silent weapons for quiet wars

chronique · 24 septembre 2014 · Techno / House

Scuba Death

Nitrogen Narcosis

par B2B

Cruelle méprise initiale. Je me faisais une joie d'écouter la techno d'un mec portant le blaze de Scuba Death (nouvel onglet). Car oui, vouloir le décés musical de Scuba est une chose noble en notre monde d'aigris. Mais je me suis fourvoyé tel un bleu puisque il n'est nullement question de l'autre tanche ici mais simplement de l'américain Ricardo Donoso, coutumier d'expérimentations drone, noise, techno. Bon, c'est parfaitement louable me direz-vous et cela suffira à combler ma frustration initiale.

Je m'intéresse alors à la genèse de Nitrogen Narcosis (principe que j'applique peu souvent, laissant libre cours à une interprétation plus libre) pour découvrir que Ricardo a été victime dans sa jeunesse d'une expérience de noyade traumatisante et que Nitrogen Narcosis renvoie à la narcose à l'azote qui revient à subir l'ivresse des profondeurs, phénomène bien connu des plongeurs. Pour les non-initiés, il s'agit de troubles comportementaux s'observant lors d'une plongée profonde. Les effets sont multiples et paradoxaux, mélangeant notamment euphorie et angoisse.

Nitrogen Narcosis propose de vivre ce trip (pour une fois que ce terme n'est pas galvaudé) solitaire le long de 6 tracks et 35 minutes. Autant l'avouer d'emblée, cet album ne vaut pas grand-chose si l'on s'y penche avec précision. Et si on cherche à rapprocher ce trip immersif de celui proposé en 2012 par Voices From The Lake, la comparaison devient alors douloureuse. Mais pour une fois, on va ignorer la technique pure pour se focaliser sur le ressenti puisqu'à ce petit jeu là, Nitrogen Narcosis s'en sort avec honneur.

La descente dans les profondeurs surgit rapidement, au rythme d'une ambient-techno downtempo angoissante. D'ailleurs, jamais les bpm ne dépasseront la barre des 100, comme pour mieux figurer l'état du plongeur, oscillant entre confusion (Nociception) et passivité (Helium Tremors). On accepte la défaite dès l'ouverture de l'album, en laissant les silences nous plonger dans l'ambiguïté de la béatitude oppressante. Le ravissement final de Rapture Of The Deep, de loin le meilleur titre, ne laisse aucun doute sur les conséquences d'une telle descente. On finit seul, à errer au fond des abysses, ne sachant si l'on doit remonter ou se résigner.

Intrigant trip que cette plongée sans retour. Scuba Death propose une partition très accessible d'un phénomène pourtant redouté. On pourra bien évidemment reprocher le côté un peu cheap de l'ensemble, tournant autour d'une techno synthétique un brin vieux jeu. De même, il aurait été judicieux de proposer un album mixé, laissant peu de place au vide. Cependant, l'écoute au casque vous place dans un état ambivalent insidieux et il vous faudra quelques minutes pour retrouver votre esprit.

B2B

Brasser la merde

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