chronique · 3 octobre 2013 · Expé. / Modern Classical
Routine
Sì
"Les choses se détachent du monde et roulent en liberté dans l’air. Le monde se détache de son axe et roule en liberté dans le vide."(Juarroz)
par Aurélie S.
Deuxième sortie de l’année pour le label Nephogram, après Xuan d’Ennio Mazzon. Exigeant, le label prend le temps de soigner ses sorties qui se déclinent en d’audacieuses représentantes de la scène électro-acoustique et expérimentale italienne actuelle. Pour ce nouveau volet, il s’agit du premier essai de Routine, une collaboration née entre Filippo Mazzei et Fabio Ricci.
Sì réunit plusieurs années d’enregistrements débutés il y a plus de dix ans. C’est un riche réseau organique, une multitude de prélèvements sur le monde, dentelé sur la substance et la matière. En faisant affleurer les instruments acoustiques dans les cisaillements de la musique concrète, ce premier album saisit l’auditeur par ses mélodies à la simplicité apparente pour mieux le faire plonger dans des soubassements de matière brute.
Pièces qui s’ouvrent et se referment, objets familiers détachés de leur environnement, claquements, grincements, percussions. On y désamorce les habitudes, on force les chocs entre les corps de bois et de métal. Il y a cet amour pour l’état brut des choses, originel. Frémissements, à-coups. On avance par ruptures et raccrochements, en créant des coudes parmi les branchages du monde.
Les notes de guitare, piano, trompette ou clarinette se dressent ainsi en fil conducteur, offrant leur dépouillement comme point de vue sur la très grande richesse sonore des enregistrements. Le duo use de la lenteur, et n’hésite pas à élaguer ses sonorités par le silence. Il joue (parfois), et fabrique son espace de liberté (sans cesse).
Et quand beaucoup d’autres persistent à tourner en rond, Routine propose un album qui s’aventure là où l’irrégularité est cette porte ouverte sur la respiration, et où les détails viennent capter les moindres turbulences engendrées par les matériaux.






Brasser la merde
1 commentaire
Stef barde
Roberto Juarroz, tiens tiens (!!)...
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