
chronique · 8 octobre 2014 · Hip-Hop / Rap
Flying Lotus
You're Dead !
Here is something you can't understand, how I could just kill a man.
par Lexo7
Là où on oublie les autres en se demandant un peu s'ils ont réellement existé (Dorian Concept, Free the Robots, etc), Flying Lotus, désormais à des années lumière de ce qu'on avait tenté de baptiser glitch/liquid hip-hop, continue de truster l'actualité. Artistiquement, bien sûr, mais aussi à la tête du désormais reconnu label Brainfeeder. On peut même faire de lui un symbole, tant il est parvenu à hisser son art là où beaucoup s'éclatent les figues sans maîtriser le grand écart : entre l'underground et le mainstream. Qui aurait pu croire à l'époque de 1984 ou de Los Angeles, que cet obscur neveu d'Alice Coltrane produise un album de Mr. Oizo et invite Thom Yorke ou Snoop Dogg à poser sur ses productions ? Pas grand monde assurément. Car quoi qu'on en dise ou pense, il faut une sacrée dose de talent pour parvenir à pareille "synthèse", où tout ne repose pas uniquement sur le sampling. Néanmoins, même si son talent est aujourd'hui plus que jamais incontestable, ses albums et son travail au sens large illustrent quelque chose de beaucoup plus nuancé, voire plus triste en réalité.
Depuis Cosmogramma, je ne sais trop pourquoi je m'évertue à écouter les disques de Flying Lotus. Peut-être parce qu'à tort, j'attends encore qu'il me surprenne, parce qu'avec le talent qui est le sien et les moyens qui sont mis à sa disposition, il pourrait être l'artisan du concept rarissime "c'est tellement mieux maintenant". Parce que je voudrais qu'il se montre plus radical, plus puriste aussi. Qu'il arrête de composer des morceaux qui ne seraient pas grand chose sans les clips qui leur sont associés, là où des mecs comme Thom Yorke, Snoop, Erikah Badu ou Kendrick Lamar n'ont au fond absolument rien à foutre, sinon faire "smart & open minded" comme quand on expose ses invités connus à une soirée pas assez branchouille. En fait, je crois que j'attends juste qu'il devienne cet héritier de Herbie Hancock, celui qu'on a toujours soupçonné mais qui ne s'est jamais révélé. Tu vas me dire ça tombe bien, le deuxième et quatorzième titre du disque, Tesla et le splendide Moment of Hesitation, sont un peu plus que des hommages puisque Herbie y est crédité aux claviers.
19 titres. 38 minutes. Déjà ça commence mal sur le papier, puisque j'avais déjà reproché à Until the Quiet Comes son empilement de formats courts fourmillant certes de bonnes idées, mais où il n'avait pas le temps de suffisamment les pousser pour les rendre réellement pertinentes. Et pourtant, l'enchaînement de départ Theme/Tesla est absolument excellent. On sent qu'il a su s'entourer, que quand Thundercat ferme sa gueule et garde ses doigts à l'abri des consoles et des potards, bah il joue quand même vachement bien de la basse. Là, on peut légitimement penser que la dérive psyché va glisser, que ça va tenir la route sur un album en entier. Mais ensuite, à peine impressionnés par le saxophone de Kamasi Washington étouffé par des claviers bien trop criards, voilà que déboule un de ces fameux titres juste bons à servir de "single" à la con. Never Catch Me. L'instru est tout sauf mauvaise, touchée par cette même et constante luxuriance instrumentale extrêmement bien produite. Mais Kendrick perd pieds, ou mieux, disparaît dès que la batterie fait autre chose que simplement rouler ou cliquer. Il se fatigue très vite, et nous aussi. Normal, le titre n'a probablement pas été conçu pour lui. T'auras quand même le droit de te taper le clip en fin de chronique. Next, et vite.
Direct derrière, Dead's Man Tetris, démonstration très bien faite mais résolument indigeste de "future jazz" aux accents wobblisants, où Ellison saisit sa casquette la moins éloquente : celle de MC/chanteur. Là c'est pareil qu'au dessus, le couplet de Snoop Dogg fait son ptit effet. Mais pas plus d'une minute. Si on ajoute à celà la batterie assommante de la première partie de Turkey Dog Coma (la deuxième eut été excellente sans les voix, grâce aux très beaux arrangements de cordes), y a de quoi flinguer au moins l'écoute des trois pistes suivantes, encore plus quand on y retrouve les voix sirupeuses au possible de Thundercat et des chanteuses/choristes des albums précédents.
L'oreille se fera donc plus distraite (le mot est faible) jusqu'à un toujours trop court Ready Err Not, perdu dans l'espace et le temps, vaguement 8-bit mais joliment rétrofuturiste. Arrive un peu plus tard le plus beau titre du disque, Moment of Hesitation, où les batteries et les strings sonnent encore plus divinement bien qu'ailleurs, et où on est très loin de cette vulgarisation jazz qu'on pouvait critiquer à une certaine époque. Très gros titre, qui soulignera encore mieux le total non intérêt des digressions vocales de ces détestables *garçons qui meurent dans leur slip.*Là l'oreille décroche, ne reviendra pas, bien aidé il est vrai par le dégoulinant mais sévèrement bien beaté final de The Protest.
