chronique · 11 septembre 2014 · Weird Rock / Metal
Opeth
Pale Communion
Il paraît déjà loin, le temps où Opeth usinait une pépite de death-metal progressif tous les 12 mois en moyenne. Dans la dernière décennie, le groupe s’est stabilisé sur une cadence moins industrielle : un album tous les 3 ans, avec à chaque fois un mini-scandale et un début de bronca chez les fans.
par Mattooh
Sur Ghost Reveries (2005), c’était l’arrivée des open tunings qui faisait causer, tandis que Watershed (2008) voyait le cercle des fidèles saliver sur le retour aux accordages standards et une certaine brutalité. Mais c’est avec Heritage (2011) que le groupe s’est vraiment mis à dos une partie de son public, puisque rends-toi compte, lecteur à capuche : le groupe y changeait son métal progressif en rock progressif.
Ne leur parlez plus de growls meurtriers, des saturations froides du métal moderne, de blast-beats punitifs ni de cavalcades rythmiques insensées. L’humeur est maintenant au grain des chauds overdrives 70’s et au chant intégralement clair, pour accompagner des compositions toujours aussi longues et chiadées mais nettement plus civilisées. Pour l’amour du risque, Opeth (nouvel onglet) s’est même offert une tournée growl-free à la sortie de Heritage, une démarche qui aura fait tourner de l’œil plus d’un mosher fondamentaliste. Et entre nous, Mikael Åkerfeldt n’a pas tort : il a salopé sa très belle voix pendant des années pour la cause du death, alors le garçon mérite bien une seconde partie de carrière moins meurtrière pour la gorge.
Ainsi depuis ce schisme, Åkerfeldt ne manque pas une occasion de rappeler à quel point il n’a que faire des métalleux bornés qui quittent le navire, et de déclamer son amour aux années 70, à ses beaux amplis à lampes et à la fertilité de sa scène progressive. Le métal ? Qui écoute encore ça ? T’as vu ce qui sort aujourd’hui ? C’est bon pour les jeunes cul-terreux, voilà.
Une chose ne change pas, en tout cas : Mikael Åkerfeldt reste le seul maître à bord. Le line-up du groupe n’a pas bougé cette fois-ci, mais les musiciens sont de toute façon au service des compositions du mastro, accrochés à leur contrat de travail qui stipule bien que leurs propres compositions, ils peuvent se les garder pour eux. Et c’est peut-être cette solitude à la barre et l’absence de contradiction interne qui en découle qui, à un moment, flétriront l’impeccable répertoire du groupe.
En attendant, la machine à écrire ne faiblit pas. Avec Steven Wilson (Porcupine Tree) de retour derrière la console de mix, c’est la dream-team de Blackwater Park (2001, meilleur album du groupe), Deliverance (2002) et Damnation (2003) qui opère ici, et le résultat est forcément à la hauteur. Schématiquement, l’album se découpe en deux mouvements avec en première partie trois compositions aussi denses que leurs titres (Eternal Rains Will Come, Cusp Of Eternity et Moon Above, Sun Below), faits d’alternances de prouesses instrumentales et de phases mélodiques efficaces ; du Opeth pépouze, classique même si pas métal (t’as compris, hein ?), qui en met plein la vue à l’ancienne.
En seconde partie, une enfilade de titres plus aérés où les les soli peuvent se faire crispants, et où les claviers mettent fréquemment les pieds sur la table pour nous empêcher de voir l’écran de guitares qui nous intéresse. C’est là que ça passe ou ça casse, parce qu’une balade comme Faith In Others longe quand même de près la frontière de l’inacceptable, avec sa mélodie lacrymale et son orchestre symphonique sans gêne. Pour le reste c’est souvent assez long en bouche, avec de belles broderies acoustiques (Elysian Woes) mais aussi des galipettes bien électriques (River). On note aussi Goblin, charmant instrumental hommage au groupe équi-nommé, qui confirme qu’après la révérence à Ronnie James Dio sur Heritage (Slither), Mikael Åkerfeldt n’a absolument pas peur de célébrer les chevelus les plus embarrassants de l’univers ; après tout, c’est ce qu’il écoute. Heureusement, si Opeth assume sans mal ce lourd héritage, c’est toujours sa propre vision, moderne et infiltrée de folk suédois et britannique, de riffs aux angles tordus et de d’arpèges virtuoses qui domine.
Opeth n’a jamais sorti de mauvais disque, et ce n’est pas aujourd’hui que ça va commencer. Mikael Åkerfeldt est un musicien brillant, et un type trop malin pour sortir quelque chose qui ne serait pas d’un niveau certain de qualité. Pale Communion est donc très réussi, comme n’importe quel disque d’Opeth et franchement, bien peu de groupes peuvent en dire autant après 11 albums. Mais en dépit de cette excellence formelle, je regrette quelque peu la chaleur d’Heritage et ses formats plus variés. Au milieu de la perfection un peu froide de Pale Communion, on peine de prime abord à trouver l’accroche émotionnelle, LE titre qu’on se passera en boucle, LA ligne de chant qui fait mouche où le passage où on pose le casque pour se dire « ah ils sont bons, les enfoirés ».
On verra comment cette affaire évoluera avec le temps, à commencer par la retranscription de ces titres sur scène - qu’on peut craindre un peu timide au début, puisqu’il faut reconnaître que le groupe ne fait jamais autant d’effet que quand il charge bien violemment. Après, comme à chaque fois qu’Opeth sort un album, on parle vraisemblablement du seul disque de prog’ créatif de l’année et qui ne soit pas qu’insupportablement pompeux ; alors rien que pour ça, autant ne pas passer au côté de Pale Communion.






Brasser la merde
3 commentaires
atreyu64
Même en étant fan du groupe, je n'avais jamais entendu parler de la polémique sur les "open tunings". Qu'est-ce que je suis content de ne pas être musicien et de pouvoir apprécier la musique sans rentrer dans ce genre de considération !
Sinon, album moyen pour ma part, tout comme Heritage. Non pas à cause de l'absence de parties death (je suis grand fan de Damnation), mais tout simplement parce que c'est émotionnellement moins fort et inspiré que tout ce qu'ils ont pu faire avant. J'aimais ce groupe à la base pour la grande mélancolie qui s'en dégageait (et pour sa complexité aussi, quand même). Bref, ça se laisse écouter avec plaisir, mais rien de bien mémorable.
Mention spéciale tout de même pour "Moon Above, Sun Below" que je trouve très classe.
Ahiga
Bonjour,
Excellente chronique, on ne peut dire le contraire je trouve....Oui le métal est moribond....Des "sons" bien plus violents et "impactants" tournent de nos jours.....Alors "Pale Communion"? Bien mais très bien comme album, je ne l'ai pas encore écouté de manière approfondie mais le premier ressenti est correct...."Heritage" sorti en 2011, est un monument du rock prog, superbement produit..... Mickael est très fort car même la période "death prog" (je passe sur la période "black", complétement ridicule) demeure excellente (qui peut prétendre que "Black Water Park" n'est pas dans le top 5 des albums death de tout les temps?).... Bref, une musique qui fait du bien à l'âme... Bises à tout la team "SQWW" qui m'a fait découvrir des pépites (Horror INC pour ne situer que lui et les titres "Phowa" et "Dans la Nuit")... Bon allez la journée commence, bises!
Ahiga
Ah j'oubliais il est tôt désolé... On verra si le Metal est mort quand on aura les nouveaux Tool et System of a Down sous la main... Si tant t'est qu'il sortent....
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