
Voilà le point de départ d’Ensemble.
Death Blues (nouvel onglet) est le projet multi-média du batteur et percussionniste Jon Mueller, plus connu en tant que membre des mignons Volcano Choir. En quelques années, Death Blues a déjà produit plusieurs publications (dont trois disques, des essais et des vidéos présentés au cours de performances live sur des installations éphémères), mais Ensemble est le premier qui me passe entre les mains. Ce qui nous intéresse ici est en fait la partie musicale d'un projet bicéphale et bimédium, composé de sept essais et neuf compositions instrumentales. Enregistré sur une durée de près de deux ans avec le compositeur et multi-instrumentiste William Ryan Fritch, Ensemble sort ainsi sous la forme d’un diptyque livre + LP que le label nous annonce « lourd ». Autant dire : un bel objet.
Le thème du projet fait un peu froid dans le dos, par sa prétention ou sa facilité aguicheuse pour les gens vêtus de noir pratiquant l’apéro nocturne dans les cimetières isolés, puisqu’il s’agit de rien de moins que : LA MORT. Heureusement, ces neuf compositions sont loin de n’évoquer que LA MORT et toutes ces choses se mettant en travers de la vie. On trouve même dans cette musique une luminosité inattendue, ainsi qu’une diversité d’émotions plus larges que la douleur de la perte ou la souffrance finale. Ce disque n’est absolument pas plombant, et sans doute faut-il y voir le fruit d’une réflexion dépassant le cadre de la gravité de rigueur ; l’espoir et le lyrisme se mêlent franchement à l’histoire, à l’image de ces chœurs plein d’emphase et ces cordes tourbillonnantes et ascendantes.
Ainsi, la musique de Death Blues n’a plus grand chose du blues funèbre à l’origine du projet, si ce n’est peut-être cette guitare bien sèche. Entre post-rock, pop-folk enchanteresse (pense Illinois de Sufjan Stevens, ou plus récemment Mermonte) et modern classical, Death Blues tisse des ambiances orchestrales très cinématographiques. Mais là où la sortie du disque en tant qu’œuvre musicale indépendante conserve toute sa pertinence, c’est que le groupe reste sur des formats de composition (entre 3 et 8 mn, avec des climax et des répétitions) tout à fait compatibles avec une expérience uniquement auditive.
La beauté des thèmes mélodiques (Consonance, Unseen, Languaging), la qualité impressionnante des orchestrations et des arrangements (la sublime Loss) ainsi que le rendu très organique (le glissement des doigts sur les cordes de guitare, le son extraordinaire de la batterie et des percussions, les chœurs chevrotants) assurent à l’ensemble une existence propre en tant qu’œuvre musicale, et stimulent l’imaginaire sans l’aide d’un texte ou d’un support graphique. On pense également beaucoup à Eraas et feu-Apse, même si ceux-ci abord(ai)ent leur musique avec des ambitions instrumentales moins grandiloquentes ; ces fantomatiques compositions semblent en tout cas charrier les mêmes sensations pour l’auditeur, et les mêmes angoisses et inspirations pour les créateurs.
Et bon, mine de rien, on se retrouve devant un des plus beaux disques de l’année. Tu vas vite t’en rendre compte en parcourant le bienveillant Bandcamp ci-dessous. En revanche, si tu as dans la foulée la désir d’aller vivre cette expérience dans une salle sombre, tu peux toujours te brosser. Sauf si tu as la chance d’habiter la région de Milwaukee : Death Blues y donnera deux représentations uniques, les 1er novembre et 31 janvier prochains. A moins que la demande n’engendre l’offre, bien sûr ; je ne cracherais par exemple pas sur une performance supplémentaire au prochain Primavera, dans le cadre feutré de l’auditorium. Enfin, je dis ça…






Brasser la merde
2 commentaires
Yannosh
Gros gros kiff pour "Unseen"... perche monumentale. Et absolument d'accord avec Georges White... J'oserais même dire qu'ils sont touchés par la grâce.
RVVVVV
Juste quelques petites précisions : n'oublions pas de dire que Jon Mueller est un batteur très expérimenté. Il a aussi fait parti des non-moins excellents (à l'époque et encore même peut-être un peu ajourd'hui...) Collection Of Colonies Of Bees et a essuyé ces guêtres d'instrumentiste avec les très pointus micros-fouineurs de son que sont Jeph Jerman, Jason Kahn, Z'EV, ou même dernièrement avec James Plotkin (O.LD, Khanate, Jodis...) et Duane Pitre. Pour certains, quelques éditions sur son propre label aujourd'hui défunt "Crouton". Je conseille son album solo "Physical Changes" (sur Table Of The Elements en 2009) qui est un perle orchestrale monumentale autour de l'instrument batterie ! Sans doute les prémices de ce projet Death Blues.
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