
J'ai lu récemment quelque part, que les netlables ré-inventaient ce qu'on appelle vulgairement l'IDM. J'ai toujours aimé et encouragé les discours excessifs. Un peu moins la bêtise et l'infâmie. Si dans cette forêt de conifères inégaux il y a sans aucun doute un tri à effectuer, le nîmois Pavillon36 fait office de phare de qualité, au même titre que Breathe Compilations, et parfois (ou rarement) Section 27 et Abstrakt Reflections. Dirigée par Syndrôm, la maison du Gard a déjà ouvert ses portes à des gens qui ont depuis fait leur chemin : Ruby My Dear, TheAudiologist et Nonima (Altered:Carbon). Autrement que pour des raisons évidentes de passion, la vocation des netlabels est bien de t'en foutre plein la gueule pour pas un rond, en plus de présenter des artistes originaux. Si on enlève à cela les postures très adolescentes de faux Anonymous glorifiant la gratuité absolue sur le net et niant l'idée même de droits d'auteur, on peut même tomber sur des gens tout à fait sérieux. Qui ont compris qu'on peut faire du son cynernetique sans copier Access To Arasaka, qui connaissent l'importance du mix et d'un mastering sérieux (même si ils n'ont pas toujours les moyens de se les payer). Les netlabels n'inventent rien, et ils le font très bien. Ils permettent surtout de découvrir artistes ou beatmakers de talent, avant qu'ils n'accédent à un autre niveau. Souvenons nous des cas de Paskine, r.roo ou VNDL. On souhaite la même visibilité et le même succès à Bouwakanja, auteur de la dernière release en date du netlabel. Ce trentenaire nîmois un peu autiste n'en est pas à sa première sortie. Celle-ci n'est peut-être pas sa meilleure, mais mérite largement qu'on s'y attarde un peu.
Qu'est ce que la braindance ? A cette question stupide posée un jour par un journaleux en errance à un certain Richard D. James, le britannique répondit laconiquement et avec la pédance de geek qu'on lui connaît : "Ecoutez la compilation Braindance Coincidence (2001) et les autres sorties de Rephlex, vous saurez".
Bouwakanja est issu de cette génération, qui a saisi le rôle essentiel et l'influence de Rephlex sur la musique électronique des années 2000 et à venir. Il fait lui aussi une jolie synthèse de la drum(drill)'n bass, de l'acid, du breakcore et de l'electronica. L'aspect technique est essentiel pour ce genre de sons. Quand c'est bien maîtrisé, son créateur peut même se livrer à une séance d'onanisme rythmique pas du tout intellectualisée. Comme quand les kicks et les snares sont autant de biffles sur la nappe (Paranormal Music Maker). Ou quand la palette rythmique se débarasse de toute contrainte, varie dans ses textures et ne se repose jamais sur une séquence ou un thème en inertie (Strange). Ou quand celui, croyant que la première n'avait pas marché, avale une deuxième pilule stupéfiante pour rigidifier sa mâchoire et ouvrir les voies de sa perception. C'est beau, la bicéphalie (The Crow). Rien de mieux pour clôturer les 18 minutes de ce format court, qu'une petite séance de ghetto headbanging bistoufly sur Painfull et son beatwork bien lourd. Et ça sans intégrer le moindre synthé elfique un peu pupute, ça force le respect. Alors bien sûr, l'ensemble aurait mérité un mastering digne de ce nom. Il y a comme un manque (un peu) de nuance et d'harmonie, même si les dynamiques sont là. Un jour, ça viendra. Pour ceux que ça motive, le EP est disponible, légalement et gratuitement ici (nouvel onglet). Les autres sont invités à parcourir les pages du site officel de Pavillon36 (ici (nouvel onglet)) pour affiner leur recherches et leurs goûts.
Saluons la production française sans arborer le ridicule d'une marinière. Dans les semaines qui viennent, vont paraître deux compilations qui bénéficieront d'un mastering solide. L'une avec les habitués du label, l'autre avec des grosses pointures telles que Hecq, Tapage, Pleq, Yvat et bien d'autres. Bravo à Pavillon36. Bravo à Bouwakanja. Ils n'inventent rien, et le font très bien.






Brasser la merde
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