silent weapons for quiet wars

Pochette de Faction

chronique · 25 novembre 2014 · Musiques électroniques

Swarm Intelligence

Faction

(Penser un jour à poster une punchline de Trevor Philips en lieu et place d'une citation pauvrement poétique)

par Lexo7

Je ne sais pas qui se cache derrière le projet Swarm Intelligence, si ce n'est que c'est un irlandais exilé à Berlin nommé Simon Hayes, qu'il est apparu sur plusieurs et plus ou moins obscures compilations, et qu'il signe son premier album sur un label habitué de nos pages : le berlinois Ad Noiseam. Je crois qu'il n'y a rien de plus pénible à écrire qu'une intro, encore plus quand on a rien à dire. Rendez vous donc un autre jour pour les salamaleks et autres anamnèses d'usage.

J'ai bien failli ne jamais me plonger dans ce disque avec l'attention qu'il méritait. Une première écoute furtive et peu attentive avait laissé entrevoir les distorsions massives d'un mec qui avait beaucoup écouté Mika Vainio (surtout Kilo, ici) mais qui semblait incapable de sortir de sa crise d'adolescence. C'est pratique les premières écoutes, ça permet de dire une blinde de conneries, de se faire un faux avis rapide, de torcher un papier presque potable avant midi pour satisfaire le bureaunier désoeuvré déballant sa pastabox.

N'ayant pas pour habitude de dégommer de l'indépendant (sauf les MCs qui ont un melon trop gros pour leurs instrus pasteurisées à l'huile de chez Gandalf), je me serais abstenu de tout commentaire à l'égard de ce Faction. Sauf que voilà, je suis allé voir coup sur coup deux films qui m'ont particulièrement crispé : le dernier chef d'oeuvre annoncé de Xavier Dolan, Mommy, où la mise en scène façon clip déglacé à la perpétuelle relation mère/fils tourmentée et castratrice n'était sur la durée clairement pas à la hauteur de la très grande prestation de ses acteurs (actrices pour le coup). Mais ce ne fut rien à côté de Geronimo, fable hystérique de Tony Gatlif, resucée brouillonne d'un Roméo et Juliette gitano-turque dans les arterres dévastées de Perpignan (où les travailleurs sociaux sont des clichés sans nom et où les gipsy kings s'essaient au scratch). Une purge te dis-je, qui méritait bien que je me trouve une BO à la hauteur du préjudice visuel.

Tu vas me dire dans le brassin que je m'égare, je te répondrai au préalable que tu as l'habitude en plus du fait que je m'en tartine.

Bref, j'ai appuyé sur play et une fois de plus succombé à un appel de nuit vers l'extérieur. Pour calfeutrer ma haine, mais aussi pour sublimer mes envies d'en découdre et de transformer la rue de Tiquetonne (rue Cujas dans sa version toulousaine, place du corbeau à Strasbourg...) en théâtre idéal d'un massacre de hipsters où Trevor Philips est le valeureux héros sanguinaire. Et là, bah ce Faction a pris une toute autre dimension, même si les gargarismes daubestep qu'on trouve au milieu du premier titre False Flag m'ont presque poussé à accompagner des fans de Xavier D. à la secte des altruistes.

Ouais, je te vois venir, traite moi d'homophobe et je te jure que j'ai la bande son qu'il faut pour te casser le cul.

Frappes de déménageur letton, orgie hertzienne où les aigus ne sont pas sacrifiés sur l'autel du sub, contretemps et cuts chirurgicaux dignes d'un Hecq en pleine forme, Faction est en réalité un album extrêmement intelligent, aux accents industriels et donwtempo sévèrement marqués et où l'irlandais est parvenu à synthétiser l'essence d'un genre en perdition : le power/rythmic noise. Il a ralenti le tempo, n'a pas cédé à la tentation éculée du bête et méchant drop bien placé, déployé une palette rythmique particulièrement renversante, graissé ses fréquences pour souligner l'aridité des sombres trames ambient.

