silent weapons for quiet wars

Concerts · 28 mai 2013 · le 23 mai 2013, Paris

Villette Sonique 2013

Exigence sur tous les tableaux

par SWQW

The Melvins Residency - 10 et 11/05/13 - Trabendo

Cette année la Villette sonique (nouvel onglet) proposait un charmant apéro deux semaines avant le gros des festivités avec un week-end dédié aux Melvins (nouvel onglet) : un soir portait sur Eggnog, Lysol et Houdini, l’autre sur Bullhead et Stoner Witch. Appréciant les albums des Melvins enregistrés avec Big Business, surtout (A) Senile Animal, tous les concerts que j’ai pu voir sous cette formation m’ont pourtant déçu car trop chorals et clownesques. Bien que conscient que c’est une part importante de l’univers des Melvins, celle-ci m’a toujours plus ennuyée qu’autre chose. La confrontation de cette peau moderne des papys du sludge-grunge avec leurs premiers classiques m’attirait alors car reposant sur une base beaucoup plus sèche que leurs récents travaux. Les courtes fantaisies du premier soir, à savoir les reprises d’Alice Cooper et Kiss me feront elles tirer un grand sourire et chanter à tue-tête.

Ce week-end aura confirmé le respect des Melvins pour leur public, tout a été finement réarrangé et longuement bossé pour l’occasion, l'ordre des morceaux adapté au live, et les quelques flottements dus à la difficulté de la performance ne feront que rajouter un côté humain rafraîchissant à la machine de guerre habituelle. Pour le reste, j’ai enfin passé un très bon moment au côté des Melvins, partant complètement en vrille sur un Houdini impérial et mitrailleur, tombant six pieds sous terre sur Eggnog et Lysol, et contemplant avec des yeux d’enfants la démonstration que représenta Bullhead et Stoner Witch, bien que ce deuxième set m’emporta un peu moins que le précédent. Si l'on rajoute que les fans étaient aux anges, on peut dire que la mission fut une belle réussite.

Jandek + Mendelson - 22/05/13 - Cabaret Sauvage

Bordel, celle là on l’avait vu venir grosse comme une maison mais même avec de la vaseline elle a fait bien mal. Jandek (nouvel onglet), après 30 ans consacrés à enregistrer continuellement de très chouettes albums d’une folk cryptique et habitée dans son garage, a donc décidé de se montrer au monde qu’il déteste tant. Le concept ? Demander aux promoteurs de lui trouver un backing band, « répéter » dans l’après midi précédant le concert, et jammer pendant une grosse heure en évitant bien sûr de reprendre toute chanson du répertoire du monsieur. Mais n’aurait-on pas pu trouver mieux qu’Emmanuelle Parrenin (folkeuse très talentueuse il y a 50 ans, beaucoup moins maintenant) et son backing band (un batteur honnête mais un bassiste horripilant dont le déhanché m’aura presque fait regretté d’avoir soutenu le mariage gay) pour assurer ce rôle ? Résultat, la miss promulgue des incantations sans saveurs pendant que le bassiste enchaîne des plans blues-rock stéréotypés. Jandek, qui ne chantera bien sûr pas, fait quant à lui du bruit avec une fuzz, un phaser et un delay, le tout réglé de la même façon tout le set. Après 10 minutes plutôt récréatives, le concert devient calvaire, ne rappelle pas une seule seconde l’univers que l’on aime tant de Jandek, et traduit un immense manque de respect. J’aimerais bien veiller à ce que cet escroc ne ressorte plus jamais de sa cave.

Mon humeur n’est donc pas adaptée pour découvrir Mendelson (nouvel onglet) et son spoken-word habillé de deux batteries et d’une électronica bien faite mais quelconque, le tout me rappelant un peu les travaux de Diabologum / Arnaud Michniak / Michel Cloup. Une chose est sûre, le son toujours si mal équilibré du Cabaret Sauvage (nouvel onglet) n’a pas arrangé les choses. Pour le reste, la rencontre fut plutôt bonne mais le "chant" monocorde, à la longue fatiguant, aura raison de ma fatigue et de la pelle du dernier train de banlieue.

Flaming Lips + Unknown Mortal Orchestra + Crâne Angels - 24/05/13 - Grande Halle de la Villette

Arrivé un poil en retard, on a d'abord regretté de n'assister qu'à la fin de la pagaille mise par les Crâne Angels (nouvel onglet), dommage elle avait l'air joyeuse. Puis on est resté de marbre devant l'énergie déployée par Unknown Mortal Orchestra (nouvel onglet) qui a vainement tenté de confirmer tout le bien qu'on pensait de leur récent effort (II). Heureusement, la claque sonique a finalement été l'oeuvre des Flaming Lips (nouvel onglet) venus répandre leur Terror, grand album malade éminemment apprécié par chez nous.

