
Qui l’aurait cru, que les pays de l’Est allaient devenir le nouvel Eldorado de la deep house ? C’est le moment de s’en rendre compte : ce mois-ci sortent quasi simultanément les premiers LP du formidable Ukrainien Vakula (nouvel onglet) et du Russe Anton Zap (nouvel onglet). On reviendra sur Vakula. Anton Zap, lui, fait partie d’une nouvelle scène russe franchement prometteuse, pour laquelle on peut citer Alex Danilov et le sibérien Unbroken Dub, une scène qui jusqu’à il y a quelques années se résumait pourtant au soporifique duo SCSI-9 (nouvel onglet).
Anton Zap, domicilié à Moscou, commence sa carrière à la fin des années 2000. Il débute en trombes et enchaîne dès 2007 les EP sur des structures de qualité, chez Deep Explorer (nouvel onglet) dirigé par Dubbyman et Above Smoke, chez Underground Quality (nouvel onglet) – label de Jus-Ed –, puis chez les excellents Quintessentials (nouvel onglet), Uzuri (nouvel onglet) et Millions of Moments (nouvel onglet). En 2010, il fonde Ethereal Sound (nouvel onglet) sur lequel il publiera l’essentiel de ses nouveaux tracks ainsi que celles de tout un tas de producteurs des quatre coins du monde (dont Christopher Rau et Fred P). Water, son premier LP, est une extension de son EP homonyme de 2011.
Contrairement à ce qu’on verra avec Vakula, Anton Zap est un type plutôt orthodoxe. Son premier LP ne fait pas grimper aux rideaux mais témoigne d’une sensibilité et d’un savoir-faire au-dessus de la moyenne. Entre deep house et dub techno, Water est un exercice parfaitement maîtrisé, bien mis en valeur par un mixage noble et par des belles sonorités analogiques.
En fait, Anton Zap a le chic pour faire coexister dans sa musique deux caractéristiques rarement conjointes en dance music. Il aime travailler des nappes profondes et immersives, il aime susciter le mystère et l’hypnose, et, en même temps, il ne renonce pas à des rythmiques élaborées typiques de la house US. D’où cette impression d’un disque à deux vitesses, où les kicks et les claps galopent sur des surfaces liquides quasi-immobiles.
Vous me direz : c’est le propre de la deep house. Oui, sauf qu’ici l’expérience va un poil plus loin qu’à l’accoutumé. Par rapport à une house européenne habituellement très ou trop soucieuse du détail, Waterpropose une house plus macroscopique, plus générale, qui vise la rencontre en le minéral rythmique et l’élément aqueux. La rencontre se produit, les matières s’entrechoquent, et moi, à force d’écouter ça, je commence à avoir la tête qui tourne. La fin de l'album, notamment, à travers les titres « Captain Storn », « Miles & More » et « Miniature », offre un terrain de jeu mental assez vertigineux. En un mot, ça devient trippant.






Brasser la merde
3 commentaires
Georges White
Ca fait bien dix ans maintenant que ce mouvement électronique a pris en Europe de l'est, en Hollande puis Russie, depuis la tech house d'Andrey Pushkarev, la drum n bass plus récemment, puis la deep house, mais il a toujours été plus ou moins snobé par la presse spécialisée. Trop barré, trop trippy, ou psyché (pour Vakula notamment) mais c'est vrai, comme tu le dis fort justement, ils ont indéniablement ce coté cosmique, panthéiste dans leur musique. Ce qui les différencient du reste de la production européenne (quand ils ne décident pas de s'exiler).
Drasan
Très contente de voir une chronique sur un producteur que j'affectionne et que je suis depuis bientôt deux ans. Rien à signaler quant à la qualité du contenu de cette présentation qui décrit très bien son univers. Moi qui n'avais pas remarqué cette sortie, le gars me fait toujours partir aussi loin !
shadowbox
le groove est d'une efficacité parfaite, les nappes sont planantes, l'ambient vaporeux comme je l'aime, c'est deep, c'est dub, c'est beau. et puis les expérimentations donnent une dimension vraiment impressionnante à l'ensemble (Fade to What est absolument saisissante) album de l'année pour moi, juste magnifique, un véritable chef d'oeuvre
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