
Activiste hyperactif de la sphère ambient et trance depuis bientôt quinze ans, le suédois Magnus Birgersson, talentueux multi-instrumentiste et fer de lance du label lyonnais Ultimae Records (nouvel onglet) nous revient avec Origin # 02. Cet essai fait suite, au sein d’une discographie déjà pléthorique, au projet du même nom qui se verra décliné en quatre chapitres. La volonté de l’artiste de revisiter les greniers de sa mémoire nous ayant laissé pour Origin # 01 quelque peu circonspect, - au regard de l’excellence de sa discographie s’entend - la pose sur la platine s’est faite avec une petite pointe d’angoisse, heureusement rapidement dissipée.
Le genre induit l’introspection et dès l’introduction on reconnait en Landform un nappage singulier, mais surtout une volonté d’articuler le voyage autour du graduel maîtrisé, entre dynamisme et langueur, entre essors et submersions. Prémices prometteurs : le son est équilibré, finement structuré, les hauteurs nous appellent et la rythmique séduisante dresse une belle échelle pour les nuées. Nous sommes promis à une progression subtilement lancinante, depuis l’énigmatique Mystic Science jusqu’au lâcher-prise intense de The Missing, rèche et suave, où la caresse se fait parfois claque.
L’auteur se joue avec maestria des classiques du genre : le sublime Falling Shadows éclate comme un symbole quand on partage depuis le début l’œuvre de l’homme ; voici le son-phare de cet album. Volupté analogique caressant les tripes, le cœur et le cerveau en moins de temps qu’il ne lui en faut pour déployer toute sa superbe. Le rêveur aguerri appréciera.
Parmi ces prodigieuses fleurs de son, citons Echo, subtilement déviant, pour un hommage étudié à la boucle. La teneur flatte l’oreille des ravers de la première heure. Magnus n’a pas oublié le son qui l’a enchanté dans les années 90 et, subtil feedback mémoriel, les synthés se font délicatement passéistes. Un parfum de l’excellent précurseur « Moon Café» de Xylon s’en dégage et c’est un bien. Avec Lifebook, mission illumination pour ce track tout en lâcher-prise. Les textures rythmiques sont brillantes, elles offrent un parfait soutient à la nage sous des eaux devenues nuées ardentes. Le haut et le bas confondus en un équilibre rare : Magnus a touché la Ligne Equilibrante. Divine onction qui, à l’image de l’album, joue à nous exciter sans nous faire jouir… Mais peut-on blâmer l’instigateur ? La retenue maîtrisée est un art véritable. Une étrange faute tombe néanmoins avec le final Asteroïd, et comme pour Surface : comme si l’artiste tenait à nous imposer une vision de l’electronica que nous ne sommes de toutes les façons pas venus chercher…
In Fine : Peut-être pas le plus spectaculaire des albums de Solar Fields (nouvel onglet) mais la matière à odyssée est au rendez-vous. Le mix est rare, les bombes sonores se succèdent et l’implosion progressive de l’auditeur est réelle. L’artiste a su concilier, sur ce nouveau tour d’horizon, l’accroche d’un espace toujours aussi immense et lumineux à l’audace d’une spontanéité finalement bienvenue. Il a su soutirer de l’impressionnante armada de machines peuplant son fameux Jupiter Studio une quintessence sonore qui révèlera la subtilité de ses ors au cours des écoutes successives.
On peut à priori rester sur notre faim, si notre appétence a su par le passé être aiguisée par les excellentissimes Movements, Leaving Home, Until We Meet The Sky ou, dans un genre plus galopant Earthsine. S’il demeure un respectable fondateur du genre, s’il confirme une véritable maîtrise du spectre sonore et de l’agencement spatial, le maître suédois n’a peut-être pas ici lâché tous les chevaux. Pour mieux souligner l’impact de ses autres albums ? Inutile néanmoins de faire la fine bouche, que l’auditeur se rassure : Origin # 02 tient ses promesses. Les envolées se succèdent, les points de vue haut-perchés sont assurés, le maître est facile, et toujours présent. Il n’a pas quarante ans, et déjà une douzaine d’opus au compteur. Il n’a déjà plus d’âge, quand la moindre de ses esquisses demeure une matière sûre à l’exploration sonore.
Une très belle page inscrite sur le grand livre du genre, assurément.






Brasser la merde