Contrairement à leurs habitudes festives, cette fois, pas de ballons, ni de mains géantes, zéro fan déguisé en extra-terrestre sur scène... L'heure était bien à la descente de trip attendue, celle que vit depuis tellement d'années qu'il en est miraculé le génie multi-instrumentiste du groupe et junkie devant l'éternel, Steven Drozd, véritable cerveau du dernier disque du groupe. Le set, casse-gueule mais admirable de cohérence, n'a guère laissé de place aux hymnes (Race for the prize, Do you realize privées de leurs ailes, The Wand violentée), préférant exorciser les terreurs cauchemardesques de son auteur. « Look… the sun is rising», « The Terror», « Try to explain», « Butterfly, how long it takes to die», « Turning violent» et « Always there, in our hearts» ont été autant de moments de bravoure, puissants, obsédants, prêchés par un Wayne Coyne cosmique, placé sur un support micro surélevé, avec en son dos de gros câbles dont les lumières réagissaient selon les rythmiques, créant un vortex qui a téléporté la grande halle dans une autre dimension pendant une heure et demie. Sidéral et sidérant.

Vatican Shadow + Somaticae - 24/05/13 - WIP

Le parti-pris résolument jusqu’au-boutiste de ce line-up était risqué mais le résultat fut tellement puissant qu’il en terrassa plus d’un. Devant un parterre relativement confidentiel, le prometteur français Somaticae (nouvel onglet) a livré un live techno radical dans ses poussées noise permanentes. L’expérience extrême réclame la plus haute attention pour ne pas avoir l’impression de se faire violer auditivement. Ça déménage avec intelligence et finit par laisser un goût de mercure dans la bouche.

Vatican Shadow (nouvel onglet) appuie encore plus fort et son live prend des allures de performance. Sous un déluge de beats rageurs, l’américain vit littéralement son set. Nous sommes pris en otage d’une techno frôlant avec l’autisme le plus sauvage. Le propos est clair : les images dénonçant les missions militaires américaines tendent à rappeler combien Vatican Shadow est un anarchiste absolu. A mesure que le concert avance, l’expérience s’intensifie. Il n’en faudra pas plus pour faire chauffer les enceintes. Dominick Fernow harangue la foule, il veut en découdre. Le public a beau y mettre du sien, le mec finit par exploser le sound-system et se barrer. On ne déconne pas avec lui. Tout le monde sort du WIP avec les oreilles qui saignent. Tant mieux, on était venu pour ça.

Neurosis + Swans + Master Musicians Of Bukkake – 25/05/13 – Grande Halle de la Villette

C'est bien chauffé par l'excellent set de Plapla Pinky que l'on assistera au final de Master Of Musicians Of Bukkake (nouvel onglet). La troupe a l'air bien en forme, leur kraut-rock transcendental à son apogée, les fans à fond, et les autres ont l'air de s'être fait bien chier.

Les Swans (nouvel onglet), quant à eux, feront plus ou moins l'unanimité. Se perdant de plus en plus dans des sets répétitifs et abstraits, le groupe peaufine sa nouvelle direction et nous fait à nouveau partir très loin. On notera que le climax fut quand même Coward, comme quoi jouer des chansons ne fait pas de mal de temps à autres et qu'un juste milieu pourrait être une belle alternative pour ne pas lasser. L'alternative et Michael Gira faisant à jamais trois, contentons nous de prendre notre pied et de fermer nos belles gueules impuissantes.

Bizarrement ma route n'avait jamais croisé celle de Neurosis (nouvel onglet) sur scène, et les deux précédents albums m'ayant laissé de marbre, ce n'est pas forcément actuellement que j'espérais cette rencontre. Soyons pourtant honnêtes, ce soir là Neurosis a tout cassé sur son passage. Grâce à un son maîtrisé à la perfection aussi bien dans l'agressivité de la basse, la profondeur des synthés ou le tranchant des guitare, la bande de Steve Von Till a enterré 20 ans de suiveurs en un peu plus d'une heure. Aucune rage n'a en effet été perdue, aucun plaisir non plus, et l'on redécouvre alors avec surprise les albums tant critiqués. Les classiques que sont The Tide et Locust Star n'auront qu'enfoncé le clou avec majesté. C'est abasourdi que l'on ressort de la salle, attendant comme des gosses leur passage au Hellfest, et espérant juste qu'un format plus court permette de couper dans les interludes un peu trop répétitives, mais bien sûrs de se prendre encore une grosse tarte sur nos visages déjà meurtris.

