Focus · 15 avril 2013
A Tant Rêver Du Roi
Label royal
par Mattooh
Le collectif A Tant Rêver Du Roi fait partie des structures qui comptent en France, pour la diffusion, la promotion et l’accompagnement d’un rock turbulent, exigeant et excitant. Se revendiquant d’un militantisme indé et DIY, son activité s’articule autour de l’édition de vinyles magnifiquement packagés, et du booking des tournées de ses petits protégés.
A l’occasion de ses 10 ans, le label organisait en 2012 son premier festival éponyme, dans sa pyrénéenne ville de Pau. Pas encore né, SWQW n’était pas là pour t’en parler mais cette belle programmation ne t’avait probablement pas échappée. En 2013, ATRDR remet ça et cette fois, on est sur le coup : la seconde édition du festival se tiendra les 26 et 27 avril prochains, avec une programmation tout aussi alléchante puisque entre une belle délégation nantaise (Papier Tigre, ChooChooShoeShoot, My Name Is Nobody…), les anglais de Blacklisters, les espagnols d’Unicornibot et quelques pointures du label (Mr Proctector, Ton Bodlin, Semi-Playback…), tu ne sauras simplement plus où donner du headbang.
On a questionné Stéphane, mastermind du label, pour en savoir plus sur l’origine et l’actualité du collectif, les coulisses du festival et tous ces beaux artistes charmeurs et bien gaulés.
Le label :
SWQW : Comment, quand et par qui s’est monté le label ? Je veux tout le topo, ça resservira pour votre page Wikipédia.
Stéphane : J’ai monté le label il y a 10 ans maintenant pour sortir les disques de mon groupe de l’époque (Sibyl Vane), ensuite tout s’est passé très simplement car le label a publié les albums des groupes du collectif, donc essentiellement des amis et des groupes de Pau.
Je faisais presque toutes les pochettes à la main, dans des petits tirages pour privilégier l’objet car nous ne sortions que des cds. Je voulais vraiment que le disque sorte de l’ordinaire, du coup nous avons fait des pochettes en tissu, métal, pas mal de sérigraphie également. Et quelques années après le catalogue s’est étoffé avec la rencontre de groupes français et étrangers, des co-productions et l’arrivée des sorties en vinyles et digital.
Quels étaient les objectifs et les ambitions initiaux ? Quel fut l’accueil ?
Honnêtement il n’y a jamais eu d’objectif si ce n’est d’amortir les pressages et de pouvoir sortir d’autres disques derrière. L’accueil fut plutôt bon dans l’ensemble car le catalogue tourne pas trop mal avec les groupes en tournées, et puis nous sommes sur des petits volumes, entre 300ex et 500ex parfois beaucoup moins pour certain groupes. Donc nous ne visons pas le disque d’or, mais nous sortons vraiment les disques que nous apprécions même si la musique peut paraitre un peu âpre ou difficile d’accès, nous essayons de rester cohérent dans l’esthétique et de nous faire plaisir.
Je pense aussi que l’effet « disques-objets » a contribué à faire connaitre le label au départ, puis un groupe comme Kourgane a fait énormément de bien au label en terme de visibilité.
Maintenant je crois vraiment que c’est l’ensemble du catalogue et tout ce travail de fourmi depuis des années qui porte ses fruits.
Les français veulent savoir : d’où vient ce nom étrange ?
Les français sont curieux. Ce nom est extrait des paroles d’un de mes premiers groupes fin des années 90’s, nous trouvions ça étrange et frais. A Tant Rêver Du Rôôôôaaaa.
Comment le label a-t-il évolué au fil des ans ? Quels sont les événements et les rencontres importantes qui ont influé sur sa destinée?
Le label a surtout évolué en terme de support, il est clair que nous vendons beaucoup plus de vinyles et de format digital que de cds, d’ailleurs nous ne vendons quasiment plus de cds.
Les rencontres avec d’autres boss de labels indés a influencé certaines sorties, je pense à Greg et Agnès de Rejuvenation, Abel de Head Records, et plus près de chez moi Jérôme le batteur de Kourgane qui s’occupait du label Relax Ay Voo. Ensuite il y a eu la rencontre humaine avec des groupes que nous avons fait jouer à Pau ou avec qui je suis parti en tournée, comme Io Monade Stanca, Shub, Mr Protector, Treehorn...
Qui travaille aujourd’hui pour le label, sur quel rythme ? Comment se divise le travail entre vous ?
Je travaille seul sur le label et je me divise le travail comme il se doit ! C’est vrai qu’au sein du collectif nous sommes plusieurs pour l’organisation d’événements, mais pour le label comme pour le booking je suis un peu control freak, je préfère gérer ça tout seul tranquillement, même si à certains moments entre le pressage, la promo, le booking, les 125 mails avec le groupe et cie ça tire un peu. Mais j’aime bien ça !
