silent weapons for quiet wars

Pochette de Berghain 06

chronique · 21 octobre 2012 · Techno / House

Norman Nodge

Berghain 06

Moins connu que ses camarades de jeu Marcel Dettmann ou Ben Klock, Norman Nodge n'en reste pas moins un des piliers du Berghain, mais faut-il encore présenter ce haut lieu de la culture alternative berlinoise? Pour les non-initiés il s'agit de l'antre d'une techno viscérale qui consume le corps pour mieux nourrir l'esprit. Bien loin d'une simple discothèque c'est tout un genre qui se développe et s'initie dans ce laboratoire, depassant l'unique cadre de la musique. Mais attardons nous plutôt sur le gars dont il question. Norman Nodge débute sa carrière en 1994, en pleine effervescence musicale outre-rhin, le bonhomme reste néanmoins très silencieux durant cette période. Il faudra attendre 2005 pour qu'il devienne au coté de Dettmann et Klock résident du Berghain, et très vite le lieu semble être une source d'inspiration efficace puisque qu'il commence alors à réfléchir sur des productions personnelles.

par T.E.O

Il était donc grand temps quil pose sa pierre à l'édifice en réalisant l'ultime compilation de la maison teutonne dont chaque élément de la série vise à chaque fois dans le mille. L'allemand propose une ligne directrice plutôt classique mais redoutable, une maîtrise de la composition incontestable et une homogénéité à l'épreuve du temps.

La compilation débute par un leurre, une invitation empoisonnée vers un environnement vierge faussement apaisé où peu à peu les relans industriels annihilent toute possibilité de repos et de contemplation. Le disque prend alors une tournure d'aventure hallucinée et hallucinante. Le beat répétitif mais si efficace propre à Ostgut fait alors son apparition et ne vous lâchera qu'une heure plus tard, après trois dolipranes en somme.

Grace aux aides précieuses de Silent Servent et Planetary Assault Systems, Norman Nodge (nouvel onglet) signe là une éloge à la techno dictatoriale berlinoise, notamment celle de Sandwell District (nouvel onglet) et d'Ostgut Ton (nouvel onglet): vous savez celles qui cassent le crâne mais nourrissent intensément les esprits. Ainsi on rentre doucement et forcé dans les grandes heures du Berghain et vous êtes maintenant dans cette fournaise glacée où seul le chant des machines vous guide. On ose alors à peine imaginer la musique en milieu naturel où les enceintes vrombissantes distillent du 120dB à ceux qui veulent bien s'échouer sur cette plage bétonnée.

A ma grande surprise l'absence de mélodie, habituelle signature des sorties d'Ostgut ne s'observe pas ici sur toute la ligne , elle devient parfois le fidèle compagnion d'une basse destructrice et malsaine. Les morceaux de Mark Broom et Ctrls affirment clairement cette positon et la volonté de Norman Nodge de créer un environnement touchant de près à l'autisme, l'inconnu et l'introspection vicieuse. L'excellent morceau de Tim Taylor et DJ Slip résolument tourné vers Détroit laisse filtrer des voix mécanisées mais déjà rassurantes, puis, peu à peu la respiration se stabilise et les pulsations du coeur reviennent à une fréquence supportable.

Radioactive Man et Xosar annoncent la fin; la fin magistrale d'une aventure protéiforme à la frontière du coma et du rêve. Après la guerre que l'on vient de vivre, les sonorités fluettes et mélodieuses font écho aux cloches de l'angelus, calmes et sereines. Bouleversant.

Il n'y a pas à discuter des heures, ce Berghain 06 est une tuerie absolue et Norman Nodge fait figure de prophète moderne. Il réussit, en s'inscrivant dans la lignée des activistes ostgutonniens à proposer une techno riche, rude et spirituelle grâce à une tracklist aboutie et d'une cohérence ahurissante. Passer à coté ferait de vous un monstre.

T.E.O

Brasser la merde

2 commentaires

  1. huntzing

    salut je vois que les compilations du bh excitent toujours autant les équipes de ce (et maintenant swqw), ce qui est une bonne chose, au risque néanmoins de se répéter un peu sur la description de l'endroit et du son. (bien que cela force les chroniqueurs à toujours plus d'images et de métaphores assez bien senties) Je ferais deux petites "précisions". La première c'est que Herr Nodge est "Rechtsanwalt" dans la "vraie" vie, c'est à dire grosso modo avocat. Et qu'il a une petite famille derrière lui. Ce qui explique en partie son activité moindre en tant que producteur. Mais le gars a quand même le temps d'être résident au bh et de produire quelques edits et autres de temps en temps. Pas mal :o voilà pour le côté gossip. Ma deuxième remarque porte sur le fait que les compilations Berghain, et je ne parle pas de celle du pbar, sont des skeuds plus destinés à l'écoute domestique que vraiment une sorte live recording de ce que pourrait faire le dj en set. Ecouter et réécouter les numéros précédents, vous verrez ! Je parle beaucoup, en tout cas bon courage pour cette nouvelle aventure swqw. Amicalement

    1. SWQW

      Les sorties estampillées "Berghain" sont hybrides, elles s'adaptent autant aux dancefloors fumants qu'aux intérieurs domestiques crasseux, crois moi.

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

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