
chronique · 15 mai 2013 · Musiques électroniques
Atom™
HD
"C'est un refrain que l'on retient, une mélodie qui donne envie de prendre la main de son voisin." Teki Latex
par C
Artiste aux multiples facettes, Uwe Schmidt aka Erik Satin, Señor Coconut ou encore Atom est connu pour offrir à des genres latinos tels que le reggaeton ou la rumba un nouveau souffle électronique. C'est sous le nom d'Atom™ qu'est sorti son dernier album HD : portrait d'une génération au cerveau drainé par la pop, en haute définition.
De tous les genres musicaux, la pop est le plus diffusé à la télévision et le plus vendeur, mais aussi celui qui évolue le moins. Couplet-refrain-couplet-refrain-bridge-refrain, voici la recette de ce que Pitchfork appelle "best new music". Ajoutez quelques coups de scalpel et un refrain suffisamment répétitif pour que l'on s'en souvienne à la première écoute, vous aurez un tube planétaire. La beatlesmania a ouvert la voie à un nombre infini de boys/girls bands que l'on fabrique aujourd'hui à la chaîne en Corée du Sud et sur Disney Channel. Expression artistique ou simple outil des médias de masse, difficile de trancher quand le premier morceau du nouvel opus de Phoenix s'intitule Entertainment. HD s'adresse aux relativistes timides, aux élitistes en devenir et à ceux qui rêvent de voir la tête de Justin Bieber au bout d'une pique pour le bien de leur prochain.
Pop HD, sonorité artificielle et synthétique, manifeste spirituel.
Glitch froid et saccadé, l'album commence avec Pop HD, relecture de Techno Pop de Kraftwerk. Les paroles en français annoncent l'engagement politique des morceaux à venir. "Le progrès, tradition et persistance, évolution, intrasigeance", les directives sont claires : tolérance 0 pour cette musique que l'on entend sans le vouloir. Le morceau s'arrête et reprend incessamment, l'auditeur pris au piège est forcé à se rallier à la cause de Schmidt. Vient Strom dont la progression laisse entrevoir la maîtrise parfaite qu'Atom™ exerce sur ses engins. Jamie Lidell, dont l'album éponyme est sorti sur Warp en février dernier, interprète la piste suivante et la seule dansante de l'album, I love U (Like I Love My Drum Machine). La voix rappelle Prince, les paroles sont légères, la fameuse drum machine mise en avant tout comme on aime. Caricature d'un blues démodé, The Sound of Decay entame la trilogie du vide centrale dans l'album. Suivi d'Empty, reprise acide de Video Killed The Radio Star dont le refrain "Empty MTV" vous hantera longtemps après l'écoute de l'album, et de Riding The Void, décrivant le vide intellectuel qui pèse sur le clubbing, basse dégoulinante et torpeur de fin de soirée sont de sortie, esthétisées à l'extrême. Tempête après le calme : Stop (Imperialist Pop), morceau le plus virulent de l'album et l'occasion pour Schmidt de condamner les géants du disque d'invasion sonore et de contrôle fasciste. Retour aux sources kraftwerkien et à leur Musique Non-Stop. "Gaga, Gomez, Timberlake, give us a fucking break". Ironie du sort ou anticipation, HD est sorti la veille de The 20/20 Experience.
Fascist control thanks to rock,n,roll
Corporate sound in dolby surround.
C'est avec une reprise "plus caricaturale tu meurs" des Who que le manifeste se poursuit. Cinquante en plus tard, la chanson n'a pas pris une ride. Génération figée ? La voix bégaie, le message se teinte de ridicule et se dissout en bruits mécaniques et autres grâcieux grésillements pour laisser place à une addition d'hertz hypnotique qui clôt cet album en beauté.
This is my generation,
This is my generation, baby
Alors que la musique se libère de la matérialité, elle semble être la proie d'une exploitation bien plus humaine : plus que jamais liée à l'économie, la musique est asservie par les médias pour véhiculer une image et dynamiser l'audience, toujours plus inerte de l'autre côté de l'écran. HD nous interroge sur la valeur qu'on lui accorde et la manière dont on la ressent. Uwe Schmidt nous invite à éteindre la télé et à prendre conscience que l'on est libre d'écouter ce que l'on veut. Le public de raster-noton étant déjà averti, le message s'étend à un public plus large, plus jeune, à la génération MTV : ceux qui consomment la musique comme un style de vie et non comme un enrichissement intellectuel.






Brasser la merde
10 commentaires
Merovee
A ne pas louper en concert - vu au Mapping Festival. Incroyable au point de faire passer le set de Kangding Ray pour quelque chose de fade.
Kyklops Karsten
dé-chire
KJGY
On peu pas dire que j'adore tout l'album musicalement parlant, par contre le discours général est vraiment super intéressant. "The Sound Of Decay" est vraiment démentiel par contre *_*. Merci pour la chronique, très intéressante.
Guillaume
chronique très intéressante, vous m'avez convaincu.
Gus
Merci de la chronique. Excellent album.
Damn Crunk
C'est bien beau tout ça mais c'est quand même une bonne grosse merde kitsch ce disque. A se demander ce que ça vient foutre chez Raster-Noton d'ailleurs . Et à quand le retour des disques intéressants chez SWQW, aussi.
braa braa
Quand t'investiras dans des cotons-tiges LOL
peter leurs chevilles
en effet, achete toi de quoi te nettoyer les oreilles sinon deux belles enceintes hi-fi...
Mouadro
Quelqu'un peut-il m'expliquer la phrase "Fascist control, thanks to rock and roll" svp ?
C
Atom fait ici référence au fait que la pop est un dérivé du rock n roll. Dans le même registre, les paroles du morceau Music Won't Save You des Suuns : And now I'm talking to the old god / About rock and roll / But the old god don't listen / To rock and roll
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