Vous publiez maintenant essentiellement du vinyl. Pourquoi ce choix ? Comment évoluent les ventes de ce support, et sentez-vous un réel effet de la « mode » du vinyl, qu’on dit relancé ?
C’est exact, comme je le disais, quasiment toutes les dernières sorties ont été publiées en vinyles avec un coupon de téléchargement on un cd-r. Nous avons comme tout le monde senti un engouement pour le vinyle, le premier que nous avons sorti c’est « Heavy » de Kourgane, il était déjà sorti en cd et sur le stand après les concerts les gens voulaient acheter une version vinyle, du coup c’est parti comme ça.
Avez-vous un ou plusieurs label(s) « modèle(s) » en terme d’esthétique ou d’étique ?
On va dire en vrac, Dischord, Touch and Go, Skingraft, Kithybong, Rejuvenation, Constellation, j’aime bien les Potagers Natures aussi.
Comment se porte le label aujourd’hui ? En vivez-vous ?
Le label se porte plutôt bien, même si là nous venons de sortir trois disques en peu de temps avec Mr Protector, Tom Bodlin et Semi Playback, et il faut alimenter la machine pour continuer !
Pour répondre à la deuxième question, non pas du tout, je n’en vis pas.
Quasiment impossible de dégager des bénéfices avec un label indé comme le notre et puis de toute façon tout l’argent des ventes est réinvesti dans les prochaines sorties, en général le budget est vraiment équilibré à ce niveau. C’est pour ça que dans les prochains mois il n’y aura qu’une seule sortie avec le nouvel album de Io Monade Stanca, un excellent trio rock Italien, vraiment à part et bigrement inspiré.
Les artistes :
Comment choisissez-vous les artistes avec lesquels vous travaillez ?
Tous les ans nous organisons une sorte de radio crochet pour savoir qui sera la nouvelle vedette chez A Tant Rêver Du Roi Corp. Sinon ce sont plutôt des rencontres et une accroche au niveau de la démarche et de la motivation du groupe.
Quelles sont les prochaines sorties du label ?
Le nouvel album de Io Monade Stanca en mai, puis fin 2013 le disque de Commodore. Je pense que ce sera tout pour 2013, et début 2014 peut être un Kourgane, un Cars Know....
Quelles sont les envies ? Les artistes que vous rêveriez de signer ?
Là tout de suite ? L’envie de boire un rhum ou du bon vin. Et si jamais un jour Fugazi se remet en selle et cherche un label.... ahahah !
La sortie dont vous êtes le plus fier ?
Il y en a trop, peut être la première en vinyle avec le « Heavy » de Kourgane, celle de mon groupe Calva et aussi Vélooo car le disque est une bonne petite claque et que la pochette est une tuerie made in Yoann Puisségur.
Comment vois-tu la scène indé française aujourd’hui ? Comment a-t’elle évolué depuis les débuts du label? (public, atmosphère, labels, médias, salles)
Je trouve la scène indé extrêmement riche en ce moment en France, il y a de nouveau un pic de créativité et d’urgence un peu comme dans les années 90 je trouve. Nous avons un tas de groupes intéressants dans beaucoup de styles et de très bons et chouettes labels avec eux, je ne peux pas tous les citer mais il y a Pneu, Marvin, Gablé, Shub, Kourgane, Papier Tigre, Chausse trappe, Papaye, Le Singe Blanc, Electric Electric, Fordamage, Choochooshoeshoot, Semi Playback, Rien, Vélooo, Motto, Verdun...
Au niveau du public comme des salles j’ai l’impression que depuis quelques années c’est un peu plus dur, même si il y a toujours des passionnés mais je veux dire qu’il faut vraiment aller chercher le public et que c’est aussi la jungle pour trouver des concerts et monter des tournées car les bons lieux se font quand même rares et il y a un paquet de groupes qui cherchent des dates.
J’ai l’impression d’un foisonnement à Pau ces dernières années, avec le développement d’excellents groupes (Kourgane, Calva, Mr Protector, Vélooo, …). Comment se développe cette scène paloise (groupes, lieux, médias) ? Le public suit-il ?
Depuis que je suis dans le « milieu musical palois » et que je fais de la musique j’ai toujours trouvé qu’il y avait une scène très riche à Pau et dans des styles très variés. Ces dernières années une scène plutôt indie rock/noise composée d’une bonne dizaine de groupes palois a pu travailler en collaboration avec A Tant Rêver Du Roi. L’union fait la force c’est bien connu.
Les rares médias locaux nous soutiennent quand même régulièrement et le public est variable, c’est comme partout il nous arrive de faire 15 entrées ou 60, parfois plus comme lors de la première édition du festival A Tant Rêver Du Roi avec 400 personnes tous les soirs. Sinon niveau lieux, je pense vraiment qu’il faudrait revenir à une culture du café-concert et du petit club en centre-ville (150/200 places) par rapport aux grosses salles, c’est ce qui manque cruellement aujourd’hui à Pau comme ailleurs.
