
chronique · 20 octobre 2012 · Techno / House
Christian Löffler
A Forest
Le spleen du dancefloor est une marotte. Lorsque vous décidez de regagner vos quartiers, au petit matin, vous êtes pris d’une résignation mélancolique. Comme pris dans un étau, vous vous demandez si ce choix-là était le bon. Cette ritournelle pourtant vous la connaissez, vous savez inlassablement que vous allez devoir lui faire face. Mais pourtant, ce moment persiste et signe son retour inéluctablement, vous plaçant face à vos démons, vous obligeant à tout remettre en question.
par B2B
Christian Löffler (nouvel onglet) a parfaitement saisi la teneur de cette introspection et au lieu de la nier, il a décidé de la combattre psychologiquement, sans artifices. A Forest sera désormais votre étape transitive, vous permettant de mieux appréhender votre retour.
Album promis à une techno limpide et deep et à une house précieuse, A Forest s’avale d’une traite en maintenant sur toute la ligne une exigence de tous les instants. On ne joue pas à fendre les cœurs si facilement. Ou plutôt non. Pourquoi se compliquer alors que l’on peut déchirer une âme en à peine 3 notes ? La lenteur de Pale Skin est un écrin pour un spleen absolu. Mais Christian Löffler ne se limite pas à l’aspect émotionnel. Son album est bien plus fin. A mi-chemin entre la techno étouffée du Black Noise de Pantha Du Prince (chronique ici (nouvel onglet)) et la deep-house éthérée du Leland de Francis Harris (chronique ici (nouvel onglet)), A Forest est un album adulte où chaque sonorité est réfléchie, chaque ascension contenue. La libération attendra.
Pour mettre à jour de telles partitions, notre producteur fait appel en permanence au field-recording. En puisant dans un environnement sauvage, A Forest apparaît comme un album naturaliste. Ainsi, les cliquetis lointains se mêlent au beat pour aboutir à une techno de chambre. Pourtant, l’euphorie n’est jamais bien loin, venant raviver nos souvenirs. De la violence contenue de Field à la douce bourrasque de Blind, nous avançons tel un funambule, dans un paradoxe continu.
Pour mieux calmer nos envies d’explosions, Christian Löffler convoque, par deux fois, des chanteuses pour des ballades techno-pop en apesanteur. Mohna nous invite à une odyssée aérienne en planeur, sans moteur parasite. La danoise Gry (déjà présente sur l’album de Francis Harris, il n’y a pas de hasard) nous apaise sur un Feelharmonia désabusé.
Et dire que c’est un premier long format ! Christian Löffler signe un ineffable album de techno mélancolique. Le mec arrive à tout mettre dans un seul boitier. En mélangeant deep-house, techno-trancey, techno-pop, spleen, puissance et frustration, parfois tout cela en un unique morceau, on se dit que le génie existe bel et bien. A Forest sera ce pont nécessaire entre la nuit et le jour, ce point de passage permettant de faire la transition en douceur. Vous ne rentrerez plus jamais seul, vous aurez désormais un partenaire sur qui compter.
(chroniques initialement publiée sur Chroniques Electroniques le 25 Juillet 2012)






Brasser la merde
8 commentaires
Kinky
Merci pour ça, je l'avais presque oublié.
Philippe
Cet album est un chef d'oeuvre. Ce fut littéralement l'album que j'ai le plus écouté cet été. J'en étais presque obsédé, peut-être parce que l’épopée ''nuits blanches'' est derrière moi et que cette nostalgie dont vous faites allusion est palpable dans cet album. Vous appelez cela la résignation mélancolique. Bref, je me suis retrouvé dans ces morceaux et je vous remercie infiniment de m'avoir fait découvrir cet artiste.
philou
une merveille peut être...bien produite et...galvaudée non? Personne n'entends de grosse inspiration du coté de Pantha du prince ? surtout sur la première de l'album a forest ? j dois délirer c'est clair c'est une merveille... ou pas.
B2B
Si bien entendu que la filiation est évidente mais c'est uniquement du au fait que Christian Loffler travaille à partir d'une même base sonore : le bruit blanc.
philou
"uniquement du fait que Lofftler travaille à partir d"une même base sonore : le bruit blanc." ok j'aurai du mal a le contredire ça mais la filiation ne s'arrête pas du tout la pour moi. le rythme des petites percu, le tacatac tacatac le même que pantha.. la recherche des sonorités proches aussi mais tellement loin d'un production du prince... bref j brasse de la merde!
Kriv
Bel hommage pour un album grandiose, une vraie mine de sentiments mêlés, de rythmes et de faux rythmes, envoûtants et enivrants. Du génie musical. Gros coup de coeur sur le morceau Ash & Snow, et la filiation avec Pantha du Prince est évidente dans les sonorités (suffit d'écouter le morceau Bohemian -Forest- de ce dernier), pourtant Löffler va plus loins dans les sentiments épurés.
Merwan
"A mi-chemin entre la techno étouffée du Black Noise de Pantha Du Prince (chronique ici) et la deep-house éthérée du Leland de Francis Harris". Faux. Archi faux. J'ai été profondément décu par cet album. A voir ce qui s'en disait et à voir la présence de Gry (dont les participations sur l'album de Francis Harris était plus que brillantes), j'étais plus qu'heureux à l'idée de découvrir cet opus.
J'ai effectivement senti une référence très fort à Pantha et Francis Harris, mais tout me semble raté. Il me semble que ce monsieur a voulu faire du Francis Harris, sauf que ses sonorités son mauvaises. La où sur Leland, le son de chaque instrument -percussif ou mélodique- semble parfaitement sculpté, ici tout est bien trop voulu. Toutes les nappes et contre-mélodies sont trop évidentes, présentes , vulgaires. Toutes les percussions sont vides et creuses, n'ayant ni la douce rugeur des sons organiques de leland, ni l'élegance habile des sons hybrides de Pantha du Prince.
Pour couronner le tout les grilles d'accords sont cheap au possible et sans aucune originalité. Même le morceau avec Gry n'est bon. Sa voix est exploitée de la pire manière possible. Bref je n'aime pas cet album.
Je pense que le comparer et l'élever comme vous le faîtes ne fait que montrer votre réelle méconnaissance de la musique de Francis Harris et Pantha du Prince (pour les re citer une seizième fois). Cet album est tout l'inverse, explicite au possible, maladroit et non pertinent.
Berk.
B2B
Même si je ne suis pas d'accord avec tes arguments, je dois tout de même reconnaître le fait que je n'écoute déjà presque plus cet album... à contrario de ceux de Pantha du Prince ou du Francis Harris. De là à dire que l'album de Christian Löffler est vulgaire et creux, j'en suis loin, très loin. "A Forest" demeure une bien belle proposition mélancolique.
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