silent weapons for quiet wars

Pochette de Indistinct Face

chronique · 21 mars 2013 · Musiques électroniques

Undermathic

Indistinct Face

Tympanik. Undermathic. Nous nous sommes tant aimés.

par Lexo7

Il est parfois opportun de revenir sur des artistes, des courants, des labels et des scènes qu'on a un peu abandonné, même sans jamais les renier. Parce que simplement passé à autre chose, parce que le label a pris des directions qui ne flattent plus l'oreille, parce que le goût évolue plus vite que la musique. Autant de très bonnes raisons plus ou moins plausibles qu'il serait vain d'analyser. L'oreille a ses mystères, la musique aussi. Pour ceux qui nous lisent depuis longtemps, Undermathic n'est pas un inconnu. Multi-instrumentiste originaire de Pologne, il fut révélé par son excellent Return To Childhood en 2009, cru millésimé de Tympanik Audio. Suivront par la suite 10:10 PM(toujours très bon, peut-être encore meilleur trois ans plus tard) et Deleted (compilation plus inégale qui recèle quelques pépites composées entre 1999 et 2006). Ceux pour qui le calcul mental est aisé comprendront que plus de trois ans se sont écoulés depuis son dernier vrai album. Fait rare dans ce genre de "scène". Il a donc eu tout le temps qu'il lui fallait pour lustrer ses poutres. Indistinct Face (et son atroce artwork digne d'une goth de 13 ans) est sorti le mois dernier et il pose autant de questions que d'espoirs.

Outre ses talents non critiquables de pianiste/guitariste, l'empreinte d'Undermathic a toujours puisé son essence dans le romantisme sombre et la violence, la délicatesse et la torture. Il refuse depuis ses débuts la moindre catégorisation, fait partie de ces musiciens pour qui l'électronique est plus un moyen d'entreprendre qu'un simple genre. Le polonais est également friand des alliages entre breakbeats lourds et instrumentation classique, fusion qui aujourd'hui fait énormément de petits. Les prochains mois vont à mon humble avis pulluler de ce genre de productions, nous y reviendrons (ou pas). Undermathic a démontré qu'il ne supportait pas de livrer deux fois la même copie. Les previews tendaient à confirmer une évolution vers des sentiers plus échevelés et allégés de certaines frappes industrielles, les adjectifs ne sont pas choisis pour rien, c'est encore plus flagrant après les nombreuses écoutes qui ont précédé la chronique.

Le principal changement, et pas de moindres, est à situer dans les fractures, la rythmique et donc le travail sur le beat. C'est plus brut, nettement moins industriel, mais ça n'a rien perdu en intensité. Au milieu de ses ornements classiques (je ne suis pas sûr que tous les instruments soient faits de bois), il intègre des profondes respirations entre ses différentes frappes pour morceler un peu plus les courbes de ses mélodies. C'est fait de manière intelligente, même si très anarchique. Ce qui me dérange réellement, c'est ce qui résonne peut-être comme une impression de surcharge en matière de couches. Mon organe jugera que c'est plus probablement un problème de son, pur et dur. Est-ce une question de production, de mix ou de master ? Je trouve que même si les intentions sont tout à fait louables, le résultat intrinsèque apparaît comme nettement moins propre que par le passé. C'est peut-être aussi une volonté tout à fait délibérée de résonner abrasif et "un peu crade". Les auditeurs apprécieront certes en fonction de leur goût, je constate pour ma part que les passages plus classiques sont déservis par ces aspérités. Avilir quelque chose de beau n'est pas une entreprise obsolète, ça donne même parfois de très beaux résultats (chacun peut en citer). Attention quand même à ne pas confondre "anarchique" et "brouillon". La nuance entre les deux, est effectivement parfois très mince. A part ça, le premier titre se nomme Still on the Border...

Et ça commence plutôt très bien. Je dirais même que pour ceux qui apprécient les débuts d'Amon Tobin, l'unique album de Blackfilm (chez Denovali) et certains travaux de Subheim (pas les pires), ça peut aisément chatoyer les conduits. Puis vient pendant une longue période comme une sensation de flottement, agrémentée de très jolis fragments mais où tout est beaucoup trop contenu pour exploser comme on l'aimerait vraiment. La belle palette rythmique de Simply Ask, certaines épiques montées et la belle issue lancinante de Indistinct Face n'y changeront rien. L'erreur à ne pas faire à ce moment là, c'est de re-regarder la pochette et de penser que le polonais est tombé un peu dans certains écueils de l'esthétisme goth. Le glorieux passé me fait dire que non, mais l'objectivité ne fait pas partie de mes défauts.

Our Desires s'entame d'ailleurs comme ce que je préfère chez le polonais (cette manière de lier le sursaut, de ne pas être trop gratuitement épico-cinématographique) mais le soufflé retombe à nouveau. Pas pour longtemps, les assauts fragmentés et un certain enchantement mélodique refont surface sur Stones. Colorize est quant à lui suffisamment bien réalisé (très beau piano) pour qu'on lui pardonne tout ce qu'il doit à la meilleure période d'Amon Tobin. Je ne choquerais par contre personne en disant que Hope In His Eyes, tout en variation et en nuance orchestrale, renoue avec le romantisme propre au polonais et se révèle comme le plus beau titre du disque.

Même si certains trucs sont clairement sur-amplifiés, l'issue de l'album se révèlera autrement plus harmonieuse et mieux maîtrisée que son introduction. Grâce avant tout au très bon I Will Show You These Places, et même aux excès grandiloquents de When, Distinct Premonition étant un énième hommage (ronflement de six cordes mis à part) plus ou moins volontaire au brésilien déjà cité.

Indistinct Face n'est bien logiquement pas mon album préféré d'Undermathic. Ce n'est pas pour autant que certains d'entre vous ne doivent pas l'aimer et donc l'acquérir (les précédents aussi, surtout du coup). Tympanik renoue avec le format physique. Une très bonne nouvelle qui n'efface pas complètement certains doutes. Un focus digne de ce nom sera consacré au label cette année (c'est bien de prévoir large), nous aurons donc l'occasion d'en reparler.

Lexo7

Brasser la merde

4 commentaires

  1. zaaaab

    allé! on parle de ce qu'on aime! je ne connaissais absolument pas et ce que je viens d'écouter m'a énormément plus! le coté subheim est très présent mais je le trouve mieux que chez subheim (c'est bizarre dit comme ça mais....)en tout cas je le chope et du coup je vais jeter une oreille à l'album d'avant puisque tu nous dis qu'il est meilleur

  2. B2B

    La pochette ! Sérieux ! A ce niveau là, ce n'est pas une faute de goût, c'est un attentat. J'ai l'impression qu'on veut me vendre le nouvel album d'Evanescence. Heureusement que c'est Undermathic, sinon je crois que j'aurai tout simplement foutu le disque à la corbeille.

  3. zaaaab

    c'est pas faux

  4. MFW

    Cette pochette est digne des plus grands groupes de darkwave ou de screamo dissidents. Au début on a pas envie de le choper ce disque, j'avoue.

    Pour le disque j'étais sceptique à la première écoute avec la perte d'une certaine force indus qui faisait pas mal de charme. Toutefois j'ai vite été conquis a posteriori. J'aime beaucoup. Et la chronique restitue bien les forces et quelques faiblesses de cet effort.

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