
Je me souviens des premiers tracks de Kyle Hall que j’ai écoutés il y a maintenant quelques années, début 2010. J’ai tout de suite été happé par son univers old-school et expérimental, par ses rythmiques aventureuses et en même temps son enracinement dans la culture électronique de Detroit. Je pensais alors naturellement qu’il était un de ces monuments 90’s dont on ne parle qu’entre avertis et dans les endroits les plus secrets, je pense par exemple à Mike Huckaby, Rick Wade, Anthony Shakir… En fait, Kyle Hall n’était alors qu’un gamin de 18 ans, qui traînait avec des types qui pouvaient être leur père, ce qui semblait ne choquer personne.
L’été de la même année, j’ai vu Kyle Hall en dj set au Worldwide Festival (nouvel onglet) de Sète. C’était alors je crois sa première apparition en France. Le choc : ce gamin, aussi précoce qu’un Lebron James, mixait des musiques deep avec la poigne et l’énergie d’un dj hip-hop. C’était étonnant, bouleversant même d’être pris dans une telle intensité, dans une telle urgence avec des musiques habituellement jouées à la cool, un verre à la main et en laissant défiler les tracks 6 ou 7 minutes.
Depuis ces débuts en fanfare, Kyle Hall s’est fait plus discret. Depuis deux ou trois ans, on a moins parlé de lui, ses sorties se sont faites plus rares ou plus voilées (en collaboration avec d’autres artistes ou sous des pseudos nouveaux). Au point donc qu’au moment de la sortie de son premier LP, Kyle Hall n’est plus un nom si clinquant, il n’est plus le messie qui en 2010 remuait toute la planète house. D’ailleurs, je pense que le pseudo KMFH n’a pas aidé non plus à la promotion du disque, le rapprochement avec Kyle Hall n’ayant pour beaucoup rien d’évident.
Pourtant c’est bien dommage. The Boat Party est un excellent LP dont le seul défaut tient à sa durée – 8 titres et 39 minutes, c’est un brin frustrant. En dehors de ce bémol, il n’y a rien à dire : c'est une tuerie à la street credibility impeccable. Certes le gars n’a que 21 ans, mais il ne sort pas d’un campus à la cool ou d’une école d’art, c’est un gamin qui a commencé à composer à 11 ans (!!!) et qui depuis ses 15-16 ans, traîne avec les plus grands darons de Detroit. Ça s’entend : The Boat Party pue l’industrie rampante et les clubs défavorisés des quartiers black. On visualise très bien la gueule que pourrait avoir le home studio de Kyle Hall, fait de samplers poussiéreux, de synthés old-school, de grosses boîtes d’effets montées en série et des cables dans tous les sens. Point de vst (nouvel onglet) à la pointe ou de masterisation ultra scientifique, The Boat Party est fait à l’ancienne avec l’énergie de la jeunesse.
Le long de ces huit titres, Kyle Hall navigue entre des styles particulièrement différents. « Dr Crunch » et « Spoof » s’orientent par exemple vers une techno sèche et impériale tandis qu’à l’inverse, « Crushed » et l’immense « Measure 2 measure » déploient une sensualité house franchement excitante. Plus étonnant, « Flemennup » se concentre sur des rythmiques electrofunk que ne renieraient pas Drexciya ; et idem pour « Finna Pop », qui assume jusqu’au bout les codes ghetto house.
Varié, franc du collier et toujours pertinent, ce premier LP confirme donc pleinement le talent de Kyle Hall. On le redit, mais avec une poignée de titres en plus, on tiendrait peut-être un disque indispensable. On se contentera de parler d'un gros maxi épatant.






Brasser la merde
4 commentaires
LL COOL J
Je l'attendais énormément, cet album. Et c'est peut-être cette attente trop longue qui m'a valu une petite déception à son écoute. C'est franchement loin d'être mauvais, son talent de compositeur techno est présent tout au long du disque, mais je regrette énormément l'aspect trop industriel de ce Boat Party. Où sont partis les mélodies de Ghosten, un morceau si magnifique que le petit gars avait sorti y a quelques années ? C'est un album rempli de Ghosten, que j'aurais voulu de la part du Kyle... Et c'est pas ce qu'on a. Les morceaux sont trop brutaux à mon goût, l'album n'est pas assez doux, rien n'est à coule... C'est franchement dommage.
L'as de Trèfle
Très belle découverte, dans mon cas. Difficile donc de comparer ce LP avec ses premiers essais, mais j'adhère totalement à ce The Boat Party. Une remarque à l'auteur de la chronique, si je puis me permettre : en évoquant les pointures historiques du genre, je suis presque surpris qu'Omar S ne soit pas mentionné. Personnellement c'est à lui que j'ai pensé en premier lieu après les premières notes de cette production. Même si, et je rejoins l'avis de LL Cool J sur ce point, l'ami Kyle Hall muscle un peu plus l'ensemble.
Primo
Il y a clairement des similitudes dans l'aspect visuel des derniers albums de Hall et Omar S, je trouve aussi que la prod a des relents d'Omar. Un LP bien attendu de ma part également, trop de titres m'ont subjugués de la part de Kyle. Quoiqu'il en soit c'est un album soigné, complet et crédible malgré quelques petits soucis comme ce Finnapop que je trouve risible. A contrario Measure 2 Measure est une véritable pépite, un bonheur enrobé au coulis de fruits rouges.
Julien Lafond-Laumond
L'as de Trèfle > Je parlais des pointures qui restent très underground, Omar-S a atteint il me semble une autre notoriété, beaucoup plus grande. À titre personnel, je n'aime pas du tout les derniers Omar-S qui m'ennuient à mourir, autre raison pour laquelle je ne le cite pas !
LL Cool J > Clair que cet album prend pas dans le sens du poil, mais contrairement à toi, j'avais pas forcément d'attente particulière. Pour moi Kyle Hall a toujours eu le cul entre pas mal de chaises, donc je ne suis surpris de rien. J'aurais pas été plus surpris s'il avait viré UK Garage ou vers des trucs type Flying Lotus version lo-fi.
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