Week-end gratuit - 25 et 26/05/13 - Parc de la Villette

Il fait un temps de merde ? On fera avec. Et estimons-nous heureux puisque la flotte viendra à peine nous déstabiliser le samedi. La foule est en tout cas bien clairsemée lorsque débute les festivités (mais prendra progressivement ses aises à mesure que les concerts s'enchaîneront). vOPhoniQ (nouvel onglet), concentré mais à la coule, livre un live techno prenant et émotionnellement dense, dans l’espace dédié aux showcases. S’en suit le concert le plus court de l’histoire du festival puisque Chris Cohen (nouvel onglet) s’en ira au bout d’une chanson. Mystère. C'est encore épuisé par sa soirée au Primavera la veille que Dope Body (nouvel onglet) vient distiller son rock tendu et bien crade sur les bords. Le son, faible et mal équilibré, empêchera le groupe de convaincre autant qu'en petite salle cet hiver, mais ils ont au moins réussi, et c'était loin d'être gagné, à démontrer qu'ils savaient bien tenir une grande scène. Ne les oubliez donc pas, ils ont quand même de sacrées bonnes idées et une bonne énergie à revendre. On se dit que c’est le moment d’aller voir la légende house DJ Harvey (nouvel onglet) mais la queue à l’entrée du WIP nous en dissuade rapidement.

Pas grave, on sera grâce à ça à l'heure pour The Ex & Brass Unbound (nouvel onglet), seule forme actuelle des hollandais loupée pour ma part ces dernières années. Le résultat, bien que terni par quelques passages trop ska, sera comme toujours de haute qualité, avec comme point d'orgue habituel mais toujours aussi jouissif un State Of Shock de très haut niveau. On ne s'en lassera définitivement jamais. Plapla Pinky (nouvel onglet) nous sortira alors le meilleur set électro de la grande scène extérieure pour cette année en faisant preuve d'une grande variété qui n'oublie pour autant pas la cohérence, avec en prime assez de textures prenantes et de petits scintillements pour faire apparaître enfin le soleil, au moins mentalement, et se laisser aller à une belle transe fédératrice.

La musique électronique sera d'ailleurs au centre du dimanche qui s'ouvre sur un DJset de Baris K (nouvel onglet). Pour commencer la journée, on a connu pire, même si l’impression de se retrouver dans un kebab d’Aubervilliers (nouvel onglet) ne peut s’effacer. On se permettra une pause dans ses deux heures et demi de set pour aller juger du groupe dont tout le monde parle dans le beau Paris branché : JC Satan (nouvel onglet). L'album avait (même ici !) convaincu, et il en sera de même pour ce live, le groupe empruntant le chemin « mur du son » pour balancer son garage-punk psychédélique à la face de son public. Beaucoup devraient en prendre de la graine. C'est alors sceptique que l'on attend la suite du programme : Gary Wilson & The Blind Dates (nouvel onglet). Nous vendre un hurluberlu qui fait de la musique débile avec un groupe qui l'est encore plus ne nous excite jamais beaucoup. Pourtant, en fermant les yeux (ou en discutant avec sa charmante voisine), on discerne alors un groupe qui joue une pop groovy efficace et surtout un leader qui mime vocalement David Bowie, ce qui est assez rare pour être noté. Gary Wilson s'en sort à merveille dans ce rôle et propose alors un set qui fait tout le travail que l'on peut attendre d'une performance dans ce genre de cadre.

Le soleil décide alors de se pointer sur le live de Space Dimension Controller (nouvel onglet) dont le galactic-funk trouve son salut sur une house intelligemment menée. La foule qui n’attendait que ça commence alors à bouger son cul sans forcer tant le live provoque d’outranciers déhanchements. Malheureusement, la suite ne sera pas à la hauteur. La faute à Daphni (nouvel onglet) dont le DJset sera complètement haché, se perdant dans des parenthèses afrobeat n’arrivant jamais à s’intégrer à une pseudo dynamique house. Daphni a du mal à rester cohérent et on finit par se faire chier. C’est le moment de filer sous un soleil enfin revenu, c’est bien là l’essentiel.

SWQW

Brasser la merde

3 commentaires

  1. poulain

    Mais... nan, Chris Cohen n'a pas fait qu'une chanson ; c'était simplement la balance. Fallait juste patienter 5m après... Pour un très bon concert agréable.

  2. cyrod

    A props de the ex : "bien que terni par quelques passages trop ska" !! Des passages ska ? A-t-on entendu/vu le même concert ? Ah oui, ok. Bon d'accord, The ex a des passages trop ska. Super concert, avec des côtés afro-rock complètement assumés depuis quelques années et toujours aussi passionnants, les gars.

  3. Somath

    tu m'enlèveras pas de la tête qu'avec Brass unbound ça fait un peu "la fête à neuneu" en mode fanfare ska bobo relou.. Mais "ternie" était peut être un peu fort, ça restait quand même très cool..

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

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