
chronique · 24 octobre 2014 · Rock / Folk
Aquaserge
A L’Amitié
"Mais l'amitié demande un peu plus de mystère, Et c'est assurément en profaner le nom Que de vouloir le mettre à toute occasion." (Molière)
par Mattooh
Après des collaborations avec des artistes aussi cossus et Téléramables que Bertrand Burgalat ou April March, Aquaserge (nouvel onglet) a sorti au printemps dernier son quatrième album. A la fois très référencée et extrêmement libre, la musique du groupe n’est pas simple à décrire mais comme le chroniqueur a réussi son boulot lorsqu’il est parvenu à transmettre son ressenti à son lectorat, je m’en vais relever ce défi avec obstination et ce sans parler une seule fois de « rock progressif ». Car si faire rentrer A L’Amitié dans les cases pré-dessinées de tes désirs les plus profonds est peine perdue, ce disque m’a trop touché pour ne pas le mettre en avant, fût-ce maladroitement.
A la découverte, malgré ma perte de repère face, notamment, à un chant en franquais, certaines pratiques instrumentales rappelant le King Crimson qu’on aime m’ont immédiatement mis bien. On retrouve en effet ce goût pour les guitares aux angles aigus orientant des segments musicaux aux harmonies étranges et étrangement addictives. Et puis ce chant léthargique et désarticulé qui évoque Robert Wyatt (Cf. le brillant hommage For Bob) voire Scott Walker, ne brosse pas dans le sens du poil l’auditeur frileux. Difficile parfois de distinguer le degré exact des textes de Julien Gasc (qui a par ailleurs également sorti un très bon disque solo (nouvel onglet) cette année chez Born Bad), tant ceux-ci apparaissent lunaires, voire ironiques (préparez-vous à une sorte de mise en mélodie d’un texte de carte-postale pour For Bob, ou encore à un accent occitan sur A L’Amitié). Mais si le premier contact avec ses vocalises peut être relativement crispant, le temps se charge de prouver à quel point ce chant se fond admirablement dans la musique d’Aquaserge. Une musique qui évoque d’ailleurs aussi, parfois, Stereolab ou, d’une manière générale, le kraut-rock lancinant et analogique.
Mais trève de namedropping, A L’Amitié est avant tout un disque d’une infinie richesse et d’une chaleureuse étrangeté. Le disque « « « rock » » » franquais de l’année, en tout cas.
Et si le groupe paraît être un cas difficile à saisir, les voir en live dissipe tous les a priori : Aquaserge est avant tout un brillant groupe de musiciens qui se font plaisir. L’impression de facilité technique et le plaisir communicatif de ses membres tranche avec le caractère très écrit de leur musique, la froideur formelle du disque et la virtuosité évidente de chacun à son poste respectif. Bref, de la musique d’érudits pas uniquement à destination des musiciens car tout semble couler de source comme si nous étions dans un univers parallèle où le rock n’était pas stéréotypé, et les auditeurs curieux de tout, blasés de rien.
Maintenant que ta curiosité est piquée jusqu’à l’insoutenable, sache que c’est justement la bonne saison pour aller les applaudir dans tes salles subventionnées préférées (nouvel onglet).
Si tu es dans le coin de Bordeaux ou, pire, de Béziers, on a encore mieux à te proposer ; les 26 et 27 décembre prochains, une poignée d’étudiants originaires de la ville y organisent le festival Fabrique (nouvel onglet). Une initiative que l’on tient à relayer et soutenir pour deux raisons, la première étant la qualité d’une programmation, disons, art-rock (Aquaserge donc, JC Satan, Forever Pavot, ÖfÖ Am ou Marvin) mais surtout transdisciplinaire (projections, expos, débats, théâtre, cirque, performances, lectures et concerts), la seconde étant la dimension sociale et politique adossée à la démarche artistique. Le collectif Fabrique étend en effet ici ses activités en initiant un événement d’envergure et de qualité, dans le but de rassembler autour de la culture pour désamorcer les replis et la mauvaise odeur se répandant ces derniers mois dans les rues de Béziers, pour des raisons politiques que l’on ne rappellera pas ici.
Quoiqu’il en soit, voici un groupe et un festival que SWQW ne peut que soutenir avec ferveur, en tout bien tout honneur.






Brasser la merde
1 commentaire
bastien
Et y'a d'autres toulousains sur ce beau festival. Plus psyché et shoegaze que art rock.
http://soundsweetsound.bandcamp.com
la suite, depuis 2026