
chronique · 10 octobre 2013 · Weird Rock / Metal
Les Yeux de la tête
Mosca Violenta
Je ne suis pas un enculeur de mouches, moi. Je fais des chansons. Les cons des lettres, abrutis, n'ont-ils pas compris ? - Louis-Ferdinand Céline
par Booboow
Le label Montpelliérain Head Records (nouvel onglet) a la même philosophie : pas de tatillonnage. L'auditeur curieux sait pourquoi il est là et prépare ses esgourdes à une volée de bois vert. Les groupes signés chez Head s'ils sont tous différents, sont tous là pour nous mettre une bonne tatane dans les dents. Que ce soit avec le sludge désincarné de Verdun, le math-rock furibard de Pneu, la noise complètement barge des regrettés Café Flesh, les choses ne sont jamais faites à moitié. Pour preuve encore : pas moins de 4 sorties au mois de septembre : le post rock débraillé de Jean Jean, la powerviolence jubilatoire de Morse, Town in a mess et son noisecore pas bégueule et le jazzcore éclate-drosophile des Yeux de la tête (nouvel onglet). Pas besoin de tortiller du cul pour chier droit... Head envoie le bousin, et le fait bien.
Les Yeux de la tête quant à eux, ont enfin pigé que ce nom fait définitivement trop penser à un groupe de rase campagne jouant du ska pouêt pouêt festif. Grand bien leur prend de métamorphoser façon Kafka leur patronyme en Mosca Violenta (la Mouche Violente en version franquaise), nom qui ne colle on ne peut mieux à leur musique et évitera aux fans de noise de prendre la mouche et de fuir à la vue de leur nom incongru portant à confusion. La mouche c'est bien entendu ce putain de saxophone qui vient nous John Zorner les oreilles et dont on n'arrive pas à se débarrasser. On l'entend voler, virevolter sous notre nez, nous bourdonner à la gueule pour mieux nous narguer avec notre trop petite tapette pour l'éclater. Elle s'amuse avec nos nerfs fébriles... Entre fulgurance free (Oxytoxum), mélodies complètement décomplexée et addictive (Les rognons) et passage plus smooth (Majax), le jeu de Sam fait vraiment l'identité de Mosca Violenta. Bien entendu, on pense à Luca T. Mai (Zu / Mombu). Mais il demeure tout de même plusieurs différences : ici le sax ne bénéficie pas d'effets à foison et la musique du trio est bien plus immédiate et surtout noise.
La section rythmique quant à elle est LOIN d'être en reste. Car c'est elle la violence qui accompagne cette satanée mouche. c'est cette basse lourde et ronflante (Sloomer) qui course la drosophile pour que la batterie en embuscade lui explose les ommatidies en mode Oggy et les cafards. Pour preuve Fubar (joyeux acronyme qui sied parfaitement au groupe : Fucked up beyond all reason) placé d'entrée de jeu qui définit parfaitement leur son (sont malins, hein). Mais ils savent aussi faire dans le pernicieux avec ce satané groove rampant de Qui totum vult totum perdit dont on attend à chaque moment qu'il nous saute à la gorge pour y déverser son venin. On ne s'étonnera pas alors de voir une grosse mouche voler autour du crottin des chevaux de course que sont cette section rythmique aussi carré que celle de Shellac envoyant une cadence malsaine à la Cows. Impossible, en effet de ne pas citer les écuries Amphetamine Reptile ou Touch & Go, véritables maîtres étalons en matière de production noise barré, à l'écoute des bourdonnements de notre diptère.
Même si leur musique peut sembler cérébrale par la construction de leurs morceaux qui partent souvent dans tous les sens (ils citent aussi Sénèque dans le titre Qui totum vult totum perdit), et s'ils triturent notre ciboulot c'est pour mieux pouvoir jouer avec nos cervicales (Sloomer / Fubar), les Mosca Violenta n'en sont pas moins de petits rigolos... Pour preuve, ils se foutent ouvertement de la tronche du classique de jazz de Dave Brubeck, Blue Rondo à la Turk, en le transformant en Blue rondo à la truc, ou le sax part en free comme jamais. Évoquons aussi Soutane of swing dont le titre parodie qui vous savez (nan mais sérieux) ou un autre hommage au fameux Gérard magicien. Notre course-poursuite effrénée se termine sur une reprise clin d’œil d'un titre (Geotrichum Redux) de leurs joyeux copains math-rockeux de Marylin Rambo.
S'il y a bien une mouche à ne pas gober, c'est bien celle-là.






Brasser la merde
2 commentaires
police du goût
Je confirme, il faut urgemment que le groupe change de nom ! perso je l'avais classé direct dans la catégorie de ces groupes moisis tout juste bons à animer les galas d'écoles d'ingé avec un ska-festif frelaté...
Sb
Le nom du groupe ne m'avait pas empêché d'être scotché par Nerf leur premier album. Si vous aimez, Je vous conseille vivement de jeter également une oreille aux derniers disques de Lucien Dubuis notamment le Hangemhigh. Ceci dit ce Mosca Violenta, je le trouve plutôt soft comparé au dernier Melt-Banana mais ce n'est pas un reproche.
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