
« Les modes passent, le style est éternel » disait Yves Saint-Laurent. Car l’élégance est affaire d’exigence, You Go Girl de Frank & Tony est l’album (ou plutôt l'assemblage de 3 EPs) deep-house pur le plus racé de l’année. Ne vous inquiétez pas, on n’a pas oublié Minutes of Sleep d’autant que derrière Frank & Tony se trouve le très fin parisien Anthony Collins et l’esthète Francis Harris, auteur de la pépite de 2014, précédemment citée. Mais Minutes of Sleep était bien plus qu’un simple album de deep-house et You Go Girl joue dans une autre catégorie, plus restreinte et en même temps plus prévisible, celle de la deep-house de club.
Si You Go Girl est en tout point parfait, c’est parce qu’il sait rester simple tout en dégageant un style intemporel. Bien qu’élémentaire en apparence (d’aucuns oseront coller l’étiquette lounge à l’album), le LP se révèle bien plus exigeant qu’il n’y paraît. C’est qu’il faut apprendre à écouter en les lignes de basses, qui déjà résonnent avec un grain d’une profondeur enveloppante. Tout est doux et moelleux, s’appuyant sur de simples motifs circulaires prenant leurs temps pour s’imposer dans les têtes. You Go Girl ressemble dans son rendu à du Miles Davis sublimé par la sourdine. Cette finesse dans le rendu confère à l’album cette fameuse simplicité élégante. On n’est donc pas béat devant les tracks de Frank & Tony mais plutôt comblé d’admiration. Le duo a su saisir l’essentiel dans le geste minimaliste, préférant s’intéresser à la texture plutôt qu’aux artifices. C’est en cela que You Go Girl est un album proche de l’esthétisme d’YSL.
Et comme tout créateurs, Frank & Tony disposent aussi de leur muse, la danoise Gry Bagøien, que l’on retrouvait déjà chez Francis Harris, sur un Bring The Sun drapé dans ses nappes progressives. Et comme tout créateurs, Frank & Tony aiment les références artistiques comme avec Villa Seurat, désignant ces ateliers d’artistes parisiens de la 1ère moitié du XXè siècle. On arrive alors à cet ultime aspect propre à la deep-house : l’indolence bourgeoise. C’est d’ailleurs inévitable avec ce type de musique tant le rendu racé renvoie à une imagerie confortable et propre sur elle. Il ne faut voir ici aucun reproche mais plutôt une volonté de rendre le luxe accessible à tous.
Les 9 longs titres de You Go Girl figent le temps avec nonchalance. Le dépouillement sonore fuit pourtant l’austérité, préférant contenir son élégance dans une réduction de moyens. Frank & Tony offrent un album simplement intemporel.
P.S. : Seul bémol (hors chronique, tant c’est anecdotique), l’absence du fabuleux remix de Companion par DJ Sprinkles, pourtant présent sur l’EP You.






Brasser la merde
9 commentaires
P.L
C'est pas sur You qu'il y a companion ? Par contre c'est lourd ces digital exclusive et vinyle exclusive.
chesh
Quelle claque, merci pour la découverte !
Rogojine
La classe, tout comme dans un autre registre le dernier Arandel, l'année se termine comme elle a commencée
Grrrrrrrrrrrry
Le dommage semble moins grave ici où l'imaginaire semble aux premières écoutes bien plus borné que chez un Francis Harris tout court, mais la liste des plages polluées s'allonge chaque année et je me demande combien d'albums Gry a l'intention de venir sinistrer à l'avenir. Cette habitude prise de se répandre un peu partout où ça fait tache est certes en cohérence avec le narcissisme négligeant et soussouille de son chant, au faire-des-maniérisme si pauvre et vain qu'il le condamne sans doute à l'expansion compulsive. Ces crétins ne sont pas non plus obligés de faire appel à elle, on peut donc supposer qu'ils aiment ça, et cette faute de tout laisse comme un blanc plein de soupçon. Que je puisse trouver son Strange Fruit sublime ne m'empêche pas de ressentir un vague écoeurement à l'écoute de Billie Holiday, alors quand on en arrive de clone en clone à sa millième dégénérescence in-vitro, danoise en l'occurrence, dont l'incontinence égotiste semble être l' horizon artistique le plus désirable, j'ai largement dépassé l'envie de vomir. Le mieux qu'on puisse souhaiter serait qu'elle cesse de s'écouter chanter-comme-quelqu'un-d'autre-qui-l'aurait-fascinée-par-l'immensité-de-son-ennui. On dirait que les miaulements grinçants déjà complaisants et peu aimables, cependant authentiquement habités, de la-plus-grande-chanteuse-de-jazz-de-tous-les-temps-après-Federer, qu'on retrouve franchement insupportables chez la photocopie Karen Dalton, pour prendre un exemple pénible, puis plus loin au hasard, ramenés par la chimie industrielle à l'insignifiant et oublié résidu Camélia Jordana, ont finalement muté en une sorte de renvoi d'algues bio-pot-de-vin au fond d'un fac-similé de canapé Ikea trop mou. Le corps est bien bon dont la sueur est au moins étrangère à ce genre de sécrétion de l'industrie du cerveau, artifice terminal dont la musique avait, croyait-on extrêmement naïvement, été débarrassée par une révolution machinique paradoxale. Oui, oui, on sait, il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark, mais j'aime autant quand c'est Sarah Lund ou Saga Norén qui me le font savoir.
OSPW
Plus gros pâté de brassage de merde, tu meurs. Encore plus chiant que l'UMP.
glouton
Merci pour cet album incroyable, purement jouissifs.
Farouche
oulalalalala, la belle découverte! merci merci merci
shadowbox
Oui, ça tue. Album qui va finir très haut dans mon estime 2014, et qui tournera encore et toujours en 2015. On retrouve la patte de Francis Harris et la touche d'Anthony Collins sublime le tout. Y'a effectivement un petit côté house bourgeoise comme c'est de la house d'esthète, mais j'aime cette ambiance étouffée, le penchant crasse que l'on retrouve dans certaines pistes et qui confère une dimension underground à l'album. Des titres comme Villa Seurat, Love Brut ou la boulette Only By Moving m'ont achevé.
shadowbox
J'avais oublié: c'est bien dommage de ne pas retrouver Companion qui, ma foi, est une véritable pépite.
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