
Il y a quelques mois de ça, à l’occasion de la sortie de l’album de How To Destroy Angels, je me lamentais sur ce qu’était en train de devenir Trent Reznor, et plus encore sur l’intérêt de sa musique depuis quelques années. Naïf, j’attendais tout de même plein d’espoir le retour de son vieux bébé Nine Inch Nails (nouvel onglet), certain que le retour à la composition dans le cadre d’un come-back (haunted) aussi attendu allait le transcender pour, au minimum, accoucher d’un disque de la qualité de With Teeth.
Je te dirais bien qu’aujourd’hui, je n’ai pas de mots pour décrire ma déception à l’écoute de Hesitation Marks, mais ce serait complètement exagéré. La vérité, c’est surtout qu’à force de s’enfoncer dans une auto-caricature de sa face la plus consensuelle et d’émuler son propre son sur tant de disques en seulement quelques années, Trent Reznor a rendu ses différentes productions si peu distinctes qu’on les écoute sans émotion. Sans s’offusquer ni se passionner, parce qu’il n’y a matière ni à l’un ni à l’autre. Cet album de NIN n’est ni vraiment bon ni vraiment mauvais, et si ce constat m’aurait rendu arraché un tremblement de menton il y a 10 ans, aujourd’hui ce n’est jamais que quelque chose qu’on a déjà connu ; depuis The Slip (voire Year Zero), presque chaque composition publiée par Trent Reznor sonne curieusement déjà entendue.
Une écoute au casque de ce Hesitation Marks est techniquement intéressante : le son est gigantesque, fourni, clinique mais aussi riche qu’on peut l’attendre avec un technicien de la trempe de Reznor. Gros gros boulot de production, comme d’habitude. Même comparé aux déjà lissés With Teeth et Year Zero, la musique sur Hesitation Marks est apaisée, mais clairement, il y a plein de détails à isoler, plein de textures à décoller. Seulement, ça ne suffit souvent pas à rendre les compositions intéressantes et à l’époque où on se passionnait encore pour NIN, sa musique ne s’appréciait pas que via une froide autopsie. Ici, les mélodies sont quelconques, franchement auto-inspirées et on décroche même totalement avant la fin de l’album ; à chaque fois, il faut se forcer pour aller au bout des derniers titres qui semblent n’avoir rien à dire.
Ce constat, dur, est toutefois à rapporter à ce qu’on attend d’une entité du statut de Nine Inch Nails. Si Hesitation Marks n’arrivait pas au bout d’une discographie si aboutie, on serait soufflé par tant de maîtrise et tolérant sur la faiblesse de certaines compositions, en supposant que le titre du disque présage d’une suite plus affirmée et radicale. Il y a donc quelques motifs de satisfaction dans ces 13 titres d’électro-pop fort polis, pas nombreux, alors profitons-en bien. Copy Of A est remarquablement tendue, les gimmicks vocaux sont accrocheurs et les vagues synthétiques successives submergent sans mal l’auditeur d’un plaisir éphémère. Came Back Haunted est peut-être le morceau le caricaturalement auto-pompé, agglomérant des sonorités de toutes les disques passés de NIN mais traînant surtout une ressemblance assez embarrassante avec The Hand That Feeds. Si on arrive à faire abstraction de cet air de déjà-entendu du riff principal et de la superposition mélodique, on tient quand même un single électro-rock haut de gamme, efficace comme il faut.
All Time Low est assez haut la main le meilleur titre du disque, avec ce mordant mélodique retrouvé et des arrangements géniaux qui prouvent que Reznor est encore capable de se surpasser. Malheureusement, l’enthousiasme est tempéré, encore une fois, par le fait que la rythmique est à peu près identique à celle de Closer, ce single de 1994 si parfait qu’aujourd’hui encore tu te souviens de ses subtiles paroles (nouvel onglet). C’est pas que je veuille faire ma mauvaise tête, mais cette affaire sent quand même un peu le renfermé.
