
chronique · 18 décembre 2012 · Post-Rock / Metal
Pig Destroyer
Book Burner
À mille lieues des putasseries death- et metalcore qui prolifèrent depuis plusieurs années, Pig Destroyer livre un cinquième album sauvage et revigorant, qui donne envie de consacrer son hiver à l'équarrissage de tout ce qui passe à portée de hache!
par Cynosargos
En matière de violence, avouons-le, le millésime 2012 ne m'a guère enthousiasmé. Pourtant, outre les infaillibles Converge et la nouvelle offrande du meilleur groupe du monde, j'ai nommé Unsane, il y a pas mal de bons et même quelques très bons albums (Gaza, Meshuggah, Neurosis, Napalm Death, Dying Fetus, Black Breath, Cattle Decapitation, notamment). Sans oublier des pousses prometteuses comme Seven Sisters of Sleep et Code Orange Kids, ces derniers pouvant légitimement revendiquer l'héritage de Breach. Malgré tout, je reste sur ma faim, dans l'attente que l'on m'expulse brutalement hors de ma zone de confort. Et voilà qu'au cœur de l'automne Pig Destroyer (nouvel onglet) sort de son abattoir pour m'administrer le coup de fouet tant espéré.
Ce quatuor de Virginie n'est pas un nouveau venu. Il sévit depuis 1997 et, s'il ne reste du line-up originel que le chanteur J. R. Hayes (Enemy Soil) et le guitariste Scott Hull (Agoraphobic Nosebleed), l'objectif n'a pas varié d'un iota: détruire du flic (pig étant, en american slang, un terme extrêmement péjoratif pour désigner le policier). À cette fin, Pig Destroyer puise tant dans le grindcore que dans le death metal, se jouant toutefois volontiers des codes propres à ces deux genres, jusqu'à s'en affranchir totalement. Ainsi, en 2008, sur l'OMNI Natasha, le groupe se départit totalement de l'identité qu'il s'était forgée jusque là pour explorer les contrées sludge, doom et drone en l'espace d'un unique morceau dépassant allègrement les 37 minutes!
Avec Book Burner, son cinquième album, il reprend les choses là où il les avaient laissées en 2007 avec Phantom Limb. Et il ne lui faut guère plus de 32 minutes et 19 titres concis – seuls 5 excédant les 2 minutes – pour nous faire goûter son art de la mise à mort. Avec ou sans préliminaires, procédant d'un déluge de coups ou d'un patient broyage d'os avec force double pédale, nombreux et fort divers sont les plaisirs qu'il nous procure. Et on en profite d'autant plus pleinement que Hull et sa bande se montrent très inspirés. Car, si Pig Destroyer n'est pas (encore) devenu une référence incontournable, ce n'est pas en raison de l'absence de basse – trait atypique mais nullement dérangeant en l'occurrence –, encore moins à cause d'une quelconque insuffisance technique, mais bien parce qu'il manquait à leurs compos ce je-ne-sais-quoi qui transforme un titre plaisant en un missile imparable. Cette carence est désormais comblée: sans concéder une once d'agressivité, ni de technicité (mention spéciale au nouveau batteur, Adam Jarvis, transfuge de Misery Index), Pig Destroyer est maintenant capable d'enchaîner avec fluidité des mouvements complexes et d'une efficacité égale indépendamment des registres mobilisés – assauts fulgurants ou travail de sape patient et en profondeur – grâce à des breaks soignés et bien sentis et surtout à des riffs brise-nuque que ne renierait pas Slayer (The American's Head, Eve, Valley of the Geysers, Burning Palm, Permanent Funeral).
À mille lieues des putasseries death- et metalcore qui prolifèrent ces dernières années, Book Burner est un disque sauvage et revigorant, qui donne envie de consacrer son hiver à l'équarrissage de tout ce qui passe à portée de hache! Une œuvre de salubrité publique, en somme.






Brasser la merde
1 commentaire
cvlthunter
"putasseries death/metalcore" : le rapport avec PD ? le même rapport qu'il y a entre BMTH et Nasum j'imagine. "En matière de violence, avouons-le, le millésime 2012 ne m'a guère enthousiasmé" : pas de bol t'es tombé sur les mauvais disques, ma cuvée 2012 à moi est terrifiante "nouvelle offrande du meilleur groupe du monde, j'ai nommé Unsane" : c'était pas en 2003, plutôt ? "seven sisters of sleep, pousse prometteuse, héritage de breach" : lol, oui oui, comme 90% du tout-venant toxicbreed...
on en reste là, non ?
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