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Pochette de White Men Are Black Men Too

chronique · 4 mai 2015 · Hip-Hop / Rap

Young Fathers

White Men Are Black Men Too

Si il y a une chose qui, autant que les propos des esclavagistes, m'irrite, c'est d'entendre nos philanthropes clamer, dans le meilleur esprit sans doute, qu'il n'y a ni blancs ni noirs. [...] A qui fera-t-on croire que tous les hommes, je dis tous, sans privilège, ont connus la déportation, la traite, l'esclavage, le collectif ravalement à la bête, le total outrage? - Aimé Césaire

par Blacksad

J'écris sur SWQW depuis maintenant quelques mois, et je dois vous avouer qu'en envoyant mes papiers, je me sens parfois un peu con. Pas con par rapport aux chroniques elles-mêmes, que j'imagine volontiers illisibles, désagréables et incomplètes. Non, con par rapport aux albums que j'y chronique. J'ai parfois la désagréable impression de m'enfermer dans un microcosme musical et de ne m'en extirper que trop rarement, là où j'ai parfois l'impression que mes camarades sont capables de brasser des marées de releases. Pourtant, je m'efforce, après une légère réprimande liée à une chronique toute pourrie et disparue dans les limbes, de vous proposer, chers amis, du contenu bien pété et susceptible de faire bander le plus blasé d'entre vous.

Or, je me retrouve aujourd'hui à parler du nouvel album de Young Fathers. C'est sûr, c'est pas aussi excitant que le nouveau Faith No More ou la reformation de Refused. Mais quand on est un trio de rap écossais, qu'on sort deux Eps/mixtapes fascinant(e)s et un album correct, qu'on obtient le Mercury Prize alors que le mastodonte Damon Albarn ou l'arnaque FKA Twigs sont en compétition, et qu'on balance plus d'une sortie par an, on mérite une petite place dans mon cœur. Et, j'ose l'espérer, dans le votre.

Forts des 20000 Livres Sterling qu'accompagnait le prix et d'une nouvelle notoriété, les Young Fathers reviennent avec un disque forcément destiné à faire parler. Son titre a, bizarrement, réussi à secouer pas mal de monde de l'autre côté de la Manche : White Men Are Black Men Too. Certains jugeront le titre génial, d'autres seront pris par la nausée face à l'évidente position victimaire qu'il évoque. Pour ma part, sans rien y trouver de osé, j'avoue être séduit par l'idée, que je me garderais bien de vous expliquer. Disons simplement que Young Fathers est un groupe aux deux tiers noirs, qu'ils incorporent des éléments de musique d'Afrique de l'Ouest (dont sont originaires les membres Alloysious Massaquoi et Kayus Bankole), mais qu'ils refusent d'être un « groupe noir».

Engagés mais pas politisés, les Jeunes Pères livrent un album assez classe, et enfin à la hauteur de Tape One et Tape Two. Ce n'était pourtant pas gagné d'avance, après un premier long format décevant, et c'est en s'éloignant encore plus du hip-hop que le groupe touche son but, avec des influences électro, soul, et un chant plus assumé, encrant l'ensemble plus près que jamais dans une pop alternative aux beats particulièrement travaillés. Le meilleur morceau, Rain Or Shine, en est l'exemple parfait, avec ses mélodies diaboliques et son synthé ultra-dansant. Citons aussi, dans le même genre, la perle Sirens et le fascinant 27, au texte quasi-cryptique ("I’m 27 and not in heaven / I killed a man with my bare hands, please forgive me").

Pourtant, Young Fathers n'en oublie pas de briller dans un autre domaine, le hip-hop sombre quasi-expé. Dans ce genre là, Old Rock N Roll fait figure de pièce centrale du disque. Agressif sans être méchant, il subjugue surtout par sa partie vocale, parfois presque hurlée, et respirant la colère :

I’m tired of playing the good black

I’m tired of having to hold back


I’m tired of wearing this hallmark for some evils that happened way back

I’m tired of blaming the white man

His indiscretion don’t betray him

A black man can play him


Some white men are black men too


Niggah to them


A gentleman to you

Le gros bémol de l'album, c'est que, comme toujours chez Young Fathers, il reste quelques tracks fades au milieu d'un disque complètement pété, dont la cohérence est par conséquent un peu foutue : c'est surtout le cas pour Nest et Liberated, chiantes et insipides. Et évidemment, cette musique chargée et parfois un brin prétentieuse agacera plus d'un lecteur, mais si tu es ici, c'est que tu espères y trouver ton compte. Sinon, tu peux brasser la merde juste en dessous. À plus, mon ange.

Blacksad

Brasser la merde

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