
chronique · 14 novembre 2012 · Rock / Folk
Calva
Sacrifice
Pau. Je ne connais rien d’autre de cette ville que Bayrou et la situation quasi-australe du Béarn, du coup j’imagine tout de suite le pire. En aucun cas je n’explique par exemple qu’un label aussi riche que A Tant Rêver Du Roi y abrite des groupes aussi talentueux que Kourgane, Calva, ou Vélooo. Que se passe-t-il donc chez les Palois ?
par Mattooh
Depuis sa formation, Calva (nouvel onglet) est passé de duo à trio pour l’essentiel besoin de briser des nuques comme il le faut sur scène. Ils en ont profité pour densifier leur boucan et soigner leur son, ce qui aboutit aujourd’hui à ce second album passionnant.
Premier point d’achoppement à l’écoute de Sacrifice : l’intervention régulière de synthés sans gêne (nouvel onglet), ce qui évoque forcément les collègues de label Ed Wood Jr (même label) ou les choubidous montpelliérains de Marvin. Mais comme ils doivent entendre ces comparaisons tous les jours et qu’en plus ces claviers répondent bravement à des guitares taquines, je vais upgrader le namedropping pour ton plus grand plaisir, lecteur saturé d’informations et d’anglicismes. Leur math-rock dilué dans la pop et bardé de riffs noise a le même panache que celui du superbe At The Corner Of The World des marseillais de Conger! Conger!, sorti l’an dernier. Une musique qui a la bougeotte, et des compos variées qui passent par toutes sortes de rallongis sans avoir peur de se mélanger les pinceaux.
L’album s’ouvre sur les belles mécaniques Dolcetto et Titan, et leurs riffs et lignes de chant imparables. Par la suite, le chant d’Arnaud Millan s’efface volontiers, comme sur Trompette De La Mort, un kraut synthétique plombé se fait élever au ciel par le funeste cuivre annoncé. Une chance de pouvoir compter sur les copains pour donner de la voix : sur Rosemary, la chanteuse des noiseux nantais de ChooChooShoeShoot vient déposer un chant concupiscent, loin de son registre scandé habituel. Sur Robocop, c’est Fred des gros bras de Kourgane qui plaque son timbre hallucinant sur une ratonnade finale impitoyable, après empilage de plans de tapping et le martyr en bonne et due forme d’un vocoder. Le reste de l’album ne déçoit pas et ne tombe jamais dans la facilité, avec pour finir un joli Macadam dont les chœurs un brin va-t-en-guerre évoquent ForDamage, encore des nantais qui s’y connaissent en dynamitage.
Calva possède aujourd’hui le même potentiel que Marvin ou Electric Electric pour rassembler des publics d’obédiences variées et te distille son math-rock synthétisant en pleine pomme. La densité d’idées, de groove et de sons ici présente n’en fait pas pour autant une musique immédiate, ce qui explique vraisemblablement le peu d’écho dont a bénéficié cet album depuis sa sortie. Preuve supplémentaire de la vitalité du rock libre et énervé en France, Sacrifice mérite de se faire une place dans votre discographie. Ses auteurs sont assez discrets sur la scène nationale, alors ne cherche pas de limites ni de continuité dans mes pensées, et crois-moi sur parole.






Brasser la merde