
chronique · 7 octobre 2013 · Weird Rock / Metal
Blacklisters
BLKLSTRS
Le label palois A Tant Rêver Du Roi, qu’on ne remerciera jamais assez pour son travail de diffusion dans le plus noble des formats (spin the black circle !) du meilleur rock saignant d’ici et d’ailleurs, réédite en un beau vinyle rouge sang ce disque des britanniques de Blackslisters, sorti en 2012 mais déjà plus disponible.
par Mattooh
L’occasion idéale pour ressortir le champ lexical de l’hémoglobine et se replonger dans ce disque sur lequel, je me rends compte maintenant, je ne m’étais pas assez attardé l’an dernier. Il faut dire que le rythme des sorties noise-rock est plutôt soutenu ces dernières années, à se demander parfois si on n’est pas encore dans les années 90 ; j’encourage donc tous les labels à ressortir un an après les disques les plus cruciaux, histoire de minimiser les chances de passer malencontreusement à côté. Optimisation des profits, maximisation à moindres frais des cash-flows dans leurs circuits de transactions luxembourgeois ; du win-win, quoi.
Bon.
Toujours est-il que la première chose qu’on remarque, chez les Blacklisters (nouvel onglet), c’est bien l’excellence de son nom. Si je montais un groupe là, maintenant, je voudrais qu’il s’appelle comme ça. La seconde chose qu’on apprécie sottement, c’est l’excellence des titres de chansons de ce disque ; Clubfoot By Kasabian est ma petite préférée, juste devant I Can Confirm That Ruth Abigail Holmes Is Not Dead And Is Planning To Make A Movie About Her Life, et Ask Yourself A Question If The Answer Is Go Fuck Yourself. Mais on est là pour parler musique, ne l’oublie jamais, alors assez ricané.
Donc que vaut-il, ce disque ? Clubfoot By Kasabian, justement, est judicieusement placée en tête de disque, ce qui est la position idéale pour une branlée pareille. L’exutoire parfait, un refrain hurlé sur un riff con comme la pluie, franchement, quand le noise-rock est exécuté avec cette maîtrise, ça paraît pas difficile de faire des tubes. La suite du disque maintient le niveau, et le groupe sait se faire plus rampant, sale et méchant. Comme sur I Can Confirm…, plus nuancée et basée sur la répétition d’un riff modulé efficacement, mais tout aussi tonitruante avec son refrain ravageur. Le noise-rock tranchant des Blacklisters, et notamment ce chant éructé, menaçant et ivrogne à la mode David Yow, rappelle en fait furieusement The Jesus Lizard. Et quoi de mieux que de sonner comme les meilleurs, quand on pratique un style musical plutôt balisé qui n’a aucune prétention de réinvention de la poudre à couper l’eau chaude ?
Sur le lit de basse obèse et martial de son comparse Owen Griffiths (cette ligne tendue à l’excès de Swarms, on en mangerait), le guitariste Dan Beesley possède toutefois un jeu moins alambiqué que celui de Duane Denison (Trickfuck), mais tout aussi meurtrier (Hero Of China) et adepte des vrillages dissonants occasionnels, disséminés un peu partout. Le chant se fait souvent particulièrement hargneux (Mouthpeace), et quand c’est toute la machine qui crachote, s’emballe, se cogne la gueule contre les murs et se relève d’un bon (Swarms, encore), on se rend compte que les Blacklisters sont bien au-dessus de la mêlée noise-rock actuelle, quelque part au niveau des beaux gosses de chez Hawks ou Buildings.
Tu l’auras compris, on est fan et on a bien hâte de voir ces individus se produire en live devant nos yeux goguenards et sous nos oreilles saignantes. Tout cela est prévu pour le printemps prochain, et cela sent blindé l’assurance de se prendre un micro ou un manche de guitare sur le coin de la gueule, tout en renversant sur son voisin hilare la pinte éventée que le patron ivre vient de te servir approximativement, dans une ambiance de Trafalgar où, une fois encore, les anglais mettent la pâtée aux franquais ; une certaine idée du bonheur, en fait.






Brasser la merde
1 commentaire
Sb
Lu et approuvé... je signe où?
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