
C'est parfois une question de contextualisation : The Here and Now n'est pas sorti à la bonne saison. En avril dernier, le printemps s'imposait doucement sur le paysage et nos visages, on prenait plaisir à contempler la progression des journées. The Here and Now est alors arrivé et a voulu imposer un retour de l'hiver. Une écoute fut suffisante pour le laisser à l'abandon alors même que son géniteur, Segue (nouvel onglet), nous avait comblé par le passé.
En effet, un an auparavant, Pacifica et sa dub-techno nourri au field-recording avait su toucher juste dans un milieu pourtant cadenassé. Pacifica s'était une heure d'une discrète beauté charnelle. Facile en même temps quand on loge à Edmonton, Canada, environnement propice à la contemplation passive. Cela fait ainsi une dizaine d'années que Jordan Sauer sort méthodiquement des albums ambients/dub/techno vaporeux. Mais revenons à The Here and Now et à l'automne actuel.
Il m'arrive de donner une seconde chance à certains albums, comme si j'avais l'impression d'être passé à côté de quelque chose. C'est donc le cas du dernier opus de Segue puisque je l'écoute désormais régulièrement depuis quelques jours. Et le temps y est pour quelque chose. En effet, The Here and Now est un album mélancolique et doux, un album moelleux pour rentrer lentement dans l'hiver. En mettant principalement l'accent sur les lentes et imposantes nappes ambients, Segue déploie un arsenal de sonorités cristallines, sur fond de tendres mélodies et d'un enrobage dub en arrière plan. C'est mignon sans être crétin, joli sans être renversant.
Segue dispose de 7 titres pour étaler son savoir-faire. Les nappes ambients se mélangent à une fine utilisation du delay, Turning Patterns, ou du field-recording, Flood, pour un résultat sans vague. Les influences d'Helios ou The Green Kingdom (sur le même label, Sem (nouvel onglet)) sont notables, mais c'est clairement l'ombre de bvdub qui est la plus prégnante, notamment sur un Settle Down superposant à l'infini les nappes ambients. Mais Segue trouve toujours le point d'équilibre lui évitant d'atteindre le trop plein émotionnel et auditif.
On touche là au secret de cet album : son absence de prétention. On se laisse docilement emporter dans son univers car The Here and Now s'écoute distraitement tant Segue se contente de peu, à raison. D'ailleurs, n'avez-vous pas comme disques de chevet des albums anecdotiques, parfaitement adaptés à vos moments de solitude ? Ces albums sont nécessaires car ils sont une valeur refuge. Vous savez que quand vous avez envie d'un peu de silence, ils sont là pour l'accompagner. Ces albums là ne sont jamais des chefs-d'oeuvres parce que la seule chose que vous leur demandez, c'est d'être là sans être là






Brasser la merde
4 commentaires
nigaud
Lumineux, large, aérien, une bonne journée qui commence avec ce disque. Merci !
shadowbox
Enfin, c'est pas trop tôt! Plusieurs approximations cependant: l'album est sorti début mars (et en mars au Canada, c'est encore l'hiver en tabarnak) et Segue est originaire de Vancouver, pas d'Edmonton. J'ai du mal à voir l'ombre de bvdub dans cet album, vraiment. Les gars font de l'ambient, mais chacun dans son style et je trouve Segue bien plus palpitant. La référence à The Green Kingdom est déjà plus pertinente, d'ailleurs Segue a produit un remix pour son dernier album Expanses. Pour ce qui est de l'album, je ne peux qu'appuyer ton propos et après l'excellent Pacifica, il enchaîne sur une nouvelle pépite qui fera partie de mes albums de l'année. J'ai eu la chance de le voir au festival Mutek cette année et son live était trippant.
Vladimir R
Magnifique. En parfaite harmonie avec la saison. Merci
Rogojine
très beau disque, "Mais comme tout produit de saison, reste à savoir si ce dernier passera l’hiver et réussira à s’installer durablement dans nos esprits." je pense que comme Dinas Oleu, il peut
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