
chronique · 20 novembre 2012 · Musiques électroniques
Connect.ohm
9980
On s’engouffre dans cet album comme on pénètre dans un décor en perpétuel défilement. Un environnement tenu par des bifurcations en suspension et des caténaires reliées à des bouts de ciel.
par Aurélie S.
De fructueuses rencontres se font parfois à l’intérieur d’un même label. Celle du français Alexandre Scheffer (Cell) et du japonais Hidetoshi Koizumi (Hybrid Leisureland) en est une. Leurs albums respectifs (Hanging Masses et Scroll Slide) sont sortis sur le label français Ultimae, qui témoigne déjà d’une dizaine d’années d’existence, et tous deux engendrent à présent une collaboration en forme de prise de hauteur, sous l’enveloppe d’un digipack extrêmement soigné et évocateur.
Album qui opère en contre-plongée stellaire, 9980 s’attache à la création d’une architecture sonore composant avec le caractère infini de l’espace. L’inépuisable, l’incalculable. Des perspectives en dispersion sur des points de fuite atmosphériques. Des horizons vert-de-gris faits de passages et de vides. Des décollages, des saisons et du temps traversés, pour une perception qui se donne au vertige entre convergence et parallélisme des formes.
Le brassage des deux univers artistiques est remarquable. Chaque piste prend le temps de développer son ampleur, pour un album à la durée conséquente. A la fois downtempo, mélodieux, nourri d’electronica et d’ambient, bercé de quelques drones, de claviers ou de voix lointaines. Un piano qui s’ajoute, parfois, comme sur Snow Park. Un disque spacieux, digérant le silence et les réverbérations des espaces vides. La majeure partie des morceaux est pleinement l’œuvre du duo, mais quelques titres ne reposent que sur un seul des deux noms, tels que celui de Hidetoshi Koizumi, Time to Time by Time. Ce dernier, aux nappes annihilant toute force de pesanteur, est ainsi une manière de sentir comment, tout au long de l’album, les différentes strates apportées par chacun des deux hommes ont pu se mêler, s’incorporer, dans une toile rythmique déliée et pénétrante. A l’image du morceau éponyme, de ses cliquetis et résonnances de matières fascinantes.
L’album de Connect.ohm étire ses câbles conducteurs à travers les matériaux et les êtres, la symétrie des ombres et le reflet des intersections. A travers un brouillard hivernal, et des spirales épiques. Il se répand dans un espace à étirer toujours plus encore, dévalant l’étendue de nos possibles. Il spatialise, indéniablement. Liquéfie les distances dans une cinétique passionnante, comme sur Evolution 1:1 aux pulsations recherchées dans les entrailles du ciel. Un disque qui étanche ce besoin que parfois seul l’infini est capable, un peu, d’apaiser.






Brasser la merde
6 commentaires
Georges White
Bel album de trance ambient comme seul encore Ultimae sait en offrir. Merci d'avoir consacré cette chronique à ce très discret label qui mérite amplement que l'on s'y arrête à nouveau.
EoG
J'adore l'atmosphère dégagée par cet album, un mélange de fragilité et de profondeur. J'espère me prendre les morceaux "Fossil" et "Snow Park" dans la face à la prochaine Nuit Hypnotique.
BrsHln
Album époustouflant dans l'atmosphère et la nostalgie intelligente qu'il dégage. Pourtant assez reticent à l'ambient trance en général je trouve qu'il se dégage gentiment des clichés du genre. Belle découverte
radcliff
Vraiment de la belle ouvrage et quelle chronique.
ZidZid Spoutnik
Un label, c'est d'abord créer des liens. Avec les auditeurs, d'abord. Fidéliser, en ne trichant jamais. Péreniser l'élan, rendre la courbe ascendante ; toujours. Entre les artistes labélisés, ensuite. Unir, autour d'une seule couronne. Ultimae Records sait garantir cette quintessence. Aujourd'hui, on aime écouter Connect.ohm : un lien entre un japonais et un français. Mais si ceux qui découvrent ce label avec cette chronique devraient s'interesser à l'histoire de ce label et des interconnexions générées depuis tant d'années. Perso, je reviens toujours à ce label, même si mon amour pour l'ambient me fait butiner de nombreuses fleurs. Chaque sortie est unique, et pourtant partie intégrante d'une même Echelle.
ProfessorLove
Vraiment un chouette label.
Je viens de recevoir ce disque et j'en avais profité pour acheter un "vieux" Solar Fields d'il y a qque temps. Comme à leur accoutumée le package contient les disques (qui sont déjà de beaux digipacks) plus des encens, des cartes postales et marques pages ET carrément un mot manuscrit personnalisé. Super sympas !
Sinon personne ne vendrait un C.B.L Interloper par hasard :p
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