
Dans « Le livres des violences », l’(immense) écrivain américain William T. Vollmann dresse un panorama de la fureur humaine. Cet ouvrage encyclopédique, bien que résolument subjectif, vaut autant pour la somme d’informations superposées que pour sa résonnance contemporaine, et tente ainsi de justifier chaque forme de violence. C’est là qu’entre en jeu ce Fabric 69, mix gargantuesque des anglais de Sandwell District. En effet, rarement un mix techno n’aura été aussi pléthorique dans sa tentative de définir les contours de la brutalité.
On n’en attendait pas moins de la part de l’entité Sandwell District (nouvel onglet), titulaire du label du même nom, lui permettant de propager sa vision de la techno : monochromatique et oppressante. C’est ainsi que ce Fabric 69 passe en revue toute la frange insoumise du genre, dans un exercice de style aussi radical que difficile à avaler d’une traite. Car pour aller au bout de ces 80 minutes, il va falloir se tenir au mur.
En débutant son mix par 15 minutes de violence sourde, David Sumner (aka Function) et Karl O’Connor (aka Regis) installent l’auditeur dans un climat malsain. Progressivement, le son prend du volume et les textures s’épaississent. Une dizaine de tracks s’enchainent alors rapidement, donnant l’impression de ne faire qu’un. Le mix est d’ailleurs techniquement irréprochable mais avouons aussi qu’aujourd’hui cela est devenu un jeu d’enfant quand on voit la masse de logiciels prémâchant le travail. Bref, on passe en quelques minutes de Raime à Vatican Shadow, tout en convoquant toute la clique Sandwell District, puisque l’on est jamais mieux servi que par soi-même.
Et alors qu’on s’installe dans ce climat poisseux, débute la phase de l’arrachage de dent. Le Detune de Mary Velo vient écraser les sons autant que les oreilles, sous un beat dictatorial. La machine de guerre est en marche et ne vous lâchera plus jusqu’à la dernière seconde. Sandwell District peut alors dérouler, mais avec la manière. Le duo a ainsi la bonne idée de faire appel trois fois aux vaches sacrées du milieu en convoquant Carl Craig, Plastikman et Laurent Garnier, permettant ainsi à ce Fabric de ne pas être figer dans un instant T, de ne pas faire figure de mix contextuel. Pourtant, il est indéniable que ce Fabric 69 s’inscrit clairement dans son époque, car si la techno n’a jamais eu de message, elle reste cependant révélatrice de son époque. On erre alors en plein désespoir et on se prend dans la gueule une musique aussi noire qu’intransigeante.
Le dernier tiers ne permet aucun répit, aucune promesse. On a plus qu’à se soumettre à la basse omnisciente du Hunt de Markus Suckut et aux parasitages grésillant du Motion The Dance d’Untold. Mais le coup de grâce viendra avec Planetary Assault Systems dont le Flat Tire labyrinthique mêle tous les schémas précédemment proposés pour provoquer une perte de repère irrémédiable. Tout au plus peut-on regretter le fait de terminer le mix par un énième morceau de Function, comme pour mieux appuyer la sortie récente de son (dispensable) album, Incubation (chroniqué d’ailleurs par nos soins (nouvel onglet)). Mais ne soyons pas trop exigeant car la somme d’uppercuts reçus précédemment vaut à elle seul le détour.
Le constat est sans appel. Ce Fabric 69 de Sandwell District est une machine de guerre d’une férocité implacable. Mais ce mix dépasse les limites du genre et semble dresser une typologie de la violence de la techno actuelle. Reste à accepter les règles du jeu.






Brasser la merde
4 commentaires
Choucroute
Hâte
benk2000
Super mix ç'est sur ... par contre je trouve que dans la chronique tu pousses un peu sur le coté violent ... Honnêtement , c'est sur c'est pas de la house, mais on est pas non plus en guerre quand même ... moi je ressens une "tension" assez forte dans ce mix, mais de la violence ... non vraiment pas ...a moins que la tension que je ressens se traduise en violence (psychologique) dans ta chronique ... en tout cas n'ayez pas peur, c'est un super mix , bien techno 2013 façon berghain, mais de là à parler de typologie de la violence ... Et sinon juste merci pour vos chroniques et pour les découvertes sonores ;) continuez !!!
B2B
La violence n'est pas que physique. Tu parles justement de "tension" par exemple. Pour le physique, reconnaît tout de même que certains passages sont assez éprouvants (basse tentaculaire, souffle démentiel). Pour le reste, oui, bien entendu, nous ne sommes pas en guerre pendant 80 minutes mais plutôt sous pression, à l'affut de la moindre attaque.
theo
MIAM!
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