silent weapons for quiet wars

Pochette de II

chronique · 20 août 2013 · Musiques électroniques

Moderat

II

L’été est une saison chiante dont le point culminant est l’étouffant mois d’août. Les bars sont vides, les potes se sont barrés à la plage, l’épicier du coin est parti au bled, le ciné dégueule ses blockbusters en V.F. et les nouveautés musicales sortent au compte-goutte. C’est d’ailleurs le moment choisi pour évacuer les disques embarrassants. Et ce second opus de Moderat trouve parfaitement sa place dans cette moiteur insipide.

par B2B

Parce que s’il y a bien un putain de disque surcoté ces derniers temps, c’est celui-ci. Véritable ode à la suffocation émotionnelle, II est un tank envoyant des boulets de vaseline. Mais cela n’est en rien une surprise tant le premier exercice était déjà un modèle d’escroquerie. Alors oui, un New Error (nouvel onglet) fait toujours son petit effet dans une soirée pour faux branchés, idem pour Rusty Nails (nouvel onglet). Je ne vais pas faire la fine bouche, moi aussi ça me titille les connexions synaptiques quand j’entends ces deux morceaux, bourré à 3h du mat’. Mais l’effort s’arrête ici car dès que l’on tend un minimum l’oreille, on saisit la faiblesse des compositions et cette volonté trop manifeste de vouloir plaire à tout le monde. On peut voir ça comme un tour de force, de mon côté, j’y vois surtout des intentions mercantiles clinquantes.

En sortant II, Moderat (nouvel onglet) confirme cette idée de vouloir à nouveau duper le quidam. Faut dire que les carrières solos de Modeselektor et Apparat ne sont pas au beau fixe. Les premiers végètent péniblement dans une sphère eurocrunk vaseuse car mort-née. Depuis le premier album, c’est le naufrage complet alors même que leurs concerts attirent toujours plus de pré-pubères fans de tuning. Pour le second, le problème est autre. Depuis que Sascha Ring pousse la chansonnette sur des compositions mélancoliques, la critique pop se paluche et les filles papillonnent. Enième foutage de gueule lubrifié dont The Devil’s Walk est le plus détestable représentant.

II est de l’esbroufe pure, un objet qui derrière son côté hautement mélancolique se révèle surtout soporifique. Que le duo choisisse de laisser de côté la techno pour l’électronica de pucelles n’est pas le principal problème. En fait, c’est la rigidité de l’entreprise et son aspect trop étouffé, trop propre qui le dessert. Moderat s’embourbe dans un 2-Step blafard sous perfusion Burial, dans du UK Garage creux car aseptisé. C’est triste, d’autant plus que II est bien moins pupute que le premier album et que les textures y sont finement travaillées. Ici, point d’hymne techno mais uniquement un déferlement de tracks jouant sur le chantage affectif pour les morceaux les plus soft, quand ce n’est pas sur la prise d’otage émotionnelle pour les envolées emo-pop. Et ce moment critique est atteint soit par le chant sirupeux d’Apparat, Gita, soit par des synthés dégoulinants, Therapy.

Tout l’album patine, n’arrivant jamais à trouver une cadence appréciable. Car le pire étant que malgré ce trop-plein émotionnel, l’album reste plat. L’orchestration caverneuse de Bad Kingdom ou le 2-Step enveloppant de Versions n’y feront rien tant tout est contrôlé à l’extrême dans un souci de tout arrondir pour mieux aplatir. Un seul morceau sort du lot : Milk dont la belle échappée techno au finish aérien saturé se révèle être l’unique titre où la rigueur de l’immobilisme apparaît comme un atout.

Cependant, je ne suis pas hermétique et peux aussi comprendre que l'on puisse aimer ce genre de disque (c'est d'ailleurs le cas de certains membres de la rédaction). On peut d'ailleurs lire moult chroniques positives et bien argumentées expliquant à quel point l'aspect emo de II est sublime (je pense en premier lieu à la très bonne analyse des Chroniques Automatiques (nouvel onglet)). Malheureusement, j'ai toujours été hermétique au chantage affectif que peut/veut parfois imposer la musique. La conséquence est sans appel : malgré la tentative louable de ne pas tomber dans la redite, ce deuxième album de Moderat est un échec. Ce n’est pas avec un tel produit emballé sous vide que Modeselektor et Apparat vont pouvoir remonter la pente. Bien au contraire, la chute se poursuit inéluctablement.