A vrai dire, Flying Lotus est assez constant dans un effort qu'il ne pratique que trop peu. On retient de ce You're Dead ! deux ou trois titres, on en oublie rapidement plusieurs qui auraient mérité qu'on s'y attarde. La faute à des pommes pourries qui gâchent toute la récolte, celles qui ne servent qu'à gonfler les egos des suiveurs des cotes youtube et des compteurs deezer ou spotify (tu sais, ces trus glorifiant la gratuité de droite). Malgré son génie et ses grands talents d'enlumineur, Fly Lo s'est une nouvelle fois perdu entre ses différentes facettes de pur producteur, de beatmaker, de mc/chanteur et de chef d'orchestre. Il est à mon sens avéré que la seule qu'il maîtrise ici réellement est la première citée. J'ai envie de le buter mais nul doute sur le fait que j'écouterai le suivant comme j'ai écouté le dernier. Rien n'est grave, Flying Lotus est bien installé dans l'époque qui le sanctifie. Il fait des disques qu'on continue de télécharger mais que l'on achète plus.






Brasser la merde
11 commentaires
P_I_erre
"Il fait des disques qu'on continue de télécharger mais que l'on achète plus.", tellement triste et tellement vrai, on serait tenter de faire l'analogie facile de l'ex avec qui on recouche un soir de beuverie...c'est vrai que depuis cosmograma on attend flying lotus, mais on attend quoi au final ?
Bonaventure
Tellement triste et tellement vrai
CaptainTagada
De toute façon, c'est nul le rap. C'est bien mieux, ça
https://www.youtube.com/watch?v=rJppnG1tflU
En plus, y a de bonnes chorégraphies.
Roch
A chaque fois que je vois le nom de Lexo7 en haut d'une chronique d'un gars qui a fait ses gammes dans la musique, et à moins que ce soit du drone, j'ai le sentiment désagréable de savoir ce que je vais lire. Et de même que Lexo explique à quel point des albums comme Syro ou You're Dead! ne l'ont pas surpris, je ne suis pas surpris qu'ils ne l'aient pas surpris. Et je ne serais pas surpris de lire que le prochain album de n'importe quel mec un brin connu le fait bailler d'ennui.
Et l'ennui dans tout ça, c'est cette impression de systématisme ; si le "My Love Is A Bulldozer" de Venetian Snares a réussi à passer en se faufilant entre les boulets de canon, et encore, tout juste, l'association de la chronique de la dernière sortie d'un gars dont le dernier album a marqué les esprits avec le nom de Lexo7 me fait tout de suite penser à un bout de viande que l'on lance à un chien dans une fosse.
Bien sûr, je ne peux pas non plus attendre de Lexo7 qu'il laisse tranquille les musiciens sous prétexte qu'ils ont fait leurs preuves par le passé ; en revanche, j'ai l'impression que le phénomène inverse se produit. Cette apogée (Cosmogramma pour FlyLo) devient un cadre de référence, au filtre duquel toute sa discographie future sera observée. Lexo évoque l'héritier avorton de Herbie Hancock ; mais quel Herbie Hancock ? Tout au long de sa carrière, ses explorations ont divisé la critique, alors que lui ne se contentait que d'aller vers des territoires souvent inconnus des musiciens de sa scène et de son public. Personnellement, je trouve que la transition de Hancock vers le funk est le plus grand moment de sa carrière, alors que beaucoup lui ont reproché ce revirement.
Laissons donc à FlyLo le loisir de faire des formats courts, avec des featurings improbables (non, je ne suis pas dingue de Thom Yorke non plus), et permettons-nous de ne pas attendre un Cosmogramma 2, qui décevrait aussi. Les musiciens disent souvent dans leurs interviews à quel point le public est déçu quand ils ne se renouvellent pas assez et l'est aussi quand ils changent trop de ligne. Où est le juste milieu ?
Ohlaabs
Et que penses-tu du dernier album de Daedelus alors ? Je trouves qu'il est vraiment l'inverse de ce que tu reproches à l'album de Flying Lotus...!
Ohlaabs
"Je trouve"...
d rec
ah , du grand Lexo7 cet article ! ( même si je te trouve ultra sympa avec Fly lo )
bye
flunch
Pour une fois à peu prés d'accord avec Lexo7. en fait ses chroniques deviendraient carrément intéressentes quand il nuance ses propos !
Pour ce Flylo, on dirait parfois qu'il saborde son taff par pur gratuité. Avez vous écouté le titre Turtles ? quel beat posé, quel finesse, enfin ça n'est pas complètement surchargé, ça glisse tout seul, excellent. MAIS DIANTRE pourquoi y'a t-il cette meuf qui défèque des "laaa" suraigus de manière aléatoire, gachant toute forme possible de plaisir à l'écoute du titre ? C'est un peu comme votre pote raciste lors d'une soirée, tout se déroule si bien mais on en profite pas un seul instant car on appréhende trop le prochain dérapage !
Mais bon. Hormis quelques accrocs, je trouce ce You're Dead quand même bien meilleur que le précedent, y'a pas mal de plaisir là dedans.
lexo7
Entièrement d'accord avec toi, même si tes commentaires deviendraient carrément intéressants si tu nuançais ton orthographe.
flunch
je sais plus on dit batârd ou bâtard ?
Nsia
arfff trêve de piques....en tout cas j'ai toujours pour souvenir son set mémorable à la Machine du Moulin Rouge!!!! attendre...attendre....espérer que ce soit mieux quand on sait de qui il tient et vu qu'il est d'une autre génération il sera toujours en perpétuelle quête d'une identité propre à lui, il voudra toujours innover et qu'on ne le classe pas dans un genre musical prédéfini ......ça reste du flying lotus et on en attend pas moins ou plus déjà bien que dans le tracklisting il y ait des artistes un peu plu connu que dans les précédents albums
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