L’électronica mélancolique est un registre particulier car s’adressant prioritairement à notre rapport aux souvenirs. Cette musique demande, le plus souvent, de prendre ses distances avec toute forme d’intellectualisation. En effet, la réflexion s’efface devant l’impact émotionnel. Ces albums prennent une tournure éminemment personnelle afin de trouver place dans nos songes. Ce sont ces albums que l’on garde enfoui en soi, que l’on cache secrètement dans un recoin de notre cerveau.
Ce domaine musical exige un lâché prise, une certaine candeur et une acceptation de nos faiblesses. Non que l’électronica mélancolique soit moins pertinente musicalement que d’autres genres (quelqu’un pour me soutenir que Boards Of Canada fait de la sous-musique ?) mais plutôt que le style flirte souvent avec une certaine naïveté, parfois avec une esthétique fleur bleue un peu trop marquée. Les bons albums d’électronica mélancolique sont donc rares et, justement, celui d’Express Rising (nouvel onglet) rentre dans cette catégorie tant recherchée.
Dante Carfagna est un musicien américain, basé à Chicago. Il a sorti en 2003 un premier album à la réception confidentielle. Il en sera de même avec ce second exercice, sobrement baptisé Express Rising II, puisqu’autoproduit. Pourtant, les fans de folktronica satinée seront comblés par ces 11 vignettes d’une rare justesse émotionnelle. A mi-chemin entre les ballades contemplatives d’Helios et les douces partitions éthérées d’Explosions In The Sky pour la B.O. de Friday Night Lights, Express Rising déroule avec fragilité ses ritournelles.
Express Rising II s’appuie en grande partie sur de fines boucles de guitares lointaines et sur une rachitique rythmique downtempo. On se laisse alors bercer par ces tendres comptines qui prennent rapidement place dans notre esprit pour mieux jouer avec nos souvenirs. Car toute la magie de cet album est de constamment faire appel aux errances émotionnelles de l’auditeur, dans l’unique but de mieux l’amener vers un terrain hospitalier, vers un lieu enfoui dans son cerveau où il peut enfin trouver repos.
Express Rising dépasse alors le cadre étroit de la musique pour vous installer dans un cocon et mieux raviver vos souvenirs. On s’y sent tellement bien que l’album passe d’une traite, vous empêchant d’isoler tel ou tel morceau. Lorsque s’achève la traversée, vous n’avez plus qu’à recommencer encore et encore, dans l’espoir que le temps enfin s’arrêtera ici, dans cet instant fugace mais éternel.






Brasser la merde
5 commentaires
Julien_LL
Très joli. Aussi joli que le premier mais nettement différent (le premier a effectivement ce côté trip-hop que l'on ne retrouve pas du tout ici).
djedje
Non, personne pour te soutenir que Boards of Canada fait de la sous-musique..!
pascal
Non, toujours personne.
Heardrums
Ce nouvel opus fait plaisir après 10 ans d'attente. Je regrette ses batteries si particulières. Les guitares m'ont donné envie de réécouter Nosunnofood ! http://edisonbuttons.bandcamp.com/album/nosunnofood
Barbosa
Ici non plus pas de soutien. Désolé!
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