silent weapons for quiet wars

chronique · 28 octobre 2012 · Expé. / Modern Classical

Arianna Savall & Petter Udland Johansen

Hirundo Maris (Chants du Sud et du Nord)

Malgré la remise à plat impressionnante qu’à permis Internet, il existe encore des scènes musicales qui, pour le public, demeurent inexplicablement éloignées. L'algorithme Google n’a pas mis à nu tous les liens logique, restent encore quelques barrières culturelles inamovibles.

par Julien Lafond-Laumond

Combien sont-ils, les amoureux de Dead Can Dance ou des Cocteaux Twins à se sentir orphelins depuis quinze ans, les passionnés de néo-folk, de medieval folk ou d’autres bizarreries moyenâgeuses à ne vivre de leur intérêt que par un ou deux labels hyper-spécialisés (Prikosnovénie en tête) ? Et si l’on rajoute les gothiques au coeur néo-classique et les hordes d’accrocs au metal symphonique douteux (Within Temptation, Epica, Nightwish), combien ça fait en plus ? Pas de quoi faire un coup d’état, mais bien assez en tout cas pour doubler l’auditorat d’Hirundo Maris.

Faut pas se mentir, il y a un gouffre social entre le duo Arianna Savall (nouvel onglet) / Petter Udland Johansen (nouvel onglet) et les groupes ou niches précités. C’est la différence entre la musique noble et ce qu’on appelle très basiquement les « musiques actuelles ». Arianna Savall est la fille de l’immense violiste et chef d’orchestre Jordi Savall et de la soprano Montserrat Figueras. Elle et Petter Udland Johansen, son compagnon, ont fréquenté les plus grandes écoles européennes, ils ont joué et chanté dans les plus grands opéras et participé au gratin des festivals classiques. Forcément, ça concerne d’autres publics que des trentenaires mal barrés, des métalleux romantiques et fans refoulés d’Enya ou Enigma. N’empêche, musicalement, il y a du lien.

Hirundo Maris : Chants du Sud et du Nord est un projet vocal et folklorique où se rencontrent Catalogne et Scandinavie, musique ancienne et compositions originales. Publication ECM oblige, le son est dilaté, bourré de reverbs, en gros tu planes et tu fais pas chier. Disque plein à craquer, tu te prends 80 minutes de chant lyrique et de superbes orchestrations folk ; ça fait un peu bizarre au début mais après tu comprends ce que tu as de mieux à faire : te taire et prendre un bain.

Evidemment, pour la touche DIY ou un peu illuminé de toutes les scènes qu’on a cité jusque-là, faut passer son chemin. Savall et Udland Johansen sont formés à la perfection. Technique hyper pointue, orchestration chirurgicale, production eicherienne. Rien est laissé au hasard. Et en même temps, pour des musiciens aussi affûtés, Hirundo Maris est une paresse amoureuse, une promenade sentimentale. Ça coule de source. Les structures sont épurées, le chant n’est qu’intermittent et laisse beaucoup de place aux constructions de harpe, de mandoline et de hardingfele (instrument à cordes norvégien).

Déroutant de prime abord, de part son croisement entre musiques anciennes et folk contemporain, ce disque impose vite sa langueur érudite et ses rêveries multiculturelles. Si l’on est un peu sensible aux « heavenly voices », ou aux plongées dans la vieille culture européenne, on peut difficilement passer à côté. Pour les autres, c'est à voir.

À écouter sur Grooveshark (nouvel onglet).

Julien Lafond-Laumond

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