
Nous avions tout juste eu le temps de nous remettre de Gravity (ici), qu'à peine quelques semaines plus tard était annoncée la sortie d'Horror Vacui, réactivation tant attendue du projet Hecq de Ben Lukas Boysen. Alors on ne va pas se mentir, mais plutôt se répéter... encore. Hecq est un génie. Il est à Hymen Records ce que Richard Devine est à Detroit Underground, ce qu**'Access To Arasaka** est à Tympanik. Ou pour être encore plus clair, ce que Francis Cabrel est aux "Rencontres d'Astaffort" : l'hôte indispensable, celui qui tient la baraque.
Entre sa première et humble réalisation (A Dried Youth) et Avenger (viol sans vergogne du dupstep sorti en 2011), huit longs formats sont sortis en dix ans. Chacun détient sa vérité pour ce qui doit être son "meilleur album". J'avoue pour ma part affectionner plus particulièrement Scatterheart et Night Falls, mais on s'en fout. L'allemand a brassé tous les "sous-genres" apparentés à la musique électronique à tendances post-industrielles sans jamais se planter. Jusqu'à délaisser ce qui relève purement du laptop pour des musiques autrement "plus écrites" : les bandes originales de Restive et de Mother Nature (ici (nouvel onglet)), ainsi que sa très réussie fusion entre piano et ambient céleste Gravity (paru cet été chez Ad Noiseam). Bla bla bla, on en a déjà parlé plein de fois.
Horror Vacui est finalement un album anniversaire, celui qui vient relier les dix années de carrière de Ben Lukas Boysen. Avec ce qu'il faut comme invités renommés à la table des convives pour festoyer dans l'opulence et la jouissance sans entraves ? Oui, mais pas complètement. Puisque ce côté "bougies soufflées" donne à l'ensemble des allures de collection dépourvue du moindre concept.
Hecq, c'est ce type qui en deux cuts et trois breakbeats t'a toujours fait comprendre que personne n'est à son niveau (doucement quand même, c'est pas le rap game). Alors certes, sa fougueuse jeunesse a sans doute un peu pris la grêle, ses élans démonstratifs impressionnants se taisent peu à peu pour ne laisser place qu'à la maîtrise et à l'amusement.
Hecq a mûri, n'a pas étudié la balistique, mais sait que les projectiles lents sont ceux qui font le plus de dégâts lorsqu'ils perforent le coeur de cible. Voilà pourquoi, après avoir parfait son sound design pendant des années, des titres comme rec1 et flame1 sont de vrais parpaings dans la gueule d'une scène qui peine à se renouveler. Pas parce que lui révolutionnerait quoi que ce soit, mais parce qu'il n'y a plus là de comparaisons à faire, de références à chercher pour pouvoir "name dropper" comme un sagouin.
Hecq est une bestiole qui fonctionne à l'instinct, livre sa partie comme le feraient Lino ou Jean Gabin. C'est pas le genre de mecs à qui tu demandes ce qu'il utilise comme matos, pas celui à qui tu squattes l'épaule pour contempler l'interface de son séquenceur en plein milieu du set. Tu ne veux pas savoir pour la simple et bonne raison que tu ne veux pas de faire de mal. Tu fermes ta gueule, tu écoutes, et tu apprends. Tu le laisses te dresser des tapis de beats comme toi tu te bouffes un sandwich. Tu emmagasines les nappes cuivrées et les cuts chirurgicaux en contre-point. Tu baisses la tête, ou tu ronges ton frein.
Sans même parler de dkmajestic, tellement "bad ass gangsta glitch j'te pète la nuque t'as vu", qui contient juste ce qu'il faut de vélocité rythmique pour te calmer, avant le déboulé de ces trois (putains) de notes de synthé qui viennent d'ailleurs et d'un autre temps. Malgré ses deux (ou trois) phases plus ou moins répétitives qui n'apportent pas grand chose (si ce n'est une terrifiante maîtrise technique), on y ressent une telle facilité d'exécution que c'en est presque énervant. Gros, gros titre. Tant et tellement qu'il en écrase complètement le reste.
Ce n'est d'ailleurs pas qu'une impression car en dehors de ces trois titres, il n'y a pas grand chose sur quoi réellement s'extasier. Ceci n'est pas de l'aigritude, juste une attente peut-être démesurée, mais à la hauteur de ce qu'un mec de ce rang doit livrer. Alors oui, il y a bien l'impressionnant 243p, rap instrumental infecté et radio-actif dans l'esprit comme dans la forme, sur lequel on aimerait bien voir se poser un sauvageon des bas-fonds. Et aussi Relay, relative réussite ambient de clôture, qui me fait peut-être trop penser à un titre du projet Aix Em Klemm pour lui offrir une mention d'excellence. Mais le reste (du moins jusqu'aux remixs et ré-interprétations) ressemble quand même à s'y méprendre à des fonds de tiroirs, à des inédits d'époque non retenus sur ses albums précédents. Ce n'est jamais mauvais, ni transcendant. Ceci dresse des ponts entre les différents éléments de la collection (la discographie entière), mais pas de quoi se faire des ablutions (sauf si pour toi deux relents dub et trois réverbérations font un chapon. ref à flame II).
Du côté des remixs, Frank Riggio revisite 0001 en apprivoisant les sauvages arrangements d'origine*,* avec le sens inné de la nuance, de la fracture et du mix parfait qu'on lui connait. Il y a là pour moi tout ce que doit contenir un remix (et dieu sait que je n'aime pas ça, les remixs). Juste ce qu'il faut de respect pour l'original, et suffisamment d'inspiration pour lui apporter quelque chose (toute référence à la reprise de the descent par Roel Funcken est tout sauf fortuite). Puisqu'on est jamais mieux servis que par soi-même, Hecq est débranché pour que Ben lukas Boysen se charge (dans un style très Gravity dilaté) d'offrir une nouvelle naissance à Come Home. Je n'ai pas d'avis objectif à livrer à propos du boulot de Dean Rodell et de Si Begg, pour la simple et bonne raison que le dubstep m'a toujours fait chier des truites. Sans la moindre surprise, je n'ai par contre pas assez de mots pour dire à nouveau combien le boulot de Christoph Berg (Field Rotation) m'impressionne. Dans son style immédiatement reconnaissable, avec classe et avec une orchestration à destination des esthètes, sa pudique et nébuleuse ré-interprétation de Night Falls me dresse les poils et le reste.
Malgré certaines critiques que l'absence de concept renforce forcément, les fans de Hecq trouveront ici largement de quoi se réjouir. Je mets un petit bémol car pour moi, Horror Vacui n'est juste pas un album au sens propre du terme. Je le prends pour ce qu'il est : une collection de titres inédits pour célébrer les dix ans de carrière de son auteur. Ceci n'est pas une fuite, j'attends juste la suite.






Brasser la merde
3 commentaires
Rupiah
Pourquoi Hecq a t-il droit à tant d'éloges alors que le duo anglais Koan Sound n'a jamais eu une ligne dans l'un de vos articles? La qualité de leurs productions est égale à celle de Hecq, et ils n'ont même pas 20ans. Ca mérite qu'on y prête attention, ce qu'on déjà fait Aphex Twin et Amon Tobin (entre autres)...
Guigeek
... Koan Sound au niveau de Hecq ? C'est du troll j'espère... :p
Gumo Vitya
Qualité de Koan Sound égale à Koan Sound? Dans un autre univers peut-être!
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