Ajoutons à cela un respect admirable de chaque strate pour parfaire le mix et laisser ainsi une confortable liberté de travail à Mobthrow pour le master (alliant dynamique et force de frappe, fait suffisamment rare pour être souligné). Faction contient au fond tous les éléments et la radicalité nécessaires à un véritable tour de force électronique, où les spectres se gonflent et se rassasient aux flatulences de heavy méthane.

Si les mécanismes et les variations rythmiques se montrent particulièrement efficaces et immédiates sur les excellents titres que sont Antenna, Outpost, The Sinners Lie in the Forest ou Destroyer, certains éléments, notamment l'intro d'Infiltration et la conclusion de *Resurface,*sont maculés du même soin et de la même mécanique de précision appliqués par les plus chevronnés des sound designers.

D'une violence et d'une maîtrise impressionnantes de froideur, Faction se dresse comme la raclée sonore la plus enthousiasmante offerte par Ad Noiseam depuis l'album de Fausten (ici), un nouveau requiem pour un massacre. En tous cas, Trevor aurait aimé.

Lexo7

Brasser la merde

12 commentaires

  1. Ehoarn

    Swarm Intelligence c'est aussi la moitié de Diasiva, dont l'autre moitié s'appelle Mads Lindgren (ou Monolog). Bisous. Jolie chronique.

  2. lexo7

    Je m'en tartine, Tartine. Bisous.

    1. Ehoarn

      Putain, c'est la dernière fois que je t'aide pour ton intro. J'vais t'avoiner ton interview, toi.

  3. KzDat

    Autant ça n'est pas désagréable à lire, autant on ne sait pas grand chose quant à l'album à la lecture de la chronique. Je suis content, j'ai pu découvrir le mot "anamnèse" (bon je l'ai peut-être déjà lu mais t'en accorde un bel usage). Mais c'est un peu présomptueux et égoïste comme chronique, le plus large paragraphe parle de tes sorties cinéma. Bon c'est bien, le personnel lie à l'universel, mais ça fait vraiment recalé d'école de lettres qui vient étaler sa prose ailleurs. Mais je suis pas sur qu'une chronique d'album soit le meilleur matériel, non? Monte une tribune, libère toi! Bon ensuite, je sais que je vais me prendre une punchline laconique en retour... ça demeure sympa à lire mais, et ce n'est même pas SWQW en général, mais la plupart des chroniques internet lues aujourd'hui, c'est un mot complexe, et un peu pédant de préférence, 3 allusions sexuelles un peu lourdes et c'est torché. Ça manque un peu de sincérité. Vous embauchez?

  4. lexo7

    Oui, nous embauchons. Sérieusement en plus. Viens donc nous (me) montrer le chemin.

    1. Jacky

      https://www.youtube.com/watch?v=zLgeTtYwQ7o

  5. CaptainTagada

    Très bonne chronique ! Et comme le disait Lexo7 il y a quelques temps : "La mélodie c'est la vie (bordel) !"

    Oh, wait...

  6. Jacky

    "N’aie surtout pas honte de dire des absurdités ! Tu dois seulement être attentif à ta propre absurdité." (Wittgenstein. Remarques mêlées)

  7. FandeXavierD

    Putain après "Lexo écoute des disques", "Lexo lit des livres", "Lexo va au cinéma"! Mais non tu n'es pas raciste, misogyne, homophobe et con tu es un rebelle-politiquement incorrect..

  8. lexo7

    Merci, je t'attendais.

  9. ygjk

    Bon, ca va demander une autre écoute, parceque pour l'instant j'ai effectivement l'impression d'un mec qui a beaucoup écouté Mika Vainio, mais sans lui arriver à la cheville. J'y reviendrais sans doute. Merci pour la chronique/découverte.

  10. Rasno

    Message au lecteur : ne lire que les 4 derniers paragraphes ça suffit bien..

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

    dans le même courant · musiques électroniques

    En attente