B2B

Brasser la merde

18 commentaires

  1. Miozoim

    Tu vas t'attirer les foudres, ça va être génial ! Concernant cet album je suis du même avis que toi, c'est franchement chiant et sans surprises.

  2. Curtis

    J'ai pas aimé ce disque non plus, il m'a ennuyé. Cela dit, je tilt sur l'accroche de la chronique.. « Chantage affectif ». Je trouve ça vraiment con, comme formule, surtout pour de la musique. Alors, on devrait partir du fait que dès qu'un groupe propose des mélodies un peu simplistes, qui seraient là dans le seul but d'émouvoir l'auditeur, l'auteur qui les a sorti de son cul ferait du chantage affectif pour aller chercher les petits coeurs de midinettes enfouis en chacun de nous et de part ce fait, vendre des disques ? Si tu proposes ce raisonnement, gars, tu peux remettre en cause tellement de groupes et de genres musicaux à travers l'histoire... C'est presque pas imaginable.

    Je doute qu'Apparat et ses potes, là, ils aient réfléchi à une telle manipulation, honnêtement. Je leur donne le crédit (je devrais peut-être pas, hein) de faire la musique qu'ils aiment, qu'elle soit mélancolique, mélodieuse, émotionnelle ou que sais-je. Si ces trucs de petites filles, ça te touche pas du tout, OK, mais je ne vois pas en quoi tu peux parler de chantage affectif, franchement...

    1. B2B

      Je vois surtout deux types de manipulation : - celle qui est complètement assumée, flirtant avec le kitsch, et hautement contextuelle (par exemple le dernier Washed Out, que je trouve très agréable tellement le côté fleur bleue est exacerbé). Là, il s'agit d'une manipulation fonctionnant sur un commun accord avec l'auditeur. - celle qui veut me la mettre à l'envers, de façon sournoise car faussement assumée. Bien entendu, je range Moderat dans cette section. J'opte ainsi pour l'idée qu'Apparat et Modeselektor sont avant tous des calculateurs (et bien entendu, je peux me tromper).

      Tout cela est forcément très subjectif, je ne m'en cache pas. C'est d'ailleurs pour cela que je tempère mes propos dans la conclusion.

  3. John Trent

    Apparat sur le pente descendante? Devil's Walk était peut être en effet bien en deca du superbe Walls, mais Krieg und Frieden est un des albums de l'année!

  4. B2B

    Quelle merde de "Krieg und Frieden" : http://www.swqw.fr/chroniques/musiques-electroniques/apparat-krieg-und-frieden.html

  5. Curtis

    @B2B : Calculateurs ? Ouais, peut-être. Après tout, vendre le truc, ça fait aussi parti du jeu, non ?

    Tu as raison, c'est subjectif, et tu as précisé que certains adoraient. Dans ce genre d'optique, il faut simplement avoir un ressenti sur l'émotion de la musique. Tu l'as trouvé fausse, d'autres l'ont trouvé en adéquation totale avec leurs sentiments. C'est parfois bizarre...

  6. kief

    Merci B2B! Je m'imaginais bien à la rentrée que ca allait brasser des tonnes de merde sur cette chronique et sur la soupe qu'elle concerne, c'est bien parti...

  7. lambdachronicles

    Alors je ne rebondis pas sur la chronique, puisque elle me semble non négociable tant du point de vue du fond que de la forme, je rebondis juste sur ce qui se dit sur Les Chroniques Automatiques, dans le sens ou oui c'est vrai cet album a quelque chose comme 4 à 5 ans de retard. Ca serai sorti a cette époque, je suis certain que ce style un peu kitch aurait fait un carton. Cela étant dit j'ai été touché par ce disque, pas parce qu'il m'as fait pleurer comme une pucelle ou ému plus qu'un requiem de Mozart, non juste parce qu'il ma renvoyer dans le passé, un passé qui était bien sympa et que j'ai eu plaisir a me remémorer. Sylvgheist Maëlstrôm a beau être génial, il ne m'évoque rien de vécu, rien qui ne me concerne, et c'est aussi un peu de ca, ce qui compose la charge affective pour un album, des trucs pas théorisable, pas chronicables, des trucs que le bon gout avec tout son discernement ne peut toucher.

