Dear Future est une compilation d’enregistrement de jeunesse (à l’exception des deux improvisations sur le piano de Debussy, enregistrées en 2008) de Thollem McDonas (nouvel onglet), pianiste et compositeur d’avant-garde, que l’on peut aussi bien entendre dans des sphères punk rock (leader de TSIGOTI, groupe de punk expérimental, très politiquement engagé) que dans un univers s’apparentant davantage à la musique classique contemporaine (sa participation au projet Estamos Ensemble ; ses multiples enregistrements en piano solo etc.).
Son engagement politique, pourtant souvent au centre de son travail musical, ne transparait pas ici. Il s’agit essentiellement de proposer un aperçu de la construction d’un musicien, à travers les divers exercices, expérimentations, jeux etc. qui accompagnent sa formation. Et ce fragment de passé permet ainsi à l’auditeur de mieux comprendre l’artiste tel qu’il se présente à nous : on retrouve déjà l’urgence, le côté très direct et la violence que l’on entend aujourd’hui, notamment dans ses travaux punk ; d’autre part on plonge aux racines de ses travaux classiques contemporains avec des compositions de jeunesse pour piano et piano préparé, ainsi que des interprétations tirées du répertoire classique.
Et c’est là que ce disque se montre particulièrement pertinent : c’est par l’accent qu’il met sur l’héritage des compositeurs classiques et contemporains à travers ses interprétations d’œuvres (« Scarlatti Sigh Sonata » ; « Sergei High Noon Prokofiev »..) mais aussi à des emprunts très clairs dans ses compositions (l’influence de John Cage bien sûr, par exemple, que l’on voit dans ses morceaux pour pianos préparés). L’ajout des deux morceaux récents, « Improvisation On Debussy’s Piano #1 et #2», est alors totalement justifié, en ce qu’ils participent à la démarche de l’artiste cherchant à se situer, à mieux définir la place qu’il occupe dans l’histoire de la musique.
Après, de façon générale, on retrouve dans Dear Future à peu près tout ce qui fait souvent le charme mais aussi les limites des œuvres de jeunesse : un grand déploiement d’idées sans retenue ni économie, des maladresses dans la réalisation, des fautes de goûts, des expérimentations audacieuses etc. L’ensemble dégage ainsi une impression de fraicheur et de spontanéité, et le disque peut s’écouter facilement, plus comme un album à part entière qu’un bloc d’archives poussiéreuses.
Enfin on constate avec plaisir que, par leur humour, ces pièces cassent un peu la très souvent fausse image que beaucoup attribuent à la musique expérimentale et avant-gardiste : celle d’une musique sérieuse, inaccessible, prétentieuse, chiante. Car on a ici seulement l’impression d’avoir affaire à un type malin qui s’amuse, et putain ça fait du bien.






Brasser la merde