D’autant qu’au milieu des rares franches réussites, d'une tentative rock indus un peu vaine (In Two) et des pistes bâties autour de blip-blips anodins post-The Fragile (Find My Way, Various Methods, Running,…), on trouve une inexplicable faute de goût : Everything. Reznor s’y humilie sur un couplet punk-pop avec un timbre de voix proprement insupportable à la première écoute. La suite de la compo rappelle l’efficacité pop-rock de With Teeth si bien que les écoutes successives apaisent la plaie aux tympans, mais au final on se fait trop souvent interrompre dans son plaisir au long de ce disque.
Ce n’est pas la première fois que Trent Reznor met NIN en pause. Cinq ans séparent le faible The Slip de Hesitation Marks, soit à peu près autant de temps que de The Downward Spiral à The Fragile, et de The Fragile à With Teeth. Et à chaque fois, après ce break, NIN revenait changé, les idées neuves et si finalement aucun disque post-The Downward Spiral n’a fait l’unanimité, chacun faisait preuve de personnalité et de pertinence dans la voie empruntée. C’est ce qui suscitait des débats enthousiastes parmi ceux qui ont quelque chose à foutre de Trent Reznor, ou du moins pour qui son œuvre représente quelque chose d’important d’un point de vue personnel.
En 2013, difficile de voir en ce Hesitation Marks un disque marquant. Il ne s’agit en tout cas pas d’un de ceux qui font plonger avec avidité les novices dans la discographie d’un groupe à la recherche de là où tout a commencé, et même nos lecteurs les plus belliqueux ne viendront sûrement pas défendre ces 13 pistes avec l’enthousiasme des grands brassages de merde. Trent Reznor est devenu un monstre de studio, un marqueur sonore ultra puissant dont on sait toujours que ce qui va en résulter sonnera formellement du feu de Dieu, mais dorénavant toujours pareil. A l’autre extrême de l’échiquier des compositeurs/producteurs audiophiles rock obsessionnels, Steve Albini fait également partie de ces légendes vivantes issues des 90’s, immuables dans leurs méthodes de travail, adeptes de beau matos et toujours prolifiques autour de la cinquantaine. Sauf que les principes de Steve Albini producteur se résument à faire sonner les groupes comme eux-mêmes, sans artifices, et que le Steve Albini songwriter ne sort des disques de Shellac que lorsqu’il a réellement quelque chose d’exitant à enregistrer ; une démarche dont Trent Reznor ferait bien de s’inspirer.
Au lieu de cela, il applique ses recettes ultra-maitrisées à ses idées redondantes sur ses propres disques, et étouffe la créativité des autres quand il reste sous sa casquette de producteur – je pense là au gâchis réalisé sur The Inevitable Rise and Liberation of NiggyTardust de Saul Williams, qui sortait d’un brillant album éponyme pour s’échouer artistiquement sur une caricature vaguement hip-hop du son NIN. On a beau nous répéter, années après années, le génie de Reznor (nouvel onglet), l’écoute de ses disques en dit malheureusement plus long sur ce qu'il en reste aujourd'hui que ses dévoués collaborateurs, aveuglés par le charisme du bonhomme.






Brasser la merde
9 commentaires
YGJK
On est d'accord, sans aucun doute le moins bon disque de Reznor. Par contre pour moi "The Slip" est loin d'être si moyen que ça (en prenant compte qu'il a été composé et enregistré en pleine tourné et surtout distribué gratuitement). Et ouai, "All Time Low" est clairement le top de l'album. Mais si je suis totalement d'accord pour dire que c'est du bon boulot, je trouve que ça sent un peu (beaucoup) le vite fait, beaucoup moins travaillé que "Year Zero" ou même "The Slip". Là dans certaine piste j'ai franchement eu une impression de vide, comme si c'était pas fini, notamment pour "Various methods of escape" qui aurait pu être une chanson sympa style "Every day is exactly the same" de "With Teeth". Sinon je serais pas aussi dur avec "The Inevitable Rise and Liberation of NiggyTardust", il n'est pas parfait mais c'est un album que j'aime beaucoup même si c'est peut être plus une sorte d'album "Saul Williams featuring Trent Reznor" plutôt qu'un réel album de Saul Williams.
