
chronique · 29 mai 2015 · Rock / Folk
Unknown Mortal Orchestra
Multi-Love
Il y a deux ans et demi, je pronostiquais une violente explosion de hype autour d'Unknown Mortal Orchestra, et celle-ci n'eut jamais lieu. Il s'agit clairement d'un bug sociétal incompréhensible (je maitrise habituellement la marche du monde sans faille et de manière spectaculairement autoritaire), mais ce n'est probablement pas encore avec Multi-Love que l'embrasement aura lieu.
par Mattooh
Unknown Mortal Orchestra (nouvel onglet) semble en fait destiné à rester dans sa petite case d'indie-anomalie, à tartiner de noires vibrations son mélange de pop et de psychédélisme rachitique. Dans son coin, génial mais humble. Ruban Nielson (le monsieur Tout) ne se ménage pourtant pas quand il s'agit de partir en tournée, et depuis la parution de II en 2013 UMO a assuré près de 250 dates worldwide, ce qui aurait dû l'aider dans sa conquête du monde. Seulement, si ses enregistrements cotonneux ont le potentiel pour parler à plus d'un barbu à mocassins et bonnet de laine, ses concerts sont envisagés de manière radicalement différente. Les compos, souvent méconnaissables, sont maltraitées par la guitare bavarde et hurlante de Nielson, et ploient sous des kilotonnes de pédales d'effets pas toujours bien dégrossies. Un batteur au toucher un peu rustre se chargeant d'en remettre une couche, on imagine sans mal les oreilles les plus sensibles se détourner vers la Grimes ou le sound-system du food truck le plus proche, dans les hangars des festivals pour peigne-culs.
Mais, et Multi-Love, alors?
Encore enregistré à la maison et en solo, ce nouvel album est pourtant le reflet d'un changement notable d'outillage (lassé de gratter ses cordes tous les soirs en public, Nielson collectionne maintenant les vieux claviers tous azimuts), mais surtout d'humeur. Quand II traitait des préoccupations de Nielson au moment de son écriture (la solitude et les névroses allant habituellement avec la vie de musicien en tournée), Multi-Love documente l'étrange triangle amoureux dans lequel Nielson s'est retrouvé au moment où ses nouvelles chansons prenaient forme. Une rencontre fortuite - en tournée, bien sûr - a abouti à un imprévu interlude libertin dans sa vie d'heureux papa marié et propriétaire, et c'est cette expérience d'improbable foyer agrandi qui alimente les textes de Multi-Love ; voilà pour le contexte, qui donne au passage un titre explicite à l'album.
Et là où II n'était que bulle d'intime nostalgie, arpèges agiles et moiteur mélancolique, Multi-Love surprend d'abord par la froideur robotique et le détachement de ses titres les plus marqués par le funk, la soul et, ahem, le disco (Like Acid Rain, Ur Life One Night, Can't Keep Checking My Phone). Les basses bien rondes, jadis utilisées comme de petits élastiques destinés à mettre en mouvement les mélodies assoupies, sont alors au service de structures usant d'automatismes remue-boules un brin claquants.
Et bon, au début, ça coince un peu.
Puis on s'y fait. Passée la surprise de ne pas se retrouver face à ce qu'on avait commandé, on s'y fait même très bien. D'autant que l'enrobage sonore n'a finalement pas tant changé que ça. Les choinchoins des claviers vintage et les cuivres libidineux remplacent volontiers les arpèges de guitares virtuoses, mais on reconnaît avec plaisir l'écriture lymphatique de Nielson (Extreme Wealth & Casual Crualty) et cette production "cocon" faite maison, au grain patiné et réconfortant. Nielson a beau habiller ses créations comme il lui chante, une fois à poil sur les couplets ses mélodies sonnent immédiatement bien familières.
Quand les guitares reviennent (Stage or Screen), on retrouve même complètement nos petits. Les lectures successives permettent alors une réévaluation plus fine de l'ensemble, qui devient vite extrêmement attachant. Des tubes à la bien (Stage or Screen, Multi-Love, ou la géniale Puzzles, qui évoque un N.E.R.D haut de gamme et le Prince le plus électrique) aux comptines funk (The World is Crowded, Necessary Evil) en passant par les éléments r'n'b perturbateurs susmentionnés, le lien reste ces mélodies en sourdine si caractéristiques d'Unknown Mortal Orchestra ; elles sont ici toutes épatantes, et constituent 9 raisons variées de s'enthousiasmer.
Tu le sais bien, on n'a malheureusement pas deux fois l'occasion de faire une bonne première impression. C'est ce qui pourrait jouer des tours à Multi-Love. Mais toi, lecteur éclairé, écoute-le comme il le mérite ; et si tu as aimé II autant que moi, tu verras vite que Multi-Love n'est pas si différent. Il est en tout cas bien digne de lui succéder.
Et toi, veinard, tu viens déjà de trouver ton disque de l'été.






Brasser la merde
1 commentaire
ColdJets
Et dire qu'il risque de finir dans le line-up du festival des peigne-culs en chefs, après tout ils ont fait toute une interview avec le bonhomme sur p4k. Enfin bon pour l'album de l'été perso, je vais plutôt miser du côté de neon indian (même si multi-love est assez cool !)
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