
chronique · 6 décembre 2012 · Post-Rock / Metal
Yakuza
Beyul
Yakuza se plaint d’un problème de public : trop métal pour les amateurs de jazz et de musique désaxée et trop jazz pour les amateurs de métal, leur musique ne séduirait personne. C’est pourtant faux : chez SWQW, on les adore.
par Mattooh
Chez les initiés, évoquer Yakuza (nouvel onglet) entraine le déclenchement d’une grosse enseigne « jazz ! » clignotante dans toute la pièce. La tension devient palpable, l’étiquette faisant vraiment trop intello pour le métalleux moyen. Ce dernier constitue du reste le quidam le plus susceptible de découvrir un jour Yakuza, car quel public est plus péniblement pinailleur que les amateurs de jazz ?
Allez, te braque pas.
Non, il faut raison garder : oui, Yakuza use de cuivres (le saxo du chanteur Bruce Lamont, en fait) et de structures non conventionnelles, mais on reste loin des gesticulations free de John Zorn, Kayo Dot, du early-Dillinger Escape Plan, ou du Mahavishnu Orchestra. Parlons plutôt de post-métal sorcier (désolé), un peu comme si l’axe Neurosis-Isis & co brisait soudain ses chaînes et se parait d’influences moins occidentales, ou plus tribales. Réveiller le soleil là où il brille par l’absence, un peu.
Bien.
Indifférence publico-médiatique ou pas, Yakuza n’en sort pas moins cet automne son sixième album. Après les très denses Samsara (2006), Transmutations (2007) et Of Seismic Consequences (2010), le format est cette fois plus concis : 37 mn de musique, contre 50 à 60 mn habituellement. Plus rapide à appréhender donc, mais regrettable car Yakuza n’a pas pour habitude de mettre de l’eau dans son vin. Le rapport quantité/prix s’en trouvant indéniablement affecté, un niveau de qualité supérieure est requis.
Ca tombe bien, Beyul commence fort avec un enchainement Oil And Water / The Last Day de très haute tenue. Yakuza nous y façonne ses classiques alternances de plages mélodiques et de bourrinades saturées de percussions et guitares perçantes ; puissant souvent, psyché quand il le faut et brillamment mélodique tout le temps. Man Is Machine épate par quelques plans d’empilement basse/batterie/saxo traumatisants, même si son faux rythme finit par lasser un peu. Bon, on n’est pas à l’usine, là, hein?
Fire Temple And Beyond remet des pièces dans la machine. L’alternance de besogneux riffs métalliques, d’espaces psychédéliques où basse et guitare se vrillent délicieusement et d’incantations mélod(ramat)iques y est splendide. Mouth of the Lion et Species, dans des registres respectivement prog’ et punk-métal, passent furtivement : deux histoires pliées en moins de 2 mn. Etonnant pour nos bavards chicagoans, mais Lotus Array conclue l’affaire de manière plus construite.
Au final, l’excellence du travail présenté ici est indéniable. Si on ne s’emballera toutefois pas autant pour cet album que pour ses prédécesseurs, c’est plus pour des raisons de formats et d’agencement que de qualité. Certaines idées mériteraient d’être plus développées, et au final un ou deux titres supplémentaires nous laisseraient moins sur notre faim. Beyul n’en reste pas moins un excellent moyen de découvrir un groupe incapable de toute manifestation de médiocrité.






Brasser la merde