
Ce n’est pourtant pas faute d’avoir insisté, mais malgré toute ma bonne volonté, impossible d’apprécier ce nouvel album d’Efdemin (nouvel onglet). Pourtant, l’Allemand Phillip Sollmann est un des rares artistes house que je vénère, me laissant emporter par chacune de ses compositions. Il m’était tout simplement inconcevable de l’imaginer sortir un album ne serait-ce que médiocre. Et pourtant, avec Decay, ma déception s’accentue à mesure que les écoutes se multiplient. J’aurai pourtant tout fait pour l’aimer ce projet : écoute au casque, écoute au calme, écoute à fond, écoute en sourdine, écoute en mouvement, écoute paresseuse, écoute fragmentée,… Rien n’y fait, inutile d’insister.
Qu’est-il arrivé à Efdemin pour virer aussi « techno à papa » ? Depuis 2010 et la sortie du sublime Chicago, disque hommage à la house américaine, d’une classe affolante, d’un exigence folle, d’une érudition totale, l’Allemand n’a fait que tourner, distillant des DJsets dans les meilleurs clubs de la planète. Il y a quelques mois, il a décidé de s’éloigner des dancefloors pour s’attaquer à un 3ème album. Le voilà donc parti pour Kyoto au Japon, afin de trouver l’inspiration nécessaire dans la cité impériale. Mais si on connait l’inclinaison des japonais pour la perfection formelle, il est aussi bon de savoir que Kyoto est une « ville musée » certes gracieuse mais aussi et surtout terriblement ennuyante. Tout comme Decay, comme c’est étrange.
Efdemin s’est donc enfermé en studio, dans l’optique de créer un album autour du decay (la décadence et le déclin). L’idée aurait pu être intéressante s’il ne s’était pas englué dans une deep-techno aussi redondante que datée et, par là même, déclinante. C’est bien simple, il ne se passe absolument rien pendant une heure. On a beau patiemment attendre un peu de poésie, on passe son temps à s’ennuyer. La faute à un aspect deep tellement poussé qu’il finit par tout noyer. C’est dommage car derrière la basse molletonnée, on entend, parfois, quelques idées intéressantes : un trafic urbain, un dialogue de film, un vague gribouillis sonore,... Malheureusement, Efdemin a préféré tabler sur la puissance de sa basse plutôt que sur la fine imbrication d’éléments disparates.
Decay se contente de dérouler ses blocs monolithiques, non sans un certain talent cependant, car reconnaissons à Efdemin son aptitude à provoquer l’hypnose avec trois fois rien. C’est indéniablement le cas ici puisque l’on finit par se laisser porter par chaque morceau au bout de quelques minutes, mais c’est uniquement par la force des choses, et le moindre parasitage extérieur vous extrait immédiatement de cette hypnose de façade. Si seulement Efdemin avait su apporter un semblant de narration à ses productions, comme à l’époque de son premier album, on aurait peut-être pu se laisser prendre au jeu, mais l’Allemand a opté pour des monolithes aux angles arrondis et à la pesanteur assommante.
En somme Decay est une synthèse négative des deux premiers LP de l’Allemand : on retrouve l’aspect minimal du premier opus et la rigueur house du second. On se retrouve avec un album chiant, rappelant la techno à papa du début des années 2000, que ce soit sur Solaris ou Subatomic par exemple. Seuls deux morceaux sortent péniblement du lot : Some Kind Of Up And Down Yes avec ses nappes ambients et ses bleeps permanents ainsi que Track 93, deep-house vicelarde et moite. Deux, c’est trop peu pour un tel album.
C’est toujours douloureux de devoir admettre la défaite, mais c’est pourtant le constat qui s’impose avec Decay puisque Efdemin nous inflige un album tristement daté, tristement soporifique. Vite, oublions cet écart et attendons le retour du maître.






Brasser la merde
4 commentaires
Batman
Hmmmmm je sais pas... je peux comprendre cet avis mais moi je le vis plutôt bien cet album. C'est pas "Chicago" on est d'accord, mais il tourne bien sur ma platine sans m'en lasser. Mais peut-être suis-je moi-même aveuglé par ma vénération pour Efdemin je sais pas trop. En tout cas l'atmosphère me plaît, je m'y plonge en toutes circonstances. Et puis cette pochette est juste sublime, surtout au format vinyl bien sûr, et rien que pour ça je regrette pas. Je fétichisme beaucoup sur les pochettes. Voila on s'en fout mais je l'ai dit
Loket
J'le trouve honnête moi cet album. Pas incroyable mais honnête.
Roosterwing
Franchement je trouve la critique un peu dure... Je ne connais pas bien Efdemin, donc je n'avais strictement aucune attente. Pourtant, je le trouve cool. Dans un style un peu hors du temps et de ce qui se fait aujourd'hui, mais donc rafraîchissant. Hypnotique certes, mais pas dans le mauvais sens.
shadowbox
moi je la trouve plutôt juste cette chronique, en tout cas je m'y retrouve. À part Some Kind Of Up And Down qui est un petit bijou, c'est pas mal le néant. Track 93 me fait penser à du gros pompage de My Way d'Akufen, la même pour The Meadow, l'air me rappelle du Jus Ed en moins bon. très déçu.
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