
La carrière de Pusha T (nouvel onglet) et tout ce que le natif du Bronx, devenu symbole du rap Virginien, a pu accomplir tourne autour de 2 personnages clés : Pharrell Williams et Kanye West. Il leur doit presque tout, au-delà de son talent personnel, de son agressivité et son énergie micro en main lorsque tout jeune il fonde le duo Clipse avec son frère Malice, à 16 piges à peine. Vingt ans après, c’est peu de dire que Pusha T semble être là depuis une éternité. Mais son personnage d’ex-vendeur de crack reconverti en star du rap US reste pour le moins ambiguë, n’étant jamais réellement parvenu à se faire une vraie place en tant que personnage haut en couleurs, au-delà des rimes. Indispensable pour laisser son empreinte.
Talentueux, il l’est sans aucun doute. Mais a plutôt été porté par un entourage qui a su reconnaître en lui ce talent à l’état brut : d’abord par Pharrell, qui aide les 2 frères à signer chez Elektra en 97 puis les embarque jusqu’à l’apothéose esthétique de leur carrière via un « Hell Hath No Fury » une décennie plus tard. Puis lorsque Pusha Ton se rapproche de la sphère GOOD Music et donne une nouvelle impulsion à sa carrière. Il devient le sideman de luxe de Kanye West et brille par ses apparitions mesurées mais percutantes. Sans jamais réellement parvenir à imposer son style à lui.
L’absence d’une véritable carrière solo inscrite dans la durée a toujours empêché Pusha d’être plus qu’un super-sub, au final. Ce à quoi il tente de remédier en 2013 avec la sortie de « Wrath Of Caine », tape distribuée gratuitement qui préfigure son futur premier LP, « My Name Is My Name ». A 36 ans, le MC continue de se présenter comme une next big thing, un artiste en devenir à l’expérience pourtant bien fournie. Une ligne de conduite que l’on retrouve régulièrement dans ses morceaux. Une volonté de renaître musicalement qui se trouve chahutée par beaucoup de paradoxes étalés sur ce « Wrath Of Caine».
Quasi exclusivement porté par son passif de dealer, « Wrath Of Caine » est un trait d’union entre ce que Pusha T a traversé en 20 ans. Et s’il ne se prive pas de rappeler à tous qu’il n’est pas un nouveau venu, il continue pourtant à se comporter comme tel. En fustigeant les kids derrière leurs écrans qui composent et partagent leurs morceaux à la pelle, comme n’importe qui en 2013. De rappeler à tour de rimes qu’à lui on ne la fait pas. Grand bien lui fasse mais l’hôte de « Wrath Of Caïne » en oublie d’exploiter pleinement le support qu’il envahit pour donner une substance à sa musique.
Micro en main, Pusha T est celui que l’on a toujours connu, aucun doute là-dessus : tranchant, agile et facile lorsqu’il le veut. Avec un côté plus sombre que ce à quoi il nous avait habitué sur les dernières incursions de feu-Clipse. Au détriment pourtant d’une véritable identité musicale qui dépasse les ficelles et trucs faciles. Côté prods et feat, en pilote automatique, Pusha T répond tranquillement aux cahiers des charges de 2013 sans se fouler : Young Chop, Harry Fraud, son pote Kanye sont de la partie ; le barbant ‘Millions’, étendu jusqu’à la nausée, qui accueille l’incontournable clique MMG via un laborieux Rick Ross, comme à son habitude. C’est à peine si la fraîcheur évidente de Kevin Gates, l’étoile montante de Baton Rouge, se ressent au-travers d’un ‘Trust You’ au refrain fatiguant, une constante sur le disque (n’est pas Future qui veut, surtout pas French Montana).
Le plus frustrant est en réalité de ne pas ressentir le chemin parcouru par Pusha T depuis « Lord Willin». Renouant avec une approche plus directe et plus crue, ce sont pourtant toujours les même thèmes qui ressortent, traités comme ils l’étaient il y a une décennie. Pusha de compter ses cailloux et ses rimes passés comme on compte les photos dans un vieil album un peu poussiéreux. S’il tente des incursions osées sur le reggae-rap de ‘Trust You’, tout est évidemment bien trop en place et sans surprise pour générer la moindre excitation sur ce qui se profile à l’horizon.
Et ce en dépit de ‘Revolution’, bref et clairement destiné à faire le point sur le passé de Pusha pour tourner la page et commencer un nouveau chapitre. En moins de 2 minutes, il passe tout en revue : Clipse, son manager arrêté pour un deal de grande ampleur, son frère ayant trouvé la foi, l’épisode « My Beautiful Dark Twisted Fantasy » à Hawaï. Jusqu'à évoquer son retour aux côtés de Pharell pour son LP à venir, comme à ses débuts. Plutôt qu'une nouvelle page qui se tourne, "Revolution" est une révélation : un tour complet pour un retour à la case départ. Le morceau le plus dépouillé mais peut-être le plus efficace du projet, sur l’une des prods pourtant les plus simplistes jamais entendues du côté des Neptunes. Allez comprendre ce qu’il se passe dans la tête de Pusha.
Incapable de se projeter et visiblement aussi fatigué que son mentor Kanye, Pusha T propose 36 minutes d’un rap statique, sans jamais vraiment emmener l’auditeur ailleurs que là où on l’attend. Si « Wrath Of Caine » n’est qu’un projet intermédiaire destiné à ouvrir 2013 avec du concret, il n’en reste pas moins que « My Name Is My Name » aurait sûrement nécessité une mise en bouche plus délicate et plus subtile. Pusha T cherche à donner un nouveau souffle à sa carrière solo mais manque encore son rendez-vous avec lui-même.
Il reste celui qu’il a toujours été : un rappeur talentueux dont on peine encore à tracer les contours d’une éventuelle carrière solo mémorable. Son rap se fond encore et toujours dans un flou le plus total sur la personnalité de celui qui l’agite à longueur de morceaux depuis 20 ans. De là à dire que Pusha T a déjà dépassé son pic de créativité il y a une poignée d’années, il n’y a qu’un pas. « My Name Is My Name » , dispo chez GOOD Music en mai prochain, devrait évidemment nous éclairer quant à ce que Terrence Thornton a encore à proposer au rap en 2013.






Brasser la merde
2 commentaires
SEN
Incroyable ! Une chronique Hip Hop sur SWQW ! Bon ben ça donne pas envie de se jeter dessus en tous cas !
Dom Tr
Tout arrive, même le pire.
la suite, depuis 2026