Le développement de cette scène est-il lié au label, et si oui qui est l’œuf, qui est la poule ?
C’est du 50/50 ! Car les groupes ont pu bénéficier de l’aide du label et sans les groupes pas de label ! Je suis le coq.
Certains groupes du label ont tourné à l’étranger. Comment sont-ils reçus là-bas? Quelles sont les différences avec le public français?
Il n’y a pas énormément de différence, mais plutôt des variantes, par exemple je sais que dans le collectif nous avons un faible pour l’Espagne proche de chez nous où nous avons maintenant beaucoup d’amis à Madrid, Barcelone, Saragosse, San Sebastien et la Belgique si chaleureuse et accueillante avec ses bières si bonnes, si bonnes....
En Angleterre le public peut parfois être un peu froid mais aussi très chaud quand il faut. Nous avons bien aimé les charmes de l’Italie même si il faut l’avouer il n’y avait pas grand monde aux concerts, je crois qu’on a surtout très bien mangé, que nous avons acheté du vin d’Alba et que nous avons rencontré de nouveaux amis.
Des infos sur les prochains projets palois en gestation ?
Il y a bien quelques projets qui vont vite voir le bout du nez et qui vont sortir du Localypso, notre local de répétition pour prendre la route. Je pense à Coffin Ed Johnson, The DrunkMeat et un nouveau all star band palois en préparation mais c’est vraiment tout chaud donc...
Le festival :
Comment l’idée est-elle née ? Avec quelle(s) ambition(s)?
C’est parti de l’anniversaire pour les 10 ans de A Tant Rêver Du Roi en avril 2012 à la Centrifugeuse avec leur aide précieuse et galvanisante ! J’avais déjà l’idée d’organiser un petit rassemblement autour du rock indé et cet événement est tombé à pic. Comme tout a bien fonctionné je me souviens avoir eu une discussion lors de la deuxième soirée avec Vanessa ou l’on se disait en fin de festival « bon, banco l’année prochaine on peut remettre ça hein ? ». Et bingo cette année la deuxième édition les 26 et 27 avril 2013. J’ai vraiment envie d’inscrire cet événement tous les ans et que la programmation reste basée sur la découverte.
Vous ne faites pas jouer que des groupes du label. Les intrus programmés le sont-ils par copinage, par des liens mafieux ou via l’intervention d’agents-requins et de folles sommes d’argent ? Si non, que se passe-t-il ?
Non dès le départ je ne souhaitais pas avoir beaucoup de groupes du label, il y en a certains, mais ça reste une minorité, j’avais vraiment envie de faire venir des groupes d’amis pour la plupart que nous avions déjà fait jouer à Pau et pour les autres ce sont souvent des liens d’amour ou d’amitiés. Ca fait un peu AB Production ça, tu pourras couper au montage.
Quelles ont été les réponses (public, médias, groupes) suite à la première édition du festival, en 2012 ?
Les réactions étaient toutes très bonnes et encourageantes au niveau de l’orga, de l’accueil, du public. Tout pour motiver ses troupes et repartir pour le deuxième mini marathon avec une quinzaine de groupes et l’expo de Moolinex.
Comment se passe l’organisation, avec autant de groupes ? Beaucoup de DIY, j’imagine ?
Bingo, que du DIY. Beaucoup de bénévoles prêts à mouiller le maillot, un staff cuisine bien affûté et des matelas partout avec des duvets chez tous les potes de l’asso.
Quelle est la jauge du festival ? Le public est-il surtout constitué de locaux, ou est-ce que des gens tapent des bornes, en dehors de l’entourage des groupes ?
La jauge est à 400, et les gens sont venus en grande partie de Pau mais aussi de toute la France, il y avait beaucoup d’amis espagnols, des Belges et des Suisses aussi ! C’était beau.
Quels sont les concerts qui vous ont marqué, ou surpris, sur la première édition ?
L’Ocelle Mare comme d’habitude j’ai envie de dire, sinon Fordamage et le final du set, Adolina, Picore, Commodore, Kourgane...
Comment le festival va-t-il évoluer ? Sur le modèle de ce que fait Africantape, vous voyez-vous proposer des soirées dans différentes villes au fil de l’année ?
Pourquoi pas, il nous arrive déjà de partir en tournée avec deux groupes du label, mais pas plus pour le moment. Le concept est plutôt pas mal, la soirée clés en main. Ca peut donner des soirées bien débiles ça c’est sûr, j’imagine bien le :Vélooo, Kourgane, Calva et Commodore sont dans un mini-bus...
Puisque tu en veux toujours plus, tu peux retrouver nos chroniques de certaines des dernières sorties du label juste là :
Et comme c’est vraiment le printemps, ATRDR te propose de remporter de belles éditions vinyles des disques de Mr Protector et Calva ; SWQW te fait gagner ça sur la page concours.

Brasser la merde