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Pochette de Instrumental Tourist

chronique · 12 novembre 2012 · Expé. / Modern Classical

Tim Hecker and Daniel Lopatin

Instrumental Tourist

Lorsque le label Software (sous-division de Mexican Summer) a annoncé que la première monture de sa nouvelle série, SSTUDIOS, marquant la collaboration de deux électroniciens, reviendrait à Tim Hecker et Daniel Lopatin, je vous laisse imaginer l’émoi suscité. Que ces deux-là soient désormais adoubé par toute la hype n’y changera rien, bien au contraire d’ailleurs, tant ils méritent reconnaissance.

par B2B

Pour faire court, et histoire de poser les fondations, il est important de rappeler que le canadien Tim Hecker (nouvel onglet) est un pur théoricien du son, titulaire d’un doctorat et enseignant en « sound design », et ayant sorti une tripotée de chefs-d’œuvre depuis 10 ans, dont un fantomatique et insondable Ravedeath, 1972 l’an dernier. Daniel Lopatin n’est autre que l’homme derrière le projet Oneohtrix Point Never (nouvel onglet). L’américain, féru de synthés vintages, a sorti une dizaine d’albums psy-ambient ces 5 dernières années, en sondant toujours plus loin la notion de souvenir.

Que les deux bonhommes décident de copuler le temps d’un album, Instrumental Tourist, ne représente en rien un grand écart à la vue du résultat. Pourtant, sur le papier, ce n’était pas couru d’avance. Tim Hecker est un habitué des grands espaces, des orgues et des masses sonores infranchissables pendant que Daniel Lopatin est un expert en mélodies mutines et digressions psychédéliques. Le point commun les unissant est l’importance accordée aux silences et à l’improvisation.

Instrumental Tourist est un album tremblant, un tâtonnement permanent. On avance dans ces 12 tracks en étant pétri d’incertitudes. D’ailleurs, les sons eux-mêmes ne peuvent se stabiliser, basculant régulièrement entre vos oreilles. Cette fragilité donne l’impression d’une improvisation constante comme si l’album avançait tel un funambule. Et c’est ainsi que les univers de Tim Hecker et Daniel Lopatin peuvent se confondre et s’emboiter à la perfection. Car si Hecker est l’ombre, Lopatin est la lumière. Intrumental Tourist est un tableau clair-obscur où les mélodies enfantines de Lopatin se confrontent aux textures denses de Hecker.

Pourtant, l’album débute sur un trompe l’œil avec un Uptown Psychedelia jouant sur une ambivalence caduque entre naïveté et masse sonore. Dès le morceau suivant, Scene From A French Zoo, on pénètre dans un sanctuaire auditif d’où il devient de plus en plus difficile de discerner qui est l’auteur de quoi. On devine bien, sur de nombreux morceaux, la solennité de l’orgue et la volonté de parasitages sonores aléatoires de Tim Hecker, mais Daniel Lopatin y ajoute régulièrement des cœurs lointains et une savante utilisation du micro-sampling. Au bout du compte, tout se mêle parfaitement pour aboutir à d’étranges créations impalpables. D’ailleurs, on pourra regretter une certaine froideur à l’écoute de ces 12 titres. L’émotion étant reléguée à l’arrière-plan afin de laisser l’auditeur se débrouiller avec ces énigmes sonores.

Mais cette absence d’émotions n’empêche cependant pas de se poser des questions. On sait Lopatin nostalgique, dans sa façon de recycler de vieux thèmes musicaux. Tout comme on connaît l’implication de Tim Hecker dans l’histoire musicale contemporaine (le fait de retrouver un morceau intitulé Blue GRM n’est sans doute pas anodin puisque renvoyant directement au Groupe de Recherche Musicales (nouvel onglet) crée par Pierre Schaeffer). Instrumental Tourist joue ainsi avec la notion de souvenirs, de ceux qui sont enfouis dans notre inconscient. Le but d’une telle musique n’est donc pas de stimuler immédiatement notre palette émotionnelle mais plutôt de la questionner en profondeur afin de lui laisser une trace.

Instrumental Tourist est une énigme, une belle énigme. En jouant avec autant de facilité avec le clair-obscur, Instrumental Tourist aboutit à un foisonnement de questions dépassant le strict cadre de la musique. Cet étalage d’expérimentations en laissera plus d’un de marbre tant cette musique réclame une implication totale de la part de l’auditeur, mais si vous acceptez le principe, vous risquez fort d’en sortir profondément troublé.

B2B

Brasser la merde

1 commentaire

  1. bob

    Chronique qui décrit parfaitement l'album je pense. A l'écoute de Uptown Psychedelia, je m'attendais à retrouver le son drone/noisy de Tim Hecker sur le reste de l'album, en fait tout est bien différent. J'ai eu même l'impression de découvrir un genre nouveau. Ça n'en reste pas moins un très bon album, même si la 1ère écoute est déroutante.

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