
chronique · 12 décembre 2012 · Post-Rock / Metal
Deftones
Koi No Yokan
Je ne voulais pas parler de ce disque. Deftones en 2012, ça va, quoi, faut passer à autre chose maintenant. Trouver un CDI, acheter un trois pièces à Boulogne, écouter Grizzly Bear.
par Mattooh
Comme pour chaque album, la première écoute esquisse un déclin. Et puis, comme les détails au goût de reviens-y ne manquent jamais chez Deftones (nouvel onglet) (une ligne de chant qui accroche, un riff hyper compressé qui obsède), Koi No Yokan a eu, comme les autres, droit à de nombreuses secondes chances.
Et le salopard, comme tous ses salopards de prédécesseurs, a fini par m’avoir. J’irai même jusqu'à dire que c’est le premier Deftones à m’emballer autant depuis l’album éponyme de 2003.
Bon, on va pas se retaper l’histoire : de tous les groupes de métal en bermuda apparus au début des années 90, Deftones est aujourd’hui le seul à subsister avec dignité. Autre originalité : leur bassiste originel est dans un état de semi-conscience comatique depuis 2008, suite à un accident de la route. Le garçon se distinguait par un jeu simple et sobre, mais boosté par un son bien costaud qui lui permettait de se faire entendre, ce qui n’est déjà pas rien pour un bassiste de métal. Après un album de transition (Diamond Eyes, 2010), son remplaçant (Sergio Vega, de feu-Quicksand) parvient à en faire de même à quelques occasions – et ce en dépit des 8 cordes du guitariste, qui ont tendance à mordre sans vergogne sur les prérogatives fréquentielles de la basse.
Deftones n’a en tout cas pas attendu un changement de bassiste pour évoluer, dans le son comme dans la substance de ses compos. Parti de pures et dures riffs driven songs dans les années 90, Deftones a progressivement laissé s’exprimer les tendances les plus new-wave de son chanteur Chino Moreno. Jusqu'à flirter avec la pop synthétique et accueillir dans ses rangs un DJ (pour les ambiances, par pour les scratchs ; du calme), et sache que dans la musique heavy, même mainstream, on a lancé des fatwas pour moins que ça. Durant la dernière décennie, le métal des Deftones a développé jusqu'à l’excès ce côté spatial, mélodiquement appuyé sur des instrus lourdes et souvent léthargiques. Cela a pu occasionner des fins d’albums laborieuses, et de beaux singles mous : une sensation de peut mieux faire, souvent.
A l’écoute de l’enchainement Diamond Eyes / Koi No Yokan, il semblerait que Deftones en ait pris conscience. Si son rayon d’action est aujourd’hui plus large que jamais (de la charge Poltergeist au groove léger –léger pour 4 métalleux californiens, entendons-nous bien– du conclusif What Happened To You ?), le groupe n’oublie plus de donner de la dynamique à son écriture.
En résultent des titres volubiles et construits, comme Poltergeist, Tempest, ou Romantic Dreams. Des chansons dont on peut aimer une section et moins une autre, qui font preuve d’une vraie richesse là où Saturday Night Wrist (2006) sonnait souvent petit bras. Le guitariste Stephen Carpenter a notamment vu son obsession de sonorités toujours plus graves satisfaite. Au lieu de rajouter une corde détendue à sa guitare à chaque nouvel album, on le sent aujourd’hui plus attentif à l’écriture de riffs créatifs : les couplets de Gauze et Graphic Nature, à ce titre, sont de toute beauté.
Ces belles mécaniques modernes restant huilées dans la grande tradition de nos vétérans californiens, ceux qui n’ont pas grandi avec ce type de sonorités passeront à côté de ce septième disque comme des précédents. Le chant affecté, voire plaintif sur quelques refrains un peu trop épiques (Entombed, pénible) rendra toujours l’écoute impossible aux gardiens du temple blues, aux adeptes d’emballages lo-fi ou aux férus de minimalisme émotionnel. Cette chronique et ce disque ne leur étant pas destinés, il est recommandé de ne pas bouder son plaisir (coupable ?).






Brasser la merde
2 commentaires
Titou
La vache, j'ai écouté par curiosité car je pensais ma période Deftones loins derrière moi, mais il a suffit d'une écoute du morceau Leathers pour me remettre dans le bain !
kzrdt
J'ai quand même vachement l'impression, et même si ça reste toujours plaisant pour les mêmes raisons d'ailleurs, d'écouter tous les 3 ans le même album...
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