silent weapons for quiet wars

Pochette de Blue Gardens

chronique · 13 septembre 2013 · Musiques électroniques

E.M.M.A.

Blue Gardens

par Julien Lafond-Laumond

Le propos est assez simple : Keysound Recordings (nouvel onglet) ne se trompe jamais. Alors que l’écrasante majorité de la bass music anglaise bat de l’aile, peine à se renouveler et à convaincre ses passionnés historiques, Keysound, lui, continue en toute tranquillité son bonhomme de chemin. Il serait faux d’affirmer que ce label est un label moteur, comme ont pu l’être il y a quelques annéesTempa ou Hyperdub ; non, le créneau de Keysound est plutôt celui de l’excellence artisanale – structure classique, authenticité manuelle et signature discrète. N’empêche, cette approche raisonnable de la bass music est très appréciable : le savoir-faire et le respect des ainés servent de socle à des petites originalités forcément mieux maîtrisées, mieux intégrées puisqu’appuyées sur des recettes qui, depuis longtemps, marchent. Ainsi, les derniers LP sortis chez Keysound possèdent tous à la fois modernité et efficacité bien-fondée, dans une espèce de crédibilité évidente qui évite tout dérapage.

L’équation est la même pour les albums de LV & Josh Idehen, Sully, Damu ou LHF ; idem pour les EP de Wen, Beneath ou Logos. Je ne vais donc pas vous étonner en affirmant que le premier album d’E.M.M.A. est aussi de cet acabit. Il est d’une très bonne facture formelle et possède son petit charme bien à lui. Concrètement, E.M.M.A. s’appuie sur des rythmiques garage et des basses old-school traditionnelles, mais qui sont seulement utilisées comme base de lancement pour une orgie de mélodies analogiques et IDM. Blue Gardens n’est donc pas un album taillé pour le dancefloor : c’est un album rêveur, flâneur, où l’imagerie electronica germe en plein milieu hostile des caves anglaises.

Pour être honnête, il semblerait qu’Emmaline Davis soit plus à l’aise dans les frises mélodiques que dans le groove - et ce n’est pas qu’une questionnement de positionnement artistique. Ses rythmiques manquent d’un peu de feeling, d’un peu d’autorité, et se contentent malheureusement généralement de soutenir les synthés ou seulement de les attendre. C’est le point noir du disque : un son dirty qui ne correspond pas tout à fait à la dynamique légèrement plan-plan des compositions. Pour autant, écouté un peu distraitement, avec une attention flottante, Blue Gardens est parfaitement agréable, coloré, touchant et bien construit. Franchement, si l’on veut écouté un disque d’inspiration UK pour s’endormir, c’est quand même une autre came que le Moderat. Blue Gardens contient même un morceau qui pour le coup mérite tout notre respect : « Jahovia », avec en featuring le légendaire Rebel MC (nouvel onglet). Dans ce titre idéal, le vieux rasta se retrouve en plein Blade Runner et clame sa diction roots dans un décor futuriste des plus mélancoliques.

E.M.M.A. remplit donc sans difficulté le cahier des charges Keysound: Blue Gardens est un disque de bass music bien au-dessus la mêlée. Sachant que la mêlée est écroulée comme un vieux tas de merdes, ce n’est pas tout à fait une prouesse, mais quand même, ça fait du bien.

Julien Lafond-Laumond

Brasser la merde

1 commentaire

  1. freaker

    Le disque a pas mal tourner chez moi pendant l'été pourtant j'ai eu du mal aux premières écoutes, bref content que vous en parliez.

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

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