  8. Paranoiak

    Ces 2 phrases de cette chronique résument parfaitement mon sentiment :

    "Alors oui, un New Error fait toujours son petit effet dans une soirée pour faux branchés, idem pour Rusty Nails. Je ne vais pas faire la fine bouche, moi aussi ça me titille les connexions synaptiques quand j’entends ces deux morceaux, bourré à 3h du mat’" (ces morceaux sont à la limite...)

    "Enième foutage de gueule lubrifié dont The Devil’s Walk est le plus détestable représentant." (je ne peux que plussoyer)

    Merci pour cette chronique très juste ! :D

  9. lexo7

    Coucou, loin de moi l'idée d'étayer vos brassins respectifs dans un sens ou dans un autre, au sujet d'un album qui m'en touche une sans secouer l'autre, mais une question me taraude. C'est quoi le lien avec Sylvgheist Maëlström dans tout ça ? C'est quoi l'intérêt de citer le nom d'un indé pour justifier tout ce à quoi te renvoie la zic d'Apparat ? C'est un peu comme si je commentais un album de pop anglaise en disant que ça ne me transit pas, pour la simple et bonne raison que ça sent pas assez le sapin. Je cherche juste à comprendre.

    1. lambdachronicles

      J'en sais rien j'ai pas fait une thèse sur le sujet avant de réagir, je crois que ca ne justifie pas ce que me renvoie cet album de Moderat, c'étaitun simple exemple j'aurai pu en citer 15 autres sans pour autant y mettre un quelconque lien caché ou pas entre eux, ce que je dit c'est que certains albums dont la qualité artistique est faible mais sont pour moi évocateur du passé font que je peux les apprécier, je peux te citer d'autres trucs comme Maëlström, ou d'autres qui eux sortent des prod d'une qualité que je juge excellente mais qui ne m'évoquent rien, hormis l'oeuvre elle même et me laisse indifférent. Autre exemple prends l'excellent Album de Raoul Sinier "Welcome to my Orphanage" , ben la c'est un mix des deux, c'est d'une qualité artistique extraordinaire et en plus ca a un fort pouvoir évocateur, des influences qui transpirent, une sensations que certaines sonorités du passé (des années 70 à 80) ressurgissent un vrai job de magicien (de musicien !! merde je me trompe toujours). double raison de l'apprécier. Quand je lis une de vos chronique, la plupart du temps je ne vous accorde que la moitié du crédit, la moitié parce que globalement quand tu n'aimes pas je suis pas loin derrière sauf que y a des trucs que t'as défoncé qui m'ont procuré beaucoup de plaisir et d'autres que t'as encensé et qui m'ont laissé de marbre (hormis le fait que tu avais raison et que musicalement ca pouvait être grand).

  10. Mat the Broot

    Bien d'accord camarade!

  11. Globule

    Je suis en train d'écouter, pour voir, et ça a l'air vraiment chiant.

  12. AB

    Ce lexo m'a l'air d'être un sacré trouduc.

    1. Bukolixx

      Et toi tu m'as l'air d'un être ouf malade dans ta tête non?

  13. lejusticier

    Vous êtes toutes des chialeuses, j'arrive pas à croire ce que je lis! Eh, rentre chez toi le chroniqueur avec tes analyses, si tu trouve cet album tellement chiant retourne écouter de la techno binaire. Je te conseille Benny Benassi, sa devrait peut être toucher le peu de fond musical que tu possède. A moins que tu sois déjà en train de te toucher sur du DJ Tiesto...

  14. B2B

    "Troll du mois" clap clap clap

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

    dans le même courant · musiques électroniques

    En attente