silent weapons for quiet wars

Pochette de New World Order

chronique · 17 avril 2013 · Hip-Hop / Rap

Louie V Mob

New World Order

Un vétéran qui a tout connu, deux étoiles montantes aux dents longues et une tape en forme de manifeste brut : Louie V Mob rentre par la fenêtre pour envoyer son "New World Order" à la face du rap de 2013.

par Dom Tr

Au coeur des 90's, la figure du self-made man sudiste pouvait toute entière être résumée par le parcours de Percy Robert Miller aka Master P. Un entrepreneur comme la mythologie du rap aime à les pousser sur le devant de la scène , symbole de la réussite, gérant sa carrière personnelle de rappeur/acteur/producteur. Une autre forme d'expression de ce DIY qui prend des atours de raid économique agressif et lucratif. Une véritable inspiration pour un scénario haut en couleurs (‘This is my shit, i’m the director’).

Parti de rien au début des années 90, ses deux frères Silkk The Shocker et C-Murder vont l'aider à fonder le trio TRU et à multiplier les collaborations pour son tout nouveau label No Limit. 5 ans plus tard, TRU est disque d'or, No Limit signe un deal de distribution avec Priority Records et 'Mr. Icecream Man' fait connaître Master P au grand public. il devient le symbole de ce rap gros sabots qui squatte les tops du Billboard, volontairement cliché, moqué pour son côté résolument kitsch, bas du front et le packaging des disques publiés par cartons entiers à la qualité finale toute discutable. L'année 1997 est le tournant du parcours de Percy Miller, l'apothéose, No Limit allant jusqu'à signer Snoop Dogg pour le très moyen "Da Game Is To Be Sold, Not To Be Told". Mais très vite, les péripéties judiciaires, les mésententes et ventes de disques en chute libre vont pousser le label à passer d'une soixantaine d'artistes signés à une poignée resserrée autour de la famille Miller, comme à ses débuts. Fin 2003, No Limit est en faillite et ferme ses portes.

Après un faux nouveau départ en 2004, la famille Miller revient aux affaires avec nouveau changement de nom en 2010 pour un nouveau chapitre estampillé No Limit. Celui-ci sera écrit par le bien nommé No Limit Forever Records géré par Romeo Miller, le fils. Pour Master P, c’est la collaboration avec Gucci Mane sur ‘Brinks’ en 2011, après 4 ans de silence, qui va définitivement concrétiser le retour sur le devant de la scène du natif de New-Orleans.

A l’heure où ltoute une génération de jeunes rappeurs éclot aux quatre coins du pays, sa figure de parrain déchu du milieu, Master P va l’exploiter à raison. Tout s’enchaîne par la suite : une nouvelle tape à l’été 2012, "Al Capone", puis un nouveau LP annoncé pour 2013, le premier depuis 2006, logiquement intitulé "Boss Of All Bosses". On ne se refait pas.

Entre temps, c’est un autre projet qui va occuper Master P. Du haut de ses 42 ans, Miller entraîne l’une des figures emblématiques d’Atlanta aujourd’hui, Alley Boy, et un jeune rappeur qui monte originaire de Washington DC, Fat Trel, autour du projet Louie V Mob, aux allures de nouvelle donne. Et quelle donne. Un trio atypique. Les trois protagonistes sont portés par des problématiques bien différentes, mais alignés sur la volonté de proposer un rap neuf, frais et en prise directe avec ce qu'ils connaissent par cœur : la rue et cette manière simple mais percutante de raconter ce qu’elle est. "New World Order" s’appuie sur l’alchimie entre les membres du trio pour compenser une technique moyenne (surtout pour Master P…) par une énergie et une personnalité qui sortent nettement du lot.

Notamment parce que le trio Louie V Mob aura su éviter l’écueil de faire reposer le projet sur la seule figure de Master P. Si la problématique du retour aux affaires, voire de la « vengeance » contre ceux qui auraient voulu lui nuire (‘Dope Case’) est récurrente sur la tape, le vétéran du rap aura su maintenir une véritable osmose pour faire de ces 15 morceaux une rencontre entre eux trois sans trop tirer la couverture à lui. Et ce même si Master P ne saurait être confondu avec un autre : un flow simple voire simpliste, aux phrases limitées et accrocheuses, la gouaille pure et simple de Percy Miller telle qu’on la connaissait dans les 90’s, sans faux-semblants. Tant pis pour la performance, on comptera sur Alley Boy pour amener cette petite touche de technique et de double-time qui fait monter la pression. En fond de cours, c’est un Fat Trel posé et détendu qui complète le trio, tellement à l’aise qu’on le croirait arrivé là depuis un bail, sans trop en faire et appliqué (‘Bang Bang’).

Sans réellement révolutionner le genre, Louie V Mob sait tirer le maximum de ce que proposent les trois rappeurs, que ce soit pour un hommage clair à Tupac (tiré de son ‘Hail Mary’) ou sur l’hymne entêtant ‘Smoke, Drink & Fuck’. Simplement la grande force de "New World Order" est de savoir porter sa musique au-delà des clichés du genre, en ajoutant toujours un petit plus qui tient inévitablement aux personnalités fortes des trois protagonistes sans jamais lâcher la pression. Une rencontre musicale explosive qui prend tout son sens une fois passée l'impression de démesure limite cartoonesque par endroits des premières écoutes. Mais une évidence du trio qui ne souffre d’aucune contestation possible tant les morceaux coulent sans accroc, via un travail des beats de qualité.

