
chronique · 5 mai 2015 · Hip-Hop / Rap
Fujako
Exobell
Dans la confrontation entre urbain et rupestre, contemporain et archaïque, quelle voi(e/x) suivre ?
par Mélanie Meyer
Si le précédent EP de Fujako versait véritablement dans une inspiration rude et sombre, à placer dans la continuité de Techno Animal, Exobell, dont il est question ici, développe un univers qui lorgne vers une forme plus évidente de clarté. Pour autant les pochettes respectives sont à l’antithèse de ces ressentis sonores. Si Soul Buzz présentait une famélique montagne enneigée à la clarté certes blafarde mais d’une telle crudité qu’elle lui conférait un caractère de givre éclatant, la pochette du présent opus fixe un paysage nocturne de broussailles, qu’envahiraient çà et là des halos de lumière artificielle révélant des particules indiscernables en mouvement dans une atmosphère devenue insaisissable.
Ceci est d’autant plus prégnant qu’il semble qu’à la progression, les compositions s’ouvrent véritablement, lors même que la voix de Black Saturn se fait plus incantatrice. On démarre en terrain connu avec des sonorités étouffées de percussions qui tribalisent le morceau et auxquelles répondent des mélopées évoquant des instruments à vent fragiles. The Warrior Drum évoque ainsi Tricky dans son inspiration. Par la suite, les rythmiques métronomiques restent à l’œuvre mais la déconstruction et la syncope se font plus présentes avec des ajouts dissonants particulièrement marqués et intervenant à contretemps. La structure demeure solidement ancrée et est tendue par le flow du MC. Mais il faut admettre que la voix de Black Saturn est d’une étrangeté toute particulière. Car le rapper dont il est question ici, avec sa carure massive de bonze afro-américain, déploie une forme particulière de déclamation. Rarement calée, elle possède des inflexions lancinantes et traînantes se posant en dialogue imaginaire (Magog Trash semble tout droit sorti de Shadows de Cassavetes) pour s’ouvrir parfois sur une forme plus affirmée de chant. Cette dernière caractéristique rappelle d’ailleurs plus l’école trip-hop britannique (notamment Rosko John) que le rap d’outre-Atlantique.
Mais la voilà la véritable singularité :
« Or ceux-là qui sont nés sous le signe Saturne,
Fauve planète, chère aux nécromanciens,
Ont entre tous, d'après les grimoires anciens,
Bonne part de malheur et bonne part de bile. »
Paul Verlaine, Les poèmes saturniens, 1866
Cette dimension saturnienne du rapper est portée par le travail musical de Jonathan Uliel Saldanha et Nicolas Esterle qui associent une déstructuration subtile à un canevas millimétré. Ceci permet à l’interprétation d’inspirer deux sentiments très paradoxaux : une mélancolie désabusée et une revendication mystique. L’incarnation de l’oxymore faite homme. Figure puissante et détachée, il impose une voix au charisme et à la sérénité troublants. Kosmic Excentricity est la retranscription paroxystique de ce constat. Sur une composition orchestrale mêlant chants d’insectes, sonorités cosmiques diffuses et présence marquée de cuivres symphoniques, Black Saturn semble arracher à la désolation solitaire et obscure des effusions lumineuses qui confinent à la découverte d’un univers en soi.






Brasser la merde
2 commentaires
Yann
J'adore... Bien content de découvrir cette chronique. J'aurais tellement aimé les voir à l'Embobineuse l'an dernier...
zaaaab
putain ça dépote!!!quoi? ils sont passé à l'embob!!!
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