silent weapons for quiet wars

Pochette de Mirror Being

chronique · 24 juin 2015 · Rock / Folk

The KVB

Mirror Being

par Nico m.

Lorsque le marin Norvégien notifia dans son journal de bord qu’il avait entraperçu ces quelques rochers enneigés que l’on appelle plus communément aujourd’hui le Groënland il ne s’imaginait pas que quelques siècles plus tard un duo Londonien mixte parviendrait à réunir autant de froideur et désolation sur une galette vinyle. On entre directement en « non-matière », puisque les nappes de synthé dissonantes et la guitare du morceau Atlas font directement baisser la température ambiante en dessous de zéro. Et vous aurez beau vous rapprochez du dernier endroit encore un peu chaleureux de la pièce; c'est-à-dire la résistance de votre ampli, ou votre partenaire si elle/il ne vous à pas encore abandonné en prétextant que l’on ne construit pas une relation durable en remplissant une étagère avec des vinyles; la morsure du froid ne vous quittera plus.

Pas complètement convaincu par les précédentes sorties de The Kvb, un peu trop influencées par Joy Division ou encore Jesus & the Mary Chain, ce qui n’est pas une critique, il y a pire, mais, pléthores de groupe actuellement considèrent que faire de la musique sombre avec des synthés et une basse lancinante suffit à conquérir l’auditeur. Ici la page est tournée, et l’album Mirror Being vous assène sa petite calotte (glacière) derrière la nuque en présentant de la musique so(m)bre mais ultra efficace. L’arrivée de la claviériste Kat Day, fin 2010, aura probablement changé la donne. Out le chant (quelques cris et murmures éparpillés sur Obsession), place aux beats répétitifs, Dys-Apperance vous prend par la moufle, vous pousse dans un Maelstrom d’icebergs au risque d’y boire la tasse et de s’y bruler les poumons.

Ce qui est assez impressionnant sur cette galette, c’est que le groupe parvient à nous emmener dans des paysages assez variés en texture visuelle, du blanc immaculé de la banquise balayée par ses rythmiques froides et sans concession, au noir intersidéral, là ou les nappes et notes de synthés capturent toute émission de lumière. L’univers est glaçant, mais comme le courant du Gulf-Stream empêche certaines eaux de l’océan atlantique de geler, on sent ici la volonté de ne jamais rester pris dans la seule contemplation d’une musique qui pourrait rapidement devenir fade.

L’album est assez court, 38 min, mais on en sort avec l’envie d’y retourner. L’architecture des morceaux est captivante, on sent la tension monter et parfois s’apaiser, tout en restant en état d’apesanteur (Chaos). Mais cet état d’apesanteur n’est qu’un prétexte ou un reflexe de survie pour tourner les potards un peu plus fort sur les morceaux suivants et vous rappelez qu’ici, le risque d’hypothermie est grand.

Nico m.

Brasser la merde

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