Portés par ce son grandiloquent, aux allures d’orchestres de cuivre, de drumkits et basses sous amphétamines, les 15 morceaux de "New World Order" vont piocher un peu partout pour faire entendre le savoir-faire du trio sur tous les terrains du moment. Que ce soit sur le tubesque ‘Club Poppin’, soutenu par un autre vétéran emblématique du genre, E-40, le street anthem ‘Trending Boy’ en compagnie de Gucci Mane (Master P à la limite du cri animal, jouissif) ou la marche funèbre angoissante revisitée de ‘I Ain’t Feeling That’. Le travail de production somme toute très réussi, de A-1 notamment, crédibilise la démarche, sans aucun doute possible. Mais sans jamais réellement atteindre des sommets pour permettre au projet de dépasser son objectif initial : revisiter de fond en comble ce que doit être un disque de street rap qui fleure bon le Grand Sud en 2013. On aurait espéré être pris aux tripes et emmené dans un environnement plus inamical encore.

Une petite déception qui n’empêche pourtant pas de reconnaître la solidité de "New World Order". La tape s’impose comme un manifeste efficace pour cette forme de rap que Louie V Mob cherche à défendre. Et que Master P cherche à repositionner sur le devant de la scène, dans la droite lignée des années dorées de No Limit. Quoi qu’on en dise, il semble évident qu’une place existe pour un super groupe de ce genre. Et Louie V Mob peut se l'auto-attribuer sans problème. La façon qu’a le trio de reprendre le ‘Homicide’ de Future pour en faire l’hymne crade et déviant ‘Take A Ride’ plaide évident pour une démarche de ce genre. Surtout lorsqu’elle est portée par deux jeunes MC’s aux dents longues et un vieux de la vieille, aussi affamé à 42 ans qu’à 22, exemplaire dans son implication.

"New World Order" n’est pas cette année zéro surprise qui viendrait rebattre les cartes en ce début 2013. Mais cette première réalisation du trio Louie V Mob, dont la sortie était annoncée depuis l'automne dernier uniquement, est simplement l’un des projets les plus consistants et percutants du premier trimestre. Un projet charnière pour Alley Boy et Fat Trel, aux portes de la cour des grands, qui n’en finissent plus de s’inscrire comme des rappeurs sur qui il faudra compter dans les années à venir. Et un retour aux affaires réussi pour Master P; une nouvelle pierre angulaire de sa campagne qui doit le mener vers la sortie de "Boss Of All Bosses" dans les mois à venir.

Si le trône du rap US semble être totalement hors d’atteinte pour lui aujourd’hui, face aux poids lourds des années 2010, il n’est pas exclu que Percy Miller parvienne encore à nous surprendre. N’a-t-il pas toujours clamé haut et fort qu’il ne connaissait aucune limite ?

Dom Tr

Brasser la merde

8 commentaires

  1. Industriality

    Faudra qu'on m'explique un jour pourquoi les rappeurs ont toujours l'air ausi con sur leurs pochettes de disques... Le mauvais goût semble être un apanage de ce courant musical...

  2. Dom Tr

    Faudra qu'on m'explique un jour pourquoi les gens qui ne connaissent rien à un genre musical se sentent obligé de le ramener à un ou deux clichés vaguement étayés par des exemples sans comprendre ce qu'il y a réellement derrière. Le mauvais esprit semble être l'apanage de ce genre d'auditeurs...

  3. Aliocha

    Comment peut on écouter un disque avec une pochette pareille? A un moment donné il faut savoir garder sa dignité et dire stop! Et puis quand on a un tel mauvais gout en matière de pochette, la musique est surement faite du même tonneau.

  4. SEN

    Tiens mon commentaire a été supprimé, il y a donc de la censure sur SWQW !

    1. B2B

      Non non du tout (aucun intérêt de censurer/modérer les commentaires). Ca doit être du à une mauvaise manip de notre part. Désolé.

  5. SEN

    Ben moi j'veux bien mais en attendant mon commentaire initial fait toujours défaut !

    1. B2B

      Impossible de le remettre. Et ce n'est pas faute d'avoir essayé.

  6. SEN

    Alors je repost : C'est vrai qu'elle est vraiment dégueulasse cette pochette, c'est vulgaire et racoleur, à l'image de son contenu d'ailleurs ! J'aime pourtant beaucoup les pochettes comme le "6 Feet Deep" de Gravediggaz ou le "Guerillas in tha mist" de Da Lench Mob, ça avait un certain attrait à l'époque mais là c'est juste du mauvais goût, on dirait la pochette d'un album de 50 Cent ! C'est peut être représentatif d'une certaine mythologie du Hip Hop, mais d'un genre qui a vécu et c'est pas si étonnant qu'elle soit l'oeuvre d'un vétéran !

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