DEEPHIVE
Moi j'ai beaucoup aimé le disque, car je fais parti de ceux qui accepte que les artistes évoluent, Aucun intérêt d'écouté la même recette ou d'espérer un retour au au source je trouve cela navrant de ne pas comprendre ce simple point.
Trent Reznor vieillit comme tout le monde, mais par cette musique noble et épurée je trouve que finalement Reznor fini pas mal du tout. Je trouve même très classe cette ré-interprétaion Cold Wave avec ses sons vintages très purs comme Copy of A.
Une oeuvre est une oeuvre à quoi bon refaire la même si c'est pour en faire une copie moin bien ?
Je pense que les vrai fan comprenne le virage artistique de Reznor qui en plus garde une atmosphère et un son identifiable.
Mattooh
L'accusation de refus de l'évolution d'un artiste, c'est le grand classique du fan contrarié, ça - avec le fait de lire ce qu'il veut y lire. "Tu n'aimes pas Lulu de Metallica, c'est que tu refuses leur évolution". Ça n'a bien sûr rien à voir, j'ai adoré Broken, The Fragile, With Teeth et Year Zero qui étaient très différents de leur prédécesseur. Là, c'est juste pas convaincant. Je trouve ce disque moyen malgré d'indéniables réussites, mais je pense que ma chronique est assez longue pour être compréhensible sans ce rappel, huh? Je sens que je vais m'amuser, avec les fans de NIN.
DEEPHIVE
PS : pleins de fautes j'ai écris vite ;)
sgu
Complètement d'accord avec la chro, de très très loin l'album le moins intéressant du père Reznor. Je fais aussi partie de ceux qui acceptent que les artistes évoluent (cf. Deephive) ("vrai fan" je sais pas ce que ça doit vouloir dire, mais j'écoute NIN depuis le début), mais honnêtement, cette évolution est d'un fadasse…
DEEPHIVE
Après si on reste objectif: Je pense que la ou les gens on un blocage c'est que Reznor produit une musique qui contient plus beaucoup d'instruments physiques. C'est la continuité des Ghost, HDTA... Après moi c'est vrai que je suis un vrai amateur des boites à rythmes avec tout le charme de ces ambiances froides. Le truc qui change vraiment au final, c'est que Reznor ne souffre plus et donc NIN perd ce côté agressif qui ma séduit dès le premier album. Là ou par contre je continu d'adorer ce groupe : C'est qu'une fois de plus NIN propose des chansons ou l'équilibre entre la dance et le rock est contrôlé et je trouve que c'est vraiment la force de ce groupe d'Indus car d'autre sont groupes sont beaucoup plus ringard. Après Everything c'est vraiment chaud à la première écoute, au final ce serait mentir de dire que je l'écoute tout les jours mais les influence général de ce CD montrent que Trent est nostalgique, Cependant il le retranscrit bien je trouve. « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » Antoine Laurent de Lavoisier :)
Remi
Bonjour j'aurais une question, avant tout je m´appelle Remi, je suis sans famille, et je me ballade avec tous mes amis, ma famille a moi c´est celle que j´ai choisie. Et donc je voulais savoir si il y avait une sanisette dans le coin, j'ai envie de pisser.
Mattooh
Reste dans le coin, Rémi. On va se mettre bien. Au fond à gauche.
dataichi
J'ai pris le train NIN en marche à la sortie de Broken. Dans le temps il fallait être patient entre deux albums, mais ça valait le coup. Mais depuis une dizaine d'année, en veux-tu en voilà. Depuis With Teeth j'ai été patient, tolérant, comme avec un tonton qui vieillit mal et qui pète à table, mais là c'est plus possible. J'ai accepté, la cure de desintox, le virage pop, les mélodies niaises, mais ce Hesitation Marks, c'est une punition. On dirait qu'il me chie dans l'oreille, et après toutes ces années passées ensemble, c'est pas très sympa. Je tourne la page, il y a tellement d'autre choses intéressantes à entendre ailleurs.
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