
Nisennenmondai est une véritable énigme sur la scène indé rock contemporaine. Formé il y’a maintenant 14 ans à Tokyo, le trio féminin (Yuri Zakia à la basse, Masako Takada à la guitare et l’infatigable Sayaka Himeno à la batterie) n’a pourtant donné ses premiers signes de vie discographiques qu’en 2004 et l’inaugural e.p Sorede Souzousuru Neji sorti sur l’obscur label japonais Dotlinecircle. A l’époque la musique du groupe est encore embryonnaire mais peut déjà compter parmi ses inspirations la scène bruitiste et post punk des 70‘s, citée et assumée ouvertement dans leurs titres, que ce soit les expérimentations kraut de Neu! ou les premiers Sonic youth. Autant dire qu’à l’époque du retour des sonorités 80’s et (synth) pop, le groupe faisait figure d’anachronisme. Strictement instrumentales, les compositions du trio révèlent vite leur potentiel scénique et hypnotique, même s’il s’entête encore à copier ses ainés. Enième rejeton de la galaxie expérimentale et noise japonaise, le groupe a su en conserver l'orientation radicale, le goût de la performance, tout en ne se cachant jamais d’être un groupe de rock moderne. Rockuon (2006), leur premier long format, se situe précisément à cette frontière, entre un background arty et l’envie de jouer le rock le plus simplement et le plus sauvagement qui soit. Ce que viendra confirmer l’avalanche sonore qu’est Fan (2009).
Ce qui fait de Nisennenmondai un groupe aussi singulier c’est d’abord ces trois filles qui rejouent les codes du rock avec une candeur et un naturel imperturbables. On ne sait jamais si cela tient de la posture ou simplement d’un état de concentration qui vise à la trance. Car là est bien le but de leurs morceaux, conçus comme de véritables mantras, tendus entre une ligne rythmique quasi métronomique (que d’aucuns rapprocheront de la techno) et les distorsions des guitares en contrepoint. Il se dégage de ce dispositif simple une urgence et une énergie tellurique qui doivent beaucoup à l’impressionnante batteuse Sayaka Himeno, toujours prête à en découdre avec la répétition. Nisennenmondai a aussi cette propension à aimer les concepts albums et à enregistrer des e.p indépendants qui fonctionnent comme des mini albums et qui n’ont aucune autre nécessité qu’en eux même. C’est le cas de N, dernière sortie en date du trio sur le label japonais Zelone et certainement la plus emblématique. Le disque se compose en trois pistes qui ne dérogent pas à la radicalité du groupe : aucuns titres sinon ceux qui désignent les faces du disque et un son qui avec les années s’est extrêmement dépouillé, beaucoup moins noise et frontal qu’à leurs débuts. Dépassant la dizaine de minutes, ces trois tracks s’imbriquent pour ne former qu’une seule piste aux variations monochromes. L’atmosphère est oppressante, post punk, et malgré des compositions apparemment plus rigides et minimalistes, la musique du groupe n’en a pourtant jamais été aussi limpide et instinctive. À l’image de la graphie du titre, toute en lignes de tensions verticales et médianes, à la lisière de l’abstraction, Nisennenmondai fait mine de foncer tête baissée dans le noir mais pour mieux faire se réfracter modernisme et mélopées ancestrales. Le rock comme un monde à N dimensions.
Malgré un coté un peu trop autoréférentiel, N marque pour le trio un pas vers la maturité et certainement aussi vers une plus large reconnaissance. Et si pour beaucoup se revendiquer de John Carpenter devient désormais monnaie courante, voilà un disque qui ne saurait rougir de la comparaison. Nisennenmondai est certainement ce que les années 2000 ont enfanté de plus curieux et anachronique (on ne s’appelle pas 'bug de l’an 2000' pour rien) mais force est de constater que ces trois filles, contre toute attente, continuent de creuser bravement leur chemin.






Brasser la merde
2 commentaires
SEN
Incroyable ce trio de Japonaises ouf et complètement hypnotique... J'suis complètement sous le charme, un putain de coup de cœur même !
Sylvaine
Super techno instrumentale ! Une descente ou montée, comme vous voudrez en Transejaponie.... A retenir. Merci Seb !
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