
Alors que toutes les oreilles tendues vers la côte est sont tournées vers la nouvelle vague Beast coast et son affublée nostalgie qui ; profitant de son avantage numérique, bénéficie d’une effervescente et permanente actualité ; l’underground new-yorkais (re)vit, lui aussi. C’était en août 2012. Noah Caine, originaire de Flatbush, aujourd’hui basé dans le Queens, dévoile The Genesis, premier extrait peu relayé et résonnant au sample (encore et toujours) de Mecano, comme un hommage au Nastradamus, annonçant son incipit Pre-Season.
En Juillet 2014, le méconnu newyorkais revient avec un second projet, qu’il n’est pas absurde de considérer comme collaboratif, car intégralement produit par un inconnu des sous-sols du fructueux Queens, Half-Amazin. Un projet de 9 titres, court donc, mais en aucun cas à ne considérer comme un énième projet bancal venu de la ville où tout a commencé, de laquelle il part pour se lancer une seconde fois dans un jeu dont il semble avoir cerné les règles.
Caine ne déroge pas, dans un premier temps, aux codes des jeunes projets de la « East » : peu (pas) de collaborations. N’étant pas et, ne se réclamant pas de l’école technicienne (du « MCeeing » stricto sensu) ce n’est pas avec Noah Caine, ou en tout cas pas au travers de ce projet, que vous naviguerez entre flows jamais entendus ou que vous assisterez à des placements expérimentaux. Mais l’intérêt vient précisément dans la zone de confort trompeuse dans laquelle il feint de basculer. Oui : il pose, structure et soigne ses rimes, sans chercher à se surpasser techniquement, mais plutôt en assurant un débit parfaitement maitrisé, et cela tout au long du projet. En s’accompagnant des nombreux samples qui épousent un timbre qui n’est pas sans rappeler celui des protagonistes du Brooklyn des 90’s, il compense habilement un projet volontairement unilatéral. Les samples sont riches : Half Amazin, s’il n’est pas le premier, n’hésite cependant pas à sampler Aznavour sur Nightmare On Southside, ni à structurer Holy Water selon des chants qui pourraient avoir été extraits de l’Odyssée.
Une première partie, au cours de laquelle Caine s’impose comme un rappeur ouvert aux sonorités, et capable de poser sans-accrocs sur chacune de celles-ci. Il faut attendre Angeldust pour l’entendre plus offensif. En hommage à l’icône locale (et planétaire) qu’il a tant vénéré, il n’échappe pas à la tentation, efficace, de faire résonner les éternelles rimes du B.I.G « Nigga you should too, if you knew What this game'll do to you” après que YC lui, du Bronx, l’ait aussi samplé sur son brilliant Gnk (2013). Arrivé à la moitié du projet, Caine est à son aise. Si à l’aise que même l’excursion Dirty south sur I Be Chillin, souvent à l’origine d’innommables pénitences auditives, ne le trahit pas et s’avère être un des coups de maitre du projet.
Il ne serait pourtant pas injuste d’émettre des réserves, fondées sur les raisons pour lesquelles elles font le charme de Rookie Season. Le pragmatisme des moyens financiers condamne le projet à un mix parfois tangent mais toujours amplement audible, comme sur le titre éponyme Rookie Season, efficace malgré tout. C’est encore la particularité de cette scène indie qui, à défaut de figurer irréprochable techniquement, semble déterminée à soigner ce qu’elle est en mesure de soigner, dans l’espoir de combler plus tard ce qui ne dépendra que des recettes.
Plus que le triomphe d’un seul rappeur, c’est donc une scène entière qui brille et dont l’étendard est brandi par Noah Cain. Il fait partie de ces artistes qui, quand certains aiment prôner la disparition des clivages sonores et sanctifier le hip-hop apatride, redessinent les contours de ce qui fait la force de la musique newyorkaise depuis des décennies. Noah Caine a compris que le retour de sa ville de coeur sur le devant de la scène US ne se fera pas par l’intermédiaire du revival boom-bap, ni d’un Infamous II, mais bien en profitant de cette nouvelle couleur propre à la ville qui, sans sonner DITC ou Helta Skeltah, sonne là d’où ils viennent, New-York, celui d’aujourd’hui, brillamment incarné par l’atypique travail de Party Supplies. Alors qu’on se réjouit de la réussite estivale des Underachievers sur leur album (aux allures sonores de mixtape) Cellar Door : Terminus Ut Exordium et de la présence de toute la scène Beast coast sur les festivals (français y compris), les sous terrains newyorkais (ré)affirment ici par l’intermédiaire de Noah Caine, une motivation qui avait pu être mise en cause mais qui, depuis quelques années regorge de pépites, pour lesquelles un avenir doré est, à juste titre, espéré.






Brasser la merde
1 commentaire
broche emmanuel
coucou ta chronique érudite m'a donné envie d'écouter l'artiste : preuve de son efficacité !
la suite, depuis 2026