
Nous pouvons baisser nos boucliers, la menace est passée. Pendant quelques années elle rôdait, la menace de l’hégémonie du post-dubstep-nawak. Tous les mois sortait un nouvel énergumène « avant-gardiste », qu’évidemment presque tout le monde portait aux nues hystériquement. Ces jeunes producteurs bouffaient à tous les râteliers, faisaient généralement n’importe quoi et la mauvaise presse s’excitait à pleins tubes. Bon, ça a donné quelques disques sympas (Zomby, Machinedrum, Mount Kimbie), mais on avait quand même le plus souvent droit à des laxatifs assez dosés pour nous casser le bide et nous dégueulasser le slibard en même temps.
Si on fait le point aujourd’hui, on se rend compte que la boulimie est quand même passée, que tout est à peu près rentré dans l’ordre. La Fin du Monde n’a pas eu lieu, et même les derniers James Blake et Darkstar inspirent plus l’ennui et l’indifférence que le dégoût véritable. Dans ce contexte plus calme, il est possible d’avoir les muscles suffisamment détendus et les nerfs suffisamment reposés pour accueillir du neuf sans trop frémir. Djrum fait bel et bien partie des « post », il est bel et bien anglais, pourtant il mérite qu’on l’accueille en toute politesse, sans trop y aller de nos préjugés.
Son début de carrière est admirable, avec une série d’excellents EP sortis depuis 2010 et un mix en tous points formidable enregistré pour Resident Advisor (nouvel onglet), mix où ses propres morceaux se croisaient avec des tueries de Perc, Dettmann ou Pangaea et avec des paysages sonores de Chris Watson, Murcof ou Richard Skelton. Avec ce sans-faute, on pouvait décemment s’attendre à un premier album de bon acabit. Et nous l’avons.
Oh, précisons-le tout de suite au cas où : Djrum n’est non plus le nouveau Burial. Seven Lies ne va pas changer l’avenir de la bass music. Pourtant on aurait bien tort de s’en priver, parce que cette musique-là, elle fonctionne sacrément. Faut dire que Felix Manuel est un bon élève, qui maîtrise parfaitement les théorème rythmiques UK Garage et la synthaxe dub-techno. Producteur prudent, appliqué, attentionné, il donne à ses tracks un sérieux, une justesse et une finition que beaucoup pourraient lui envier. Indéniablement, Seven Lies est un disque solide, qui suscite de toute façon le respect.
Dans son ensemble, l’atmosphère est enveloppante, profonde. Les titres sont deep, baignés de reverbs et de delays. En contre-point, Djrum appose des rythmes puissamment articulés et des infrabasses d’une remarquable précision (« Obsession »). Pour raffiner le tout, on trouve aussi quelques samples modern jazz – souvent un peu trop précieux – et la voix féminine de Shadowbox – trop pop et mutine. Pas d’emballement maximal donc, Seven Lies jouit d’une belle assise mais se perd quelques fois dans des postures trop bourgeoises ou poseuses.
On retient par contre sans bémol deux titres excellents, de 8 et 9 minutes, « Dam » et « Arcana (I Love You) ». « Dam », à l’ambiance néo-classique crépusculaire, rappelle les excellentes sorties ambient / garage de Desolate (aka Svein Weisemann), en allant encore plus loin sur le terrain narratif et évolutif (on pense beaucoup à Max Richter). Quant à « Arcana (I Love You) », il est peut-être simplement le meilleur titre future garage qu’on ait entendu depuis longtemps, sur un registre identique et en même temps bien plus captivant que les derniers EPs de Burial.
À défaut d’être un nouveau standard, Seven Lies se présente donc comme une oeuvre extrêmement prometteuse, déjà très mûre techniquement et à qui il ne reste qu’à affirmer un peu mieux son créneau esthétique pour sortir du rang des outsiders. Très à l’aise dans tous les registres atmosphériques, beatmaker sans faille, Djrum semble malgré tout avoir encore quelques barrières psychologiques pour aller plus loin dans l’aventure. Il faudrait qu’il renonce pour de bon à tous ses artefacts pop et lounge, qu’il laisse toute orthodoxie derrière lui pour avoir une chance de filer droit vers les étoiles. C’est possible, mais entre nous, je reste un peu sceptique.






Brasser la merde
1 commentaire
BrsHln
Mouais... Pas de quoi s'affoler non plus. Un disque super classique qui m'en a à peine caressé une.
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