
chronique · 21 octobre 2014 · Rock / Folk
Thurston Moore
The Best Day
Les ruptures c'est toujours un peu le même cirque et les mêmes trois étapes : un intense désespoir doublé d'une infinie solitude, suivis par la colère, la rage et la haine les plus féroces, pour enfin retrouver la sérénité dans les bras d'un(e) autre dont tu es le seul à ne pas te rendre compte qu'il/elle est la copie conforme de ton ex. Thurston Moore - comme nous autres grouillots de bas-étage - n'échappe pas à la règle.
par Manu
L'ancien auteur-compositeur-guitariste-chanteur-dieu vivant de Sonic Youth (nouvel onglet) revient en 2014 avec The Best Day son quatrième album solo. Terminée la grande aventure de l'un des plus grands groupes de rock des trois dernières décennies (oui oui comptez bien...), Thurston Moore (nouvel onglet) a du digérer à la fois l'arrêt de son activité principale et son divorce avec la bassiste-chanteuse-déesse vivante Kim Gordon, rude moment vous en conviendrez.
C'est donc aisé d'appliquer à notre bonhomme ce cycle de la rupture que bon nombre d'entre nous avons eu l'occasion d'expérimenter. Le fameux moment ou tu te fais salement plaquer par celle que tu croyais être la bonne et ou tu te lamentes de bar en bar ? Thurston l'a vécu aussi et nous l'a transmis par son Demolished Thought de 2011, un album pop-folk accoustique produit par son pote Beck tranchant avec les expérimentations soniques se son ex. Tu te rappelles ensuite de ce moment ou la nostalgie te quitte, remplacée par la colère et la violence interieure que tu ne peux que difficilement canaliser ? Là encore Thurston l'a vécu et à engendré le brulôt expérimental Chelsea Light Moving et son album éponyme de 2013.
C'est la qu'entre en jeu l'album qui nous concerne et la nouvelle formation du guitar-hero. Est ce que Monsieur Moore va bien ? Peut-être... Mais tout comme toi qui après avoir galéré pendant des mois à te remettre de ta rupture et qui a fini par sortir avec le sosie de ton ex, notre ami Thurston a rempilé pour une formation sacrément proche de son ancien amour. L'impeccable Steve Shelley son accolyte de toujours à la batterie, un excellent tricoteur de guitare à sa droite comme pouvait l'être Lee Ranaldo (James Sedwards), et une nana à la basse en l'occurence Debbie Googe (My Bloody Valentine, Primal Scream). Coincidence ? Rien n'est moins sur.
Il serait temps de s'intéresser à l'album me direz vous ? Certes oui. La encore la ressemblance est flagrante. Même si à aucun moment on n'atteindra la puissance et l'intensité qui pouvait être celle de Sonic Youth, on pourra cependant retrouver les mêmes atmosphères et les mêmes sonorités dans ce The Best Day. Dès la première minute de Speak to the Wind, l'illusion est parfaite, et on se croit revenu 20 ans en arrière grâce a un son de guitare inimitable et à la voix reconnaissable entre mille de notre grand dadet américain. La satisfaction est immédiate, le plaisir instantané. Il en va de même avec le tubesque The Best Day ou la superbe instrumentale Grace Lake. On ira même jusqu'aux bonnes recettes post-punk chéries récemment par Disappears (Forevermore) ou aux solos de guitares seventies enflammés (Germs Burn).
Alors OUI Thurston à reconstitué dans ce Best Day un ersatz de Sonic Youth, OUI il s'agit sans doute de compensation due à des carences du développement psycho-affectif, mais OUI c'est très bon ! L'album est juste, linéaire et réellement plaisant à écouter, pour les notalgiques de Sonic Youth comme pour les autres. Alors peut être que cette relation ne durera pas, mais elle aura eu le mérite d'engendrer au moins un sacré beau moment.






Brasser la merde