chronique · 20 octobre 2012 · Techno / House
Austin Cesear
Cruise Forever
Quand elle décide de prendre la tangente, de fuir les dancefloors abrutissants, la techno peu alors s’émanciper du brouhaha général virant à la consanguinité. C’est dans les interstices que se trouvent les meilleurs albums, ceux qui n’ont pas besoin d’être nécessairement playlisté par un DJ « reconnu » pour être justement reconnu par les autres. Depuis quelques années émerge une techno sourde et introspective, non taillé pour les clubs mais uniquement pour les salles de concerts et les salons de mélomanes. Cette techno n’a besoin d’aucun artifice puisque se suffisant à elle-même.
par B2B
L’inconnu Austin Cesear (nouvel onglet) fait partie de cette mouvance. La seule chose que l’on sait du bonhomme c’est qu’il est issu de San Francisco, CA. C’est l’énigmatique label londonien Public Information qui a repéré le gazier et décidé de sortir Cruise Forever.
Austin Cesear semble faire de la musique uniquement pour lui-même et en cela, la démarche est à saluer (quand un artiste se met à faire de la musique pour les fans, c’est qu’il est artistiquement mort). Entièrement voué à l’introspection, Cruise Forever est un savant mélange de techno, d’ambient et d’expérimentations, le tout nageant dans un nuage de weed. Il en ressort une musique vaporeuse et un tantinet autiste.
Trois références sortent du lot : les labels Modern Love et Leaving Records ainsi qu’Actress.
On retrouve l’esthétique de Modern Love dans cet ésotérisme majoritairement sous-jacent mais explosant parfois à la gueule de l’auditeur comme sur un Peralta Palace chamanique à la Demdike Stare avec ses infrabasses insidieuses. Concernant Leaving Records, c’est une certaine idée du psychédélisme lo-fi californien contemporain, notamment sur les interludes vrombissants et énigmatiques If You Knew What Would You Do ou Forest Forever, qui pointe le bout de son pif. Mais c’est principalement Actress qui vient en tête à l’écoute de Cruise Forever. A la différence de cet escroc branleur d’Actress, Austin Cesear ne se contente pas de motifs simples en apparence puisque sous la carapace se dévoile des histoires improbables obéissant à des constructions plus complexes qu’on n’aurait tendance à le croire.
Mais Austin Cesear ne s’arrête pas là, livrant en chemin des monstres techno impressionnants d’insoumissions. De la techno claustrophobique de The Groove, donnant l’impression d’être enfermé dans un caisson de basses, hypnotisé par un mouvement rotatif trébuchant, à la techno annihilante et glaciale de The Beast, en passant par la catapulte dub-techno de Shut In, pourtant anodine de prime abord, on se fait régulièrement retourner la tronche.
Cruise Forever est un album de techno sortant de tout schéma préconçu. Austin Cesear vient démontrer que c’est en choisissant une voix parallèle que l’on peut aboutir à des propositions aussi audacieuses que fascinantes.






Brasser la merde
1 commentaire
Axs
Excellent petit LP sur un label prometteur à suivre de très très près.
Le mini-LP Solitary Pursuits de ADR sorti dessus à la fin 2011 est aussi excellent (quoique très différent) : http://soundcloud.com/public-information/sets/adr-solitary-pursuits/
En tout cas, il faut admettre que Shut In est tout bonnement Épique avec un grand E. Ça faisait quelque temps que je n'avais pas entendu un aussi sympathique "builder"... Presque depuis le Zircon de Deetron sur MusicMan en fait.
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