silent weapons for quiet wars

Pochette de Butterfly Effect

chronique · 3 novembre 2014 · Techno / House

Shinichi Atobe

Butterfly Effect

par B2B

C'est avec suspicion que j'aborde le cas Shinichi Atobe. J'émets toujours des réserves quand un artiste, inconnu, est d'un seul coup mis en avant, 10 ans plus tard, sous prétexte que le génie de l'époque fut incompris. Parce que n'allez pas me faire croire que vous vous êtes tous extasiés en 2001 sur Ship-Scope EP, unique release du japonais ? Car même si ce seul exercice est exemplaire (j'y reviendrai ensuite), sa sortie resta relativement confidentielle. 2014 arrive et les désormais influents Demdike Stare (Miles Wittaker et Sean Canty, têtes de prou du label Modern Love) ont mis la main sur Shinichi Atobe, le sortant de sa torpeur pour le remettre derrière les machines afin de montrer à la plèbe à quel point son touché est exceptionnel. Et toute la presse hipsterisée de crier au génie devant cette résurrection (ça fonctionne très bien, le vinyle étant bien entendu déjà sold-out). Cherche-t-on à nous faire prendre des vessies pour des lanternes ?

J'ai préféré laisser retomber légèrement le soufflé avant d'écouter Butterfly Effect, premier long format de Shinichi, sortant donc sur le propre label de Demdike Stare. Et avant ça, je me suis replongé dans cette fameuse 1ère sortie de 2001, sortie sur Chain Reaction, éminente sous-division de l'univers dubbé de Basic Channel. Je ne vais pas vous le cacher, j'ai écouté ces 4 titres il y a longtemps... mais je n'en garde aucun souvenir. La réécoute, sans être une révélation, apparaît cependant troublante. Cet EP est clairement un bijou de minimalisme dub répondant fidèlement au cahier des charges du label allemand : rigueur, boucles hypnotiques, textures nébuleuses. Les quatre titres sont une caresse pour les oreilles, s'enfermant dans des boucles dub-house d'une profonde mélancolie, avec pour point d'orgue The Red Line. Oui, force est de reconnaître que Shinichi Atobe avait sorti à l'époque ce que l'on peut appeler sans honte une pépite.

13 ans plus tard, notre japonais a fini de zoner pour bosser sur un long format de 12 titres. Le résultat ? Une semi-résurrection. Butterfly Effect est loin de raviver le phénix sur la longueur mais s'envole cependant le temps d'un titre sublime : Butterfly Effect. Ce morceau éponyme étire sur 12 minutes sa dub-house précieuse et racée, s'articulant autour d'une bassline ronde et deux fines notes de piano. Le titre installe paisiblement son univers désabusé, rappelant en cela les travaux de Terre Thaemlitz. Ce superbe exercice dispose d'ailleurs d'une petite sœur avec la house minimal élancée de Free Access Zone 2.

En dehors de ces 20 minutes (ce qui est déjà beaucoup, soyons juste), Shinichi Atobe expérimente sans briller. Oh, rien d'indigent dans la masse, mais surtout rien de transcendant. On sent clairement l'influence d'Actress dans les vignettes fragmentées de Free Access Zone 1, 3 et 6. Ces dernières sont plutôt finement menées et proposent une vision intrigante de l'expérimentation répétitive. Par contre, quand Shinichi tombe dans le bidouillage sci-fi, c'est quelque peu gênant, d'autant plus quand la trituration sent un peu trop l'influence de Demdike Stare comme avec Waste Land 2 et son côté massif-angoissant-saturé un peu trop contextuel. A part ça, le japonais se contente de dérouler avec des tracks certes agréables mais trop classiques dans leurs constructions, la deep-house de Free Access Zone 5 et le dub de Free Access Zone 7.

Ne soyons pas trop aigri et avouons que cette mise en avant soudaine de Shinichi Atobe n'est pas qu'un pétard mouillé. Mais reconnaissons aussi que cela est loin d'être autant « extraordinaire » qu'on veut bien nous le faire croire. Butterfly Effect est un album parfois racé, mais malheureusement souvent fade. Il aura par contre eu le mérite de remettre au goût du jour le seul EP du japonais et c'est sans doute ça le fait le plus pertinent.

B2B

Brasser la merde

1 commentaire

  1. Joyeux

    Perso j'aime beaucoup, merci pour la découverte.

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