silent weapons for quiet wars

Pochette de Gumbo

chronique · 4 mars 2013 · Rock / Folk

Mr Protector

Gumbo

Village d’irréductibles gaulois noiseux, Jarnac continue, année après année, à voir des projets émerger de son sein particulièrement généreux pour une démographie si menue : 4434 habitants en 2010, dont manifestement les deux tiers font du boucan dans leur garage avec des guitares de fortune.

par Mattooh

Sans surprise mais pour ton plus grand plaisir, Mr Protector (nouvel onglet) joue donc du noise-rock. Et un noise-rock généreusement mis en pièces puis reconstruit par un usage fantaisiste des mathématiques. Math-rock, dis-tu ? Connais pas. Bon, fais pas ta blasée ; tant que l’on continuera à se faire abreuver de disques de cette qualité, pas de lassitude en vue. Le label A Tant Rêver Du Roi (nouvel onglet), récurrent pourvoyeur en la matière, est de plus un indicateur qualité très fiable.

Jarnac, donc. En plus d’être un berceau présidentiel, cette ville est aussi une terre d’inceste rock notoire et Gumbo nous offre le plaisir d'interventions de Pierre-Louis François (Headcases, Luis Francesco Arena) et Laurent Paradot (Headcases, Gâtechien, Epiq) sur, respectivement, Mirror et Skinny in the Universe. C’est peut-être un détail pour toi, mais Headcases est un groupe qui m’a beaucoup marqué –pas besoin de me pousser beaucoup pour que j’affirme qu’ils furent le meilleur groupe noisy-pop de France– et je suis les projets de chacun avec une tendresse particulière.

De tendresse il n’est toutefois que peu question sur ce disque, tant guitares et batterie bastonnent sans relâche. Pas de basse, non. Pas besoin pour faire autant de bruit, et franchement, un bassiste c’est pénible, ça bouffe des fréquences. La saturation en riffs pourra écœurer le profane, mais le fin limier saura lui apprécier cette fougue permanente qui, comme chez Fordamage par exemple, parvient à faire oublier que la pratique d’un tel art nécessite une dextérité technique certaine. Louons d’ailleurs la qualité de l’enregistrement (au fameux studio Black Box, près d’Angers), dont les contrastes soignés permettent de rendre toutes ces gesticulations parfaitement intelligibles ; l’art de distribuer des patates sans en sortir de la purée, en quelque sorte.

Les assauts de It’s All About A Rise To Pleasure rappellent la rudesse des palois de Kourgane, et ce caractère belliqueux est du reste appuyé par de récurrentes annexions teutonnes sur les textes (Zeit Und Raum, Das Felsen Von Carlong, Grabstein) ; l’emploi de l’allemand, on a beau dire, fait toujours son petit effet quand on cherche à toiser l’auditeur. The Glory slalome entre jongleries afro-math à la Papier Tigre (la cloche !) et coups de colères surpuissants à la Houston Swing Engine et d’une manière générale, de déglingués et jubilatoires riffs d’obédience hard-rock sont discrètement disséminés sur tout le disque. Enfin, comme il n’y a pas que le noise-rock dans la vie, Gumbo se termine sur la petite Black Flaguerie Don Benito, feu d’artifice doom-core alternant lenteur flamboyante et furie débrayée, power-chords enfoncés bien profond et cordes mitraillettes. Un autre artificier local (le brillant Tom Bodlin) vient en prime y poser son sax fou : voilà du travail bien fait.

Si Mr Protector a peu de chance de convertir les milliards d’individus n’ayant que peu de considération pour le noise-rock déluré (et ce vilain artwork ne prêche assurément pas pour sa paroisse), le groupe possède suffisamment de folie et d’arguments pour séduire, en vrac, apôtres de ForDamage, Pneu ou Café Flesh. Fidèles, vous voici prévenus.

Mattooh

Brasser la merde

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