable après tout). Si on postule qu'il y a au coeur de toute production artistique, la distinguant de l'utilitaire comme du décoratif, un noyau dur qui se prête à toutes les interprétations ( danse, illustration, discours, exégèses...) mais résistera toujours à ce qu'on l'y réduise, je dirais qu'ici on n'a plus que le noyau. Mais à mon avis le point fort de ces morceaux c'est leur variété, sans doute due à ce qu'ils ne sont pas dépourvus de traces de genres (musicaux) divers, et qu'ils changent d'humeur et d'approche comme de chemise, car une musique semblant ainsi ouverte à l'imprévisible, à l'inconnu, jusqu'à paraître vouloir s'abstraire de la musique elle-même pour se réaliser, pourrait aussi bien se couper de tout, tourner en rond, et finir par ennuyer en retombant sans cesse sur la même forme, l'informe, et que si certains ouvrent le champ des possible, ceux qui les suivent ou bien eux-même peuvent quelquefois donner l'impression de ne s'être jamais éloignés de l'entrée du champ. Bon, j'ai bien conscience d'être verbeux et embrouillé, voire simplement débile, ma culture musicale plus que lacunaire pouvant y être entre autre pour quelque chose, mais là-dessous on nous invite à brasser et j'avais une envie pressante.

    1. B2B

      Non, non, tu n'es pas verbeux et embrouillé (tes commentaires comme ça, je suis plus que client). Bref, j'aime bien ton idée du